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Full text of "Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce"

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JOHN  M.  KELLY  LIBDARY, 


Donated  by 
The  Redemptorists  of 
the  Toronto  Province 

from  the  Library  Collection  of 
Holy  Redeemer  Collège,  Windsor 


University  of 
St.  Michael's  Collège,  Toronto 


4> 

HOLY  REDEEMER  LIBRARY,  WiND^T 


Jésus  mieux  connu  et  pius  aimé 
dans  son  Sacerdoce 


Volumes  parus 


PREMIERE    PARTIE 

De  la  Connaissance  de  Jésus 
le  Verbe  incarné 

Un  volume  in- 12  de  320  pages 


DEUXIEME    PARTIE 

De  la  Condition  de  l'Homme-Dieu 

Un  volume  in-12  de  430  pages 

TROISIÈME    PARTIE 

De  Jésus  dans  son  état  de  Victime 

Un  volume  in-12  de  400  pages 

QUATRIÈME     PARTIE 

Du  Sacerdoce  de  Jésus 

Un  volume   in-12  de  300  pages 

En  préparation  : 

SIXIÈME     PARTIE 

De  Jésus  Prêtre  et  Victime 
dans   la   âloire 


R.  Père  M.  E.   de   la  CROIX 

de  la  Fraternité  Sacerdotale 


Jésus  mieux  connu 
et  plus  aimé 
dans  son  Sacerdoce 


CINQUIÈME   PARTIE 

De  Jésus  Prêtre  et  Victime 
dans  l'Eucharistie 


PARIS 
MAISON    DU    BON-PASÏEUR 

228,    Boulevard   Péreire 

CANADA  :  Cénacle  de  la  fraternité  Sacerdotale 

La  Pointe-du-Lac.    Près  Troîs-Rivières 

HOLY  BEOEEMER  LIBRARY,  WINMflP' 


NIHIL  OBSTAT 

Issiasi  prope  Parisios,  die  i5a  Aprilis  1933 

P.    POURRAT,    C.  d. 


IMPRIMATUR 

Lutetiœ  Parisiorum,  die  i/a  Aprilis  1937 

V.  Dupin,  v.  g. 


TOUS     DROITS     RESERVES 


AD  GRAND  SAINT  THOMAS  D'A&UIN 

le  chantre  inspiré  de  l'Eucharistie 


Nous  sommes  heureux 

de  dédier  ce   cinquième    volume 

de  notre  ouvrage 

sur  le  Sacerdoce  de  Jésus 

au  Docteur  angélique 

qui  a  si  admirablement  parlé 

de  l'Eucharistie 

et  dont  la  science  doctrinale 

qui  préside    à   l'enseignement 

de  l'Eglise 

a  été  puisée  et  alimentée 

à  la  source  divine 

de  l'Hôte  divin  du  Tabernacle 

le  Prêtre  Eternel 

et  l'auguste  Victime 

à  qui  nous  devons  la  surabondance 

des  grâces 

qui  sauvent  le  monde. 

Daigne  ce  grand  saint  l'agréer 

et  lui  faire  porter  des  fruits 

pour  l'honneur  et  la  gloire 

de  Jésus  Prêtre   et  Victime 

au  Très  Saint  Sacrement. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2009  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/jsusmieuxconnu05mari 


PRÉFACE 


Il  semblerait  que  notre  humble  travail  sur  le 
Sacerdoce  de  Jésus  soit  terminé,  après  Vétude 
que  nous  en  avons  faite  dans  son  double  état  de 
Prêtre  et  de  Victime.  En  effet,  nous  avons  consi- 
déré Jésus,  envoyé  dans  le  monde  comme  Prêtre 
et  Victime  par  son  divin  Père.  Nous  L'avons  vu 
accomplissant  ici-bas  sa  mission  sacerdotale. 
Nous  L'avons  suivi  dans  les  phases  diverses 
de  sa  vie  mortelle  :  où,  Prêtre,  Il  offrait  sans 
cesse  à  Dieu  la  divine  Victime  et  où,  Victime, 
Il  se  tenait  constamment  entre  les  mains  de 
son  divin  Sacrificateur,  attendant  l'un  et  l'au- 
tre le  moment  de  la  suprême  immolation.  Nous 
avons  assisté  au  grand  Sacrifice,  où  le  Prêtre 
exerçait  la  plénitude  de  son  Sacerdoce,  et  où 
la  Victime  se  laissait  immoler  dans  les  mêmes 
sentiments  d'amour  qui  inspirait  son  Sacri- 
ficateur. 

Tout  est  donc  fini  et  a  trouvé,  dans  la  mort 
de  la  divine  Victime,  la  réalisation  pleine  et 
entière  des  desseins  du  Père  nous  envoyant  son 
Fils,  et  de  la  mission  assumée  par  le  Prêtre 
Eternel  venu   pour   offrir    à    Dieu    une  glori- 


4  JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

fi  cation    parfaite    par    le    salut    du    monde  l. 

Toutefois,  si  la  mission  de  Jésus-Prêtre  est 
complètement  accomplie,  au  point  qu'elle  ne  se 
renouvellera  jamais !  ;  le  Prêtre,  Lui,  demeure 
et  demeurera  éternellement  le  même,  conservant 
le  même  caractère  sacerdotal 3,  objet  des  com- 
plaisances infinies  de  son  divin  Père  et  des 
louanges  éternelles  de  ses  élus. 

Si  la  mission  de  Jésus-Victime  a  reçu  son 
plein  accomplissement ,  sans  qu'il  soit  possible 
d'y  ajouter  le  moindre  supplément 4  ;  la  Victime, 
Elle,  ne  subira  jamais  aucun  changement  et 
elle  aura  toujours  les  mêmes  droits  à  la  glori- 
fication divine  et  aux  hommages  des  anges  et 
des  hommes. 

Le  Prêtre  n  'a  accompli  son  Sacrifice  que  pour 
s'en  faire  un  trophée  de  gloire  éternelle  ;  la  Vic- 
time n'est  morte  que  pour  revivre  sans  fin.  Leur 
vie  passible  et  mortelle  a  disparu,  pour  faire 


1  «  Consummatum  est.  —  Tout  est  consommé.  »  Jean, 
xix,  3o. 

2  «  Jésus-Christ  étant  ressuscité  d'entre  les  morts,  ne  meurt 
plus  ;  la  mort  n'a  pas  d'empire  sur  lui.  Il  est  mort  une  fois 
pour  toutes.  »  Rom.,  vi,  9,  10. 

3  «  Parce  qu'il  demeure  éternellement,  il  possède  un  sacer- 
doce éternel.  »  Hébr.,  vu,  24. 

4  «  Par  une  seule  oblation,  il  a  procuré  la  perfection  pour 
toujours  à  ceux  qu'il  a  sanctifiés.  »  Hébr.,  x,  14. 


PRÉFACE  5 

place  à  une  autre  vie  immortelle  et  éternelle  '. 
Si  l'amour  de^  Jésus  se  fût  limité  à  l'accomplis- 
sement de  sa  mission  terrestre,  c'est  au  ciel  seu- 
lement que  nous  L'aurions  retrouvé.  Mais  un 
second  mystère  d'amour,  succédant  au  premier, 
nous  a  conservé  dans  V humanité  la  présence 
réelle  et  vivante  du  Prêtre-Victime  qui  nous  a 
sauvés  :  V Eucharistie  est  devenue  le  ciel  des  vi- 
vants, comme  le  Paradis  l'est  des  élus. 

Au  Très  Saint  Sacrement,  nous  possédons 
Jésus  tel  qu'il  est  au  ciel2.  Il  n'est  pas  plus 
Prêtre  et  Victime  là-haut  qu'il  ne  l'est  dans 
l'Eucharistie.  Il  mérite  donc  ici-bas  les  mêmes 
hommages,  les  mêmes  adorations  et  le  même 
amour.  Ce  à  quoi  11  a  droit  au  ciel,  dans  les 
siècles  des  siècles,  de  la  part  des  bienheureux, 
Il  y  a  droit  également  sur  la  terre  de  la  part  de 
ceux  dont  11  est  le  Prêtre  et  le  Sauveur. 

Dès  lors,  non  seulement  il  nous  est  loisible 
d'honorer  Jésus  en  tant  que  Prêtre  et  Victime 

1  «  Je  vis  quelqu'un  qui  ressemblait  au  Fils  de  l'homme...  Il 
posa  sa  main  droite  sur  moi  en  disant  :  Je  suis  le  premier  et  le 
dernier.  Je  suis  vivant,  et  j'ai  été  mort,  et  voici  que  je  vis  pour 
les  siècles  des  siècles.  »  Apoc,  i,  i3,  17,  18. 

2  «  La  foi  catholique  croit,  et  la  sainte  Eglise  enseigne  que  le 
corps  glorieux  du  Christ  est  réellement  dans  le  Sacrement  de 
l'autel,  et  qu'il  y  est  vraiment  dans  son  état  de  gloire.»  S.Thom., 
Op.  58,  c.  11. 


D  JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

dans  l'Eucharistie,  mais  ce  devoir  est  le  plus 
sacré  gui  nous  incombe.  Nous  serions  grande- 
ment coupables  d'attendre  le  ciel  pour  établir 
entre  Jésus  Prêtre-Victime  et  nous  les  relations 
divines  capables  de  nous  donner  une  intelli- 
gence plus  grande  de  son  Sacerdoce  et  de  nous 
fournir  les  moyens  de  Lui  rendre  les  hommages 
gui  Lui  sont  dûs. 

Jésus,  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie, 
doit  donc  faire  l'objet  de  nos  études,  de  nos 
méditations  et  de  nos  contemplations,  avant  de 
Le  contempler  dans  le  royaume  de  sa  gloire. 

L'existence  sacramentelle  de  Jésus  Prêtre  et 
Victime  est  intermédiaire  entre  son  existence 
mortelle  pendant  sa  vie  et  son  existence  glo- 
rieuse au  ciel.  Quoigue  simultanée  avec  celle 
de  la  gloire,  elle  est  plutôt  la  nôtre,  elle  est  faite 
pour  nous  i  ;  elle  comporte  des  droits  actuels  de 
la  part  de  Jésus  et  des  devoirs  non  moins  rigou- 
reux et  précis  de  notre  part. 

C'est  pour  en  faire  ressortir  les  raisons  essen- 

1  «  Le  Christ  ne  montre  pas  à  nos  yeux  corporels  cet  état 
glorieux,  cette  manière  d'être,  parce  qu'il  nous  en  réserve  la 
vision  pour  la  patrie,  et  que  cette  ostension  glorieuse  ne  con- 
viendrait ni  au  Sacrement  ni  à  notre  foi,  puisque  nous  mar- 
chons encore  vers  le  terme,  sous  le  voile  de  l'énigme,  et  ne 
percevons  qu'à  travers  un  miroir  la  divine  lumière.  »  S.  Thom., 
Op.  58,  c.  11. 


tielles  et  les  aspects  divers  que  nous  écrivons 
ces  pages,  destinées  à  apporter  un  complément 
aux  considérations  contenues  dans  les  volumes 
antérieurs  de  cet  ouvrage. 

Nous  le  faisons  avec  d'autant  plus  de  bon- 
heur, que  nous  espérons,  par  là,  pouvoir  aider 
à  combler  une  lacune,  évidente  pour  tous,  pro- 
venant de  V inadvertance  et  de  l'indifférence  du 
grand  nombre  à  l'égard  du  culte  dû  à  Jésus  en 
tant  que  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie. 

La  foi  en  V Eucharistie  est  souvent  plus  théo- 
rique que  pratique  ;  elle  est  une  foi  vague  et 
sans  réflexion,  lorsqu'elle  devrait  être  une  foi 
raisonnée  et  méditée.  Elle  n'est  aussi  que  trop 
une  affaire  de  dévotion,  sans  conviction  appro- 
fondie ni  attention  soutenue.  Même,  chez  les 
âmes  les  plus  pieuses,  elle  est  parfois  l'effet 
d'une  intelligence  peu  éclairée  du  plus  grand 
des  mystères,  plus  ou  moins  étrangère  à  la  réa- 
lité vivante  de  la  présence  adorable  du  Prêtre 
et  de  la  Victime,  qui  ne  peuvent  être  justement 
honorés,  que  s'ils  sont  connus  et  aimés  l. 

1  «  Tout  le  mystère  de  notre  salut  étant  compris  tout  entier 
dans  l'Eucharistie,  on  célèbre  pour  ce  motif  ce  sacrement  avec 
plus  de  solennité  que  les  autres...  On  exige  pour  l'Eucharistie 
une  dévotion  plus-  grande  que  pour  les  autres  sacrements, 
parce  que  le  Christ  y  est  contenu  tout  entier  ;  et  on  demande 
aussi  une   dévotion  plus  générale,  parce  que  à  l'égard  de  ce 


8  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME     DANS    l'eUCHARISTIE 

Si  Jésus  est  ce  qu'il  est  par  son  Sacerdoce, 
donc  son  Sacerdoce,  c'est  Lui.  D'où,  L'honorer, 
L'aimer,  L'adorer,  Le  servir  vraiment,  c'est  le 
faire  en  tant  qu  'Il  est  Prêtre  ;  sans  quoi,  ce  ser- 
vice de  foi  et  d'amour  reposerait  sur  des  don- 
nées imprécises  qui,  laissant  dans  l'ombre  ce 
qu'il  y  a  de  plus  essentiel  en  Jésus,  ne  Lui  ren- 
drait qu'un  culte  incomplet. 

Il  est  donc  souverainement  important  d'étu- 
dier Jésus  en  l'Eucharistie,  en  tant  que  Prêtre 
et  Victime  ;  de  chercher  les  raisons  de  sa  pré- 
sence eucharistique  ;  de  comprendre  la  nature 
de  son  état  sacramentel,  et  comment  11  conti- 
nue d'y  exercer  son  Sacerdoce  et  de  se  main- 
tenir, quoique  glorieux,  dans  une  attitude  de 
Victime. 

Puissent  ces  pages  favoriser  cette  étude  de 
lumière  et  d'amour,  et  inspirer  aux  âmes  un 
culte  précis,  fervent,  habituel,  envers  notre  ado- 
rable Jésus,  le  Prêtre  Eternel  et  la  Victime  tou- 
jours immolée  de  nos  autels  ! 

Nous  rappelant  que  c'est  à  Marie  que  nous 
devons  notre  Prêtre,  et  que  c'est  en  s' immolant, 

sacrement  on  requiert  la  dévotion  du  peuple  chrétien  tout  en- 
tier pour  lequel  on  offre  le  sacrifice,  et  on  ne  demande  pas  seu- 
lement la  dévotion  de  ceux  qui  le  reçoivent,  comme  dans  les 
autres  sacrements.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  c.  et  ad.  5. 


sur  le  Calvaire,  avec  la  divine  Victime,  qu'elle 
est  devenue  la  coopératrice  de  notre  salut  éter- 
nel, nous  déposons  cet  humble  ouvrage  à  ses 
pieds,  pour  qu'elle  le  bénisse  et  lui  fasse  porter 
beaucoup  de  fruits. 

Jésus  seul  ! 

Cénacle    Saint -Pierre 
Jeudi-Saint,   1937 

P.  Marie  Eugène  de   la  Croix 

de  la  Congrégation  de  la  Fraternité  Sacerdotale 


PRÉLIMINAIRES 


«  Dieu  nous  a  parlé  par  son  Fils.  II  l'a  établi  avec  serment 
prêtre  et  pontife  pour  l'éternité.  Nous  avons  un  grand- 
prêtre  établi  sur  la  maison  de  Dieu. 

«  Tout  pontife  étant  établi  pour  offrir  des  dons  et  des  vic- 
times, Jésus,  Fils  de  Dieu,  notre  grand  pontife,  venu 
pour  détruire  le  péché,  a  offert  une  seule  Hostie,  en  se 
faisant  lui-même  Victime. 

«  S'étant  livré  lui-même  par  amour  pour  nous,  il  a  plu  au 
Père  de  faire  résider  en  lui  toute  plénitude  et  de  récon- 
cilier toutes  choses  par  lui  et  en  lui,  pacifiant  par  son 
sang  qu'il  a  répandu  sur  la  croix  tant  ce  qui  est  sur  la 
terre  que  ce  qui  est  au  ciel. 

«  Mais  Dieu  l'ayant  déclaré  pontife  selon  l'ordre  de  Melchi- 
sédech,  Jésus,  avant  de  se  faire  lui-même  Victime  sur 
la  croix,  prit  du  pain,  et  rendant  grâce,  le  rompit  et  dit  : 
«  Prenez  et  mangez  :  ceci  est  mon  corps,  qui  sera  livré 
pour  vous  ;  faites  ceci  en  mémoire  de  moi.  »  —  De 
même,  il  prit  le  calice  en  disant  :  «  Ce  calice  est  la  nou- 
velle alliance  de  mon  sang  ;  faites  ceci  en  mémoire  de 
moi.  Car  toutes  les  fois  que  vous  mangerez  ce  pain  et 
boirez  ce  calice,  vous  annoncerez  la  mort  du  Seigneur. 

«  Notre  Seigneur  Jésus-Christ  étant  devenu  le  grand  pasteur 
des  brebis,  allons  donc  à  lui  avec  confiance  et  ofjrons 
par  lui  sans  cesse  à  Dieu  un  sacrifice  de  louange.  Pontife 
miséricordieux  et  victime  d'agréable  odeur,  il  pourra 
toujours  sauver  ceux  qui  s'approchent  de  Dieu  par  son 
entremise,  étant  toujours  vivant  au  milieu  de  nous. 

«  A  Jésus,  le  Fils  de  Dieu,  le  grand  pontife  saint,  innocent, 
immaculé,  Pfêtre  pour  l'éternité  et  Victime  toujours 
immolée,  afin  d'intercéder  pour  nous,  soit  la  gloire  dans 
les  siècles  des  siècles.  » 

(Tiré  des  EpUres  aux  Hébreux  et  aux  Corinthien!.) 


En  traitant  de  Jésus  Prêtre  et  Victime  dans 
V Eucharistie,  nous  n'avons  pas  à  recourir  ni  au 
passé  ni  à  l'avenir.  Il  y  a  dix-neuf  siècles  que 
Jésus  est  venu  sur  la  terre.  Pour  Le  faire  re- 
vivre dans  ce  lointain  passé,  il  nous  faut  ouvrir 
le  Saint  Evangile,  et  y  étudier  les  phases  di- 
verses de  l'exercice  de  son  divin  Sacerdoce. 
Trente-trois  années  de  vie,  couronnées  par  une 
mort  sanglante,  jettent  une  vive  lumière  sur  le 
caractère  sacerdotal  de  Jésus  et  sur  la  sublime 
efficacité  de  son  Sacrifice. 

Tout  ce  passé  est  devenu  le  présent.  Ce  que 
Jésus  était  dans  sa  vie  mortelle  et  sur  la  croix 
du  Calvaire,  Il  l'est  encore  et  aussi  réellement 
au  Sacrement  de  l'Eucharistie.  C'est  le  même 
Prêtre,  c'est  la  même  Victime.  C'est  le  même  en- 
voyé du  Père,  c'est  le  même  Sauveur  du  monde. 
S'il  n'avait  été  Prêtre,  Il  ne  serait  pas  venu  ; 
s'il  n'était  encore  Prêtre  dans  l'Eucharistie,  II 
n'y  existerait  pas.  S'il  n'avait  été  Victime,  Il 
n'aurait  pas  été  Sauveur  ;  s'il  ne  conservait  en- 
core ce  caractère  d'Hostie  et  de  Victime  dans 
l'Eucharistie,  Il  serait  privé  de  ce  qui  Le  consti- 
tue essentiellement. 

Nous  n'avons  donc  qu'à  considérer  Jésus  tel 
qu'il  est  présentement  au  Très  Saint  Sacrement, 


PRÉLIMINAIRES  i3 

pour  avoir  l'intelligence  de  tout  ce  qu'il  a  été 
pendant  sa  vie.  Tout  revit  dans  l'Eucharistie, 
parce  que  Jésus  y  est  tel  qu'il  était  au  moment 
de  l'Incarnation  et  à  l'heure  suprême  du  Sacri- 
fice de  la  Rédemption. 

Si  nous  ne  L'y  considérions  pas  comme  Prê- 
tre, nous  ne  pourrions  Le  connaître  ;  s'il  ne  nous 
y  apparaissait  pas  comme  Victime,  nous  ne 
pourrions  Le  comprendre. 

C'est  dans  l'Eucharistie  que  nous  devons  faire 
revivre  l'Evangile.  C'est  dans  la  contemplation 
de  Jésus  Prêtre  et  Victime  au  Très  Saint  Sacre- 
ment que  nous  devons  nous  approprier  tous  les 
dons  et  toutes  les  grâces  qui  découlent  du  Sa- 
cerdoce de  Jésus. 

Pas  plus  qu'en  recourant  au  passé,  nous  n'a- 
vons à  nous  transporter  au  ciel  pour  connaître 
Jésus  Prêtre  et  Victime.  Nous  Le  possédons  déjà 
dans  sa  pleine  réalité.  Le  ciel  ne  nous  donnera 
rien  de  plus,  quoique  dans  une  clairvoyance 
plus  grande  et  sans  déclin.  Il  ne  faudrait  pas  que 
l'espérance  de  la  vision  béatifique  nous  fasse  ou- 
blier ou  négliger  la  présence  ici-bas,  au  Très 
Saint  Sacrement,  du  même  Jésus  que  nous  pos- 
séderons un  jour  dans  la  gloire. 

Notre  grâce,  comme  notre  devoir,  c'est  d'étu- 
dier, de  connaître  et  d'aimer  le  Jésus  de  l'exil, 


14         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

le  Jésus  qui  demeure  et  vit  dans  l'Eucharistie, 
le  Jésus  qui  veut  se  révéler  à  nous,  là  où  II  est, 
là  où  II  se  rend  accessible,  là  où  II  aspire  à  se 
faire  connaître  dans  la  divine  réalité  de  son  Sa- 
cerdoce. 

Quel  bonheur  est  le  nôtre,  de  pouvoir  con- 
naître Jésus  de  si  près,  et  de  Le  posséder  tel  que 
L'ont  connu  ceux  qui  vivaient  de  son  temps  et 
tel  que  Le  connaîtront  les  élus  dans  les  siècles 
des  siècles  ! 

Préparons  nos  âmes  à  entrer  dans  ce  sanc- 
tuaire secret  où  habite  Jésus  le  Prêtre  Eternel 
et  la  divine  Victime.  Les  Tabernacles  nous  en- 
tourent ;  pénétrons-y  par  l'amour  et,  sous  le  re- 
gard de  Jésus,  considérons  dans  quel  état  II  y 
demeure,  étudions  ce  qu'il  y  fait,  admirons  ses 
divines  opérations  comme  Prêtre  et  comme  Vic- 
time, et  comprenons  que  si  toute  la  vie  éternelle 
consiste  dans  la  connaissance  de  Jésus,  cette 
connaissance  d'intelligence  et  d'amour  ne  peut 
être  parfaite  que  si  Jésus  est  connu  et  aimé  dans 
son  Sacerdoce. 

Dans  tout  le  cours  de  cette  étude,  élevons  sou- 
vent nos  âmes  vers  Jésus,  multiplions  nos  actes 
d'amour,  et  vivons  le  plus  possible  dans  la  pen- 
sée des  pieuses  considérations  que  nous  allons 


PRELIMINAIRES 


i5 


faire.  Regardons  comme  un  devoir  d'établir 
notre  âme  dans  une  pureté  parfaite  pour  mieux 
comprendre,  et  de  raviver  notre  amour  pour 
rendre  plus  intimes  les  relations  qui  vont  s'éta- 
blir entre  nous  et  Jésus  Prêtre  et  Victime  dans 
l'Eucharistie. 


CHAPITRE    PREMIER 


De  l'origine 
de  l'état  eucharistique  de  Jésus 


CHAPITRE     PREMIER 

De  l'origine 
de  l'état  eucharistique  de  Jésus 


a  Jésus,    sachant  que  son   heure  était 

venue  de   passer  de  ce  monde  au  Père, 

comme  il  avait  aimé  les  siens  qui  étaient 

en  ce  monde,  il  les  aima  jusqu'à  la  fin.  » 

Jean.  XIII,  1. 

Tout,  en  Jésus,  prend  naissance  dans  son 
amour1.  Son  Sacerdoce  est  une  émanation  ado- 
rable de  son  éternelle  charité  -.  L'Eucharistie  lui 
est  essentiellement  liée  :  son  existence  sacra- 
mentelle, destinée  à  nous  conserver  la  présence 
adorable  du  Souverain  Prêtre,  prend  sa  source 

1  «  L'amour  vient  de  Dieu...  Voici  en  quoi  a  paru  l'amour  de 
Dieu  envers  nous  :  c'est  qu'/V  a  envoyé  son  Fils  unique  dans 
le  monde,  afin  que  nous  vivions  par  lui.  »  I  Jean,  iv,  7,  9. 

2  «  Dieu  a  tellement  aimé  le  monde  qu'il  lui  a  donné  son 
Fils  unique...  afin  que  le  monde  soit  sauvé  par  lui  »  (Jean,  m, 
16,  17)  ;  —  en  tant  qu'il  est  envoyé  comme  Prêtre  :  «  Vous 
êtes  mon  Fils,  et  je  vous  ai  engendré  aujourd'hui  ;  vous  êtes 
Prêtre  pour  l'éternité  »  (Hébr.,  v,  5,  6)  ;  —  en  vue  de  sa  propre 
immolation  :  cet  amour  consiste  en  ce  que  «  Dieu  a  envoyé 
son  Fils  comme  victime  de  propitiation  pour  nos  péchés  » 
(I  Jean,  iv,  10). 


20  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

au  sein  de  la  Trinité  Sainte,  comme  l'Incarna- 
tion et  la  Rédemption  *. 

Pour  vivre,  il  a  fallu  de  l'amour  au  Verbe 
incarné2;  pour  mourir,  il  Lui  en  a  fallu  davan- 
tage 3  ;  pour  se  survivre  et  rester  dans  l'hu- 
manité, Il  a  réuni  tout  l'amour  de  sa  vie  et 
de  sa  mort  et  II  a  fait  de  l'Eucharistie  la  mer- 
veille des  merveilles  et  le  chef-d'œuvre  de  son 
amour  *. 

Quoique  non  nécessaire  au  salut  du  monde, 
l'Eucharistie  est  un  tel  bienfait  pour  l'humanité, 
que  l'on  comprend,  —  quand  on  sait  que  Jésus 
est  tout  amour  et  que  l'amour  est  la  seule  raison 
d'être  de  toutes  ses  œuvres,  —  que,  pouvant  in- 
venter un  mode  nouveau  de  nous  aimer,  Il  ait 
mis  en  action  sa  puissance  souveraine  au  ser- 
vice de  son  amour  infini  et  qu'il  ait,  en  quelque 

1  «  O  Seigneur  Jésus-Christ,  Fils  du  Dieu  vivant,  qui  de  par 
la  volonté  du  Père  et  la  coopération  du  Saint-Esprit,  avez  vi- 
vifié le  monde  par  votre  mort.  »  Canon  de  la  Messe. 

2  «  Nous  avons  connu  l'amour  que  Dieu  a  pour  nous,  et  nous 
y  avons  cru.  »  I  Jean,  iv,  16. 

3  «  Jésus,  sachant  que  son  heure  était  venue  de  passer  de  ce 
monde  à  son  Père,  comme  il  avait  aimé  les  siens  qui  étaient 
dans  le  monde,  il  les  aima  jusqu'à  la  fin.  »  Jean,  xhi,  i. 

•*  «  «  Le  Seigneur  miséricordieux  et  clément  a  fait  un  mémo- 
rial de  ses  merveilles  :  il  a  donné  la  nourriture  à  ceux  qui  le 
craignent.  »  Ps.  ex,  4,  5. 


ORIGINE    DE    L  ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  21 

sorte,  dépassé  les  bornes  de  sa  bonté  et  de  sa 
miséricorde  l. 

Nous  allons  Le  suivre  dans  la  marche  ascen- 
dante de  ce  mystère  d'amour,  décrété  dans  la 
Trinité  Sainte,  préparé  et  annoncé  pendant  sa 
vie,  puis  réalisé  à  l'heure  du  grand  Sacrifice, 
pour  en  perpétuer  la  mémoire  et  en  appliquer 
les  mérites  jusqu'à  la  fin  des  temps. 


I.  —  Décret  éternel  de  l'Institutie» 
de  l'Eucharistie 

Tout  ce  que  Jésus  a  opéré  dans  le  temps  a  été 
décrété  de  toute  éternité.  Le  principe  de  ses 
opérations  humano-divines  remonte  à  son  exis- 
tence éternelle  au  sein  de  la  Divinité.  Tout  y  a 
été  prévu,  voulu,  décrété  dans  l'essence  divine 

1  «  Dans  la  consécration,  dit  saint  Thomas,  il  faut  considérer 
et  croire  trois  merveilles  de  l'opération  divine.  Premièrement, 
c'est  que  là  sous  l'espèce  du  pain  se  trouve  le  vrai  corps  de 
Jésus-Christ.  Secondement,  c'est  que  la  substance  du  pain  se 
change  au  corps  de  Jésus-Christ,  de  manière  toutefois  que 
les  accidents  du  pain  demeurent.  Troisièmement,  la  première 
de  ces  choses  est  admirable,  la  seconde  l'est  plus  encore,  la 
troisième  ne  peut  pas  l'être  davantage.  »  Op.  57,  cit. 

Dans  les  chapitres  treize  et  quatorze  du  même  Opuscule, 
saint  Thomas  traite  également  de  trois  merveilles  dans  la  pos- 
session du  corps  de  Jésus-Christ,  et  de  trois  autres  dans  la  per- 
ception du  corps  de  Jésus-Christ. 


22         JÉSUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

quant  au  temps  et  aux  modes  de  réalisation  *. 

Ce  qui  touche  de  plus  près  à  la  Personne  ado- 
rable du  Verbe  incarné  et  à  sa  mission  sacerdo- 
tale dans  l'humanité,  donne  aux  décrets  éternels 
une  valeur  spéciale  qui  sollicite  de  notre  part 
une  adoration  plus  profonde  et  un  amour  plus 
reconnaissant. 

Or,  la  place  que  tient  dans  le  plan  divin  l'Ins- 
titution de  l'Eucharistie  est  étroitement  liée  aux 
deux  grands  Mystères  de  l'Incarnation  et  de  la 
Rédemption.  L'exercice  du  Sacerdoce  éternel  de 
Jésus  et  du  Sacrifice  rédempteur  de  la  divine 
Victime  devant  recevoir  un  adorable  couronne- 
nement  dans  la  perpétuité  de  la  présence  eucha- 
ristique de  Jésus,  il  est  juste  d'admettre,  en  se 
figurant  un  genre  de  succession  dans  les  pensées 
éternelles,  que  le  décret  du  mystère  de  l'Eucha- 
ristie a  été  comme  une  conséquence  de  celui  des 
deux  autres  mystères. 

Mystère  de  sagesse  divine  -,  atteignant  les  der- 
nières limites   de  la   toute-puissance 3.   Mystère 

1  «  Dieu  s'est  proposé  de  réunir  toutes  choses  dans  le  Christ, 
soit  celles  qui  sont  dans  le  ciel,  soit  celles  qui  sont  sur  la  terre, 
en  lui-même.  »  Ephés.,  i,  9,  10. 

2  «  La  Sagesse  s'est  édifié  une  maison,  elle  a  mêlé  le  vin,  et 
elle  a  dressé  la  table.  »  Office  de  la  Fête-Dieu,  à  Laudes. 

3  «  Dans  la  préparation,  la  disposition  et  l'arrangement  de  ce 
pain  à  jamais  béni,  qui  est  le  Sacrement  de  l'Eucharistie,  Dieu 
a  enfermé  tant  et  de  si  grands  prodiges,  qu'il  semble  y  avoir 


origine  de  l'état  eucharistique  de  jésus         23 

de  condescendance  infinie,  que  ne  pourra  ja- 
mais dépasser  la  miséricorde  divine  1.  Mystère 
d'amour  ineffable  qui  devra  clore  pour  toujours 
les  manifestations  glorieuses  de  l'éternelle  cha- 
rité -. 

L'Eucharistie  est  comme  un  écho  lointain  des 
éternelles  décisions  de  l'adorable  Trinité  décré- 
tant la  présence  permanente  du  Souverain  Prê- 
tre au  milieu  de  l'humanité  qu'il  devait  sauver. 
A  l'Incarnation  correspond  la  Rédemption,  à  la 
Rédemption  l'Eucharistie.  Trois  modes  différents 
d'un  même  mystère,  liés  entre  eux  par  un  amour 
puisé  au  sein  de  l'essence  divine. 

Maintenant  que  ces  mystères  nous  ont  été  ré- 
vélés, on  comprend  qu'il  soit  difficile  d'en  conce- 
voir un  sans  les  autres.   Tous  trois  s'appellent 

en  quelque  sorte  renouvelé  toutes  les  merveilles  qu'il  avait  ac- 
complies depuis  l'origine  du  monde.  »  S.  Thom.,  Op.  58,  c.  1. 

1  «  Vous  avez  nourri  votre  peuple  avec  le  pain  des  anges,  et 
vous  lui  avez  donné  le  pain  du  ciel.  »  Office  de  la  Fête-Dieu, 
à  Laudes. 

2  «  Dans  le  divin  Sacrement  de  l'Eucharistie,  Jésus-Christ  a 
répandu  sur  les  hommes  toutes  les  richesses  de  son  divin 
amour.  »  Conc.  de  Trente,  Sess.  13,  Can.  il. 

«  Le  Christ  ne  nous  a  pas  privés  de  sa  présence  corporelle 
pendant  ce  pèlerinage,  mais  il  s'est  uni  à  nous  dans  l'Eucha- 
ristie par  son  corps  et  son  sang  véritable.  D'où  il  dit  (Jean,  vi, 
57)  :  «  Celui  qui  mange  ma  chair  et  boit  mon  sang  demeure  en 
moi  et  moi  en  lui.  »  —  Ce  Sacrement  est  donc  le  signe  de  la 
charité  la  plus  grande.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  75,  a.  1. 


24         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

rigoureusement  et  se  complètent  dans  une  unité 
d'admirable  sagesse  et  d'éternelle  charité. 

Combien,  dès  lors,  nous  apparaît  grand  et 
adorable  le  Mystère  Eucharistique,  qui  ajoute 
une  auréole  si  éclatante  au  Souverain  Prêtre 
continuant  l'exercice  de  son  éternel  Sacerdoce 
dans  tous  les  tabernacles  du  monde  !  Comment 
le  comprendre,  sans  remonter  dans  les  profon- 
deurs de  l'éternité,  là  où  tout  est  puissance 
d'amour  et  amour  tout-puissant  ? 

S'il  pouvait  y  avoir  des  sentiments  successifs 
dans  la  Divinité,  quels  n'auraient  pas  été  ceux 
du  Verbe  de  Dieu  devant  devenir  le  Verbe  in- 
carné, à  la  pensée  d'ajouter  un  jour  à  l'amour  de 
la  Rédemption  l'amour  de  son  Eucharistie,  afin 
de  demeurer  avec  les  hommes  de  tous  les  temps 
et  de  tous  les  lieux  ! 

Transportons-nous  en  esprit  à  l'aurore  des  dé- 
crets éternels,  et  adorons  le  Sacrement  adorable 
qui,  à  l'origine,  était  destiné  à  nous  assurer  la 
présence  permanente  de  Jésus  Prêtre  et  Victime. 

II.  —  L'Eucharistie, 
supplément  à  la  Rédemption 

Toute  liée  que  soit  l'Eucharistie,  dans  la  pen- 
sée divine,  à  la  grande  œuvre  de  la  Rédemption, 
elle  ne  lui  est  pas  intrinsèquement  nécessaire. 


ORIGINE    DE    L'ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  25 

Le  salut  du  monde  ne  pouvait  être  opéré  sans 
l'effusion  du  sang1.  Il  en  avait  été  décrété  ainsi 
de  toute  éternité.  Aussi,  la  mort  de  l'Homme- 
Dieu  étant  intervenue,  il  n'y  avait  plus  d'autre 
victime  à  offrir,  et  la  Rédemption  était  complète, 
sans  qu'il  fût  besoin  de  lui  ajouter  rien  de  plus  2. 
C'est  pourquoi  l'Eucharistie  apparaît  comme 
un  supplément  à  la  Rédemption,  en  ce  sens  que 
la  notion  de  la  Rédemption  comporte  essentiel- 
lement l'existence  et  l'immolation  de  la  Victime, 
le  reste  n'étant  qu'un  excès  d'amour,  quoique 
voulu  de  Dieu,  mais  qui,  en  disparaissant,  au- 
rait laissé  intacte  la  réalité  de  la  Rédemption  3. 

1  «  Sans  Yeffusion  du  sang,  il  n'y  a  pas  de  rémission.  » 
Hébr.,  ix,  22. 

2  «  Béni  soit  le  Dieu  et  le  Père  de  Notre  Seigneur  Jésus- 
Christ,  qui  nous  a  comblés  en  Jésus-Christ  de  toutes  sortes  de 
bénédictions  spirituelles  et  de  biens  célestes...  Dans  lequel  nous 
avons  la  rédemption  par  son  sang,  et  la  rémission  de  nos  pé- 
chés, selon  la  richesse  de  sa  grâce,  que  Dieu  a  répandue  abon- 
damment sur  nous  en  toute  sagesse  et  intelligence  ;  en  nous 
faisant  connaître  le  mystère  de  sa  volonté,  selon  le  libre  des- 
sein que  s'était  proposé  sa  bonté,  pour  le  réaliser  lorsque  la 
plénitude  des  temps  serait  accomplie,  à  savoir,  de  tout  restau- 
rer en  Jésus-Christ.  »  Eph.,  i,  3,  7-10. 

3  «  Nous  avons  été  sanctifiés  par  l'oblation  du  corps  de  Jésus- 
Christ,  faite  une  seule  fois...  Celui-ci  ayant  offert  une  seule 
hostie  pour  les  péchés,  est  assis  pour  toujours  à  la  droite  de 
Dieu...  Quand  les  péchés  sont  remis,  il  n'est  plus  besoin  d'o- 
blation  pour  les  péchés...  C'est  pourquoi  nous  avons  la  con- 
fiance d'entrer  dans  le  sanctuaire  par  le  sang  de  Jésus-Christ.» 
Hébr.,  x,  10,  12,  18,  19. 

Le  Docteur  angélique  nous  donne  comme  un  bref  commen- 


26  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Mais  précisément  parce  que  le  mystère  de 
l'Eucharistie,  —  quoique  lié  en  fait  à  la  Rédemp- 
tion, parce  qu'il  en  est  le  prolongement,  — 
n'était  pas  antérieurement  indispensable  pour 
opérer  le  salut  du  monde  *,  il  exprime  un  amour 

taire  des  paroles  de  l'Apôtre,  quand  il  dit  :  «  La  passion  du 
Christ  ayant  été  une  satisfaction  suffisante  et  surabondante 
pout  le  péché  du  genre  humain  et  pour  la  peine  qu'il  avait  mé- 
ritée, sa  passion  a  été  une  sorte  de  prix  par  lequel  nous  avons 
été  délivrés  de  cette  double  obligation...  C'est  pourquoi  il  est  dit 
que  la  passion  du  Christ  est  notre  rédemption.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  48,  a.  4. 

1  Dans  son  traité  des  sacrements,  saint  Thomas  répond  ainsi 
à  la  question,  à  savoir  si  tous  les  sacrements  sont  nécessaires 
au  salut  :  «  On  dit  qu'une  chose  est  nécessaire  de  deux  ma- 
nières, par  rapport  à  la  fin  dont  nous  parlons.  1°  Elle  est  néces- 
saire quand  on  ne  peut  sans  elle  arriver  à  cette  fin.  C'est  ainsi 
que  la  nourriture  est  nécessaire  à  la  vie  de  l'homme.  Ce  qui  est 
ainsi  nécessaire  pour  une  fin,  l'est  absolument.  2°  On  dit  qu'une 
chose  est  nécessaire,  quand  on  ne  peut  sans  elle  arriver  conve- 
nablement à  sa  fin.  C'est  ainsi  qu'un  cheval  est  nécessaire  pour 
voyager.  Dans  ce  cas  la  nécessité  n'est  pas  absolue.  —  Il  y  a 
trois  sacrements  qui  sont  nécessaires  de  la  première  manière  ; 
deux  se  rapportent  à  l'individu  :  le  baptême  qui  est  simplement 
et  absolument  nécessaire,  et  la  pénitence  qui  l'est  dans  le  cas 
où  l'on  vient  à  pécher  mortellement  après  le  baptême.  Le  sacre- 
ment de  Yordre  est  nécessaire  à  l'Eglise...  Les  autres  sacre- 
ments sont  nécessaires  de  la  seconde  manière.  »  S.  Thom.,  III  p., 
q.  65,  a.  4. 

Ce  qui  n'enlève  rien  à  l'excellence  du  sacrement  adorable  de 
l'Eucharistie,  comme  l'enseigne  le  même  saint  Docteur  dans 
l'article  précédent.  «  Le  Sacrement  de  l'Eucharistie,  dit-il,  est 
le  plus  excellent  de  tous  les  sacrements.  Ce  qu'on  peut  rendre 
évident  de  trois  manières  :  i°  Par  ce  qu'il  renferme.  Car  le 
Christ  est  substantiellement  contenu  dans  le  sacrement  de 
l'Eucharistie,  tandis  que  les  autres  sacrements  renferment  une 


ORIGINE    DE    L'ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE   JÉSUS  2/ 

nouveau,  distinct  du  premier,  et  qui  doit  être 
l'occasion  pour  nous  d'une  plus  grande  recon- 
naissance. 

vertu  instrumentale  qui  est  une  participation  du  Christ.  Or, 
ce  qui  existe  par  essence  l'emporte  toujours  sur  ce  qui  existe 
par  participation. 

2°  Par  le  rapport  que  les  sacrements  ont  entre  eux.  Car 
tous  les  autres  sacrements  paraissent  se  rapporter  à  celui-là 
comme  à  leur  fin.  En  effet,  il  est  évident  que  le  sacrement  de 
Yordre  se  rapporte  à  la  consécration  de  l'Eucharistie,  et  le  sa- 
crement du  baptême  à  sa  réception.  On  est  fortifié  par  la 
confirmation  pour  qu'on  ne  soit  pas  excité  par  la  crainte  à 
s'éloigner  de  ce  sacrement.  La  pénitence  et  Y  extrême-onction 
préparent  l'homme  à  recevoir  dignement  le  corps  du  Christ. 
Enfin  le  mariage  se  rapporte,  du  moins  par  sa  signification,  à 
ce  sacrement,  en  ce  sens  qu'il  signifie  l'union  du  Christ  et  de 
l'Eglise,  dont  Yunité  est  figurée  par  le  sacrement  de  l'Eucha- 
ristie. D'où  l'Apôtre  dit  (Eph.,  v,  3i)  :  «  Ce  sacrement  est  grand, 
je  dis  en  Jésus-Christ  et  dans  l'Eglise.  » 

3°  Par  le  rite  des  sacrements.  Car  presque  tous  les  sacre- 
ments sont  consommés  dans  l'Eucharistie,  comme  le  dit  saint 
Denis  (De  eccles.  hier.,  c.  3).  Ibid.,  a.  3. 

En  un  autre  endroit  de  sa  Somme,  le  Docteur  angélique  éta- 
blit, avec  sa  clarté  habituelle,  la  différence  qui  existe  entre 
l'Eucharistie  et  le  baptême  relativement  à  la  nécessité  de  salut  : 
«  Dans  l'Eucharistie,  il  y  a  deux  choses  à  considérer,  le  sacre- 
ment lui-même  et  la  chose  du  sacrement.  La  chose  de  ce  sa- 
crement est  l'unité  du  corps  mystique  sans  laquelle  on  ne  peut 
être  sauvé  ;  car  il  est  évident  qu'il  n'y  a  pas  de  salut  hors  de 
l'Eglise.  On  peut  avoir  la  chose  d'un  sacrement  avant  de  le  re- 
cevoir lui-même,  par  suite  du  désir  que  l'on  a  de  s'en  appro- 
cher... Cependant  il  y  a  une  différence  par  rapport  à  l'Eucha- 
ristie et  au  baptême.  La  première,  c'est  que  le  baptême  est  le 
principe  de  la  vie  spirituelle  et  la  porte  des  sacrements  ;  tandis 
que  l'Eucharistie  est  en  quelque  sorte  la  consommation  de  cette 
vie  et  la  fin  de  tous  les  sacrements.  C'est  pourquoi  il  est  néces- 
saire d'avoir  reçu  le  baptême  pour  commencer  la  vie  spirituelle, 


28  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

En  réalité,  Jésus  n'était  pas  tenu  de  nous  ai- 
mer jusque  là.  Il  nous  avait  été  promis  comme 
Libérateur,  dès  le  commencement  du  monde, 
et  par  conséquent  II  devait  nous  sauver  et  en 
prendre  les  moyens  *.  C'est  pourquoi  II  est  venu 
comme  Victime  et  s'est  livré  à  la  mort  pour 
nous  2.  Mais  la  promesse  de  l'Eucharistie  n'ac- 
compagnait pas  celle  de  la  Rédemption.  Jusqu'au 
jour  où  Jésus  l'annonça  aux  Juifs,  on  n'en  avait 
pas  la  moindre  idée  ;  et  l'on  sait  quelle  opposi- 
tion rencontra  cette  première  manifestation  du 
mystère  eucharistique3. 

Jésus  seul  en  est  l'auteur.  Il  en  revendique  en 
quelque  sorte  l'unique  paternité.  Il  n'en  a  pas 

tandis  qu'il  faut  recevoir  l'Eucharistie  pour  la  consommer,  mais 
cela  n'est  pas  nécessaire  pour  posséder  cette  vie  simplement. 
II  suffit  de  l'avoir  in  voto,  comme  la  fin  se  possède  dans  le  dé- 
sir et  l'intention. 

«  La  seconde  différence,  c'est  que  par  le  baptême  l'homme  est 
ordonné  à  l'Eucharistie.  Mais  on  n'est  pas  disposé  au  baptême 
par  un  autre  sacrement  antérieur...  C'est  pour  ce  motif  que 
l'Eucharistie  n'est  pas  de  cette  manière  nécessaire  au  salut, 
comme  le  baptême.  »  Ibid.,  q.  73,  a.  3. 

Ajoutons  toutefois  que  quoique,  dans  le  sens  susdit,  l'Eucha- 
ristie ne  soit  pas  nécessaire  de  nécessité  de  moyen,  elle  l'est  de 
nécessité  de  précepte. 

1  «  Dieu,  selon  sa  promesse,  &  suscité  le  Sauveur  Jésus.  » 
Act.,  XIII,  23. 

2  «  Le  Christ  nous  a  aimés  et  s'est  livré  lui-même  pour  nous 
en  s'offrant  à  Dieu  comme  une  victime  d'agréable  odeur.  » 
Eph.,  v,  2. 

3  Voir  plus  loin,  §  iv. 


ORIGINE    DE    L  ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  29 

besoin  pour  mourir  ;  Il  possède  déjà  un  corps 
pour  l'offrir.  Mais  II  l'institue  pour  se  survivre 
et  continuer  à  vivre  parmi  les  hommes  K 

Ne  sommes-nous  pas  en  droit  de  dire  que  Jésus 
nous  a  aimés  à  l'excès,  qu'il  a  fait  pour  nous  ce 
à  quoi  II  n'était  pas  tenu  et  que  l'Eucharistie  res- 
tera le  mémorial  de  ses  tendresses  infinies2. 

Le  voir  mourir  sur  la  croix,  en  suppliant  son 
Père  de  nous  pardonner  3,  n'est-ce  pas  l'amour 
héroïque  d'une  Victime  divine  qu'immole  un 
Prêtre  Eternel  ? 

Le  contempler  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eu- 
charistie, toujours  nous  aimant  et  toujours  nous 
pardonnant,  n'est-ce  pas  le  même  langage  de 
tendresse  sacerdotale  et  d'amour  immolé  se  ré- 
percutant de  tous  les  tabernacles  du  monde  jus- 
qu'à la  fin  des  temps  ?  4 

Il  nous  a  aimés  et  II  s'est  livré  pour  nous  :  sur 

1  «  Je  suis  avec  vous  tous  les  jours  jusqu'à  la  consommation 
des  siècles.  »  Math.,  xxviii,  20. 

5  «  Ceci  est  mon  corps,  qui  est  donné  pour  vous  ;  faites  ceci 
en  mémoire  de  moi  »  Luc,  xxu,  19.  —  «  Toutes  les  fois  que  vous 
mangerez  ce  pain  et  que  vous  boirez  ce  calice,  vous  annoncerez 
la  mort  du  Seigneur  »  I  Cor.,  xi,  26. 

3  «  Père,  pardonnez-leur,  car  ils  ne  savent  ce  qu'ils  font.  » 
Luc,  xxviii,  34. 

4  «  Parce  qu'il  demeure  éternellement,  il  possède  un  sacer- 
doce éternel.  De  là  vient  qu'il  peut  toujours  sauver  ceux  qui 
s'approchent  de  Dieu  par  son  entremise,  étant  toujours  vivant 
afin  d'intercéder  pour  nous,  »  Hébr.,  vu,  24,  25. 


30         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

la  Croix,  pour  nous  sauver  ;  dans  l'Eucharistie, 
pour  nous  appliquer  les  fruits  de  sa  Rédemption. 

III.  —  Les  principaux  motifs 
de  l'Institution   de   l'Eucharistie 

Jésus  est  la  glorification  éternelle  de  son  di- 
vin Père.  De  toute  éternité  le  Fils  éternellement 
engendré  par  le  Père  est  son  image  parfaite, 
sa  splendeur  substantielle  et  l'expression  néces- 
saire de  sa  gloire.  En  venant  sur  cette  terre,  Il 
n'a  point  cessé  d'être  ce  qu'il  est  de  toute  éter- 
nité ;  mais  II  a  ajouté  à  la  gloire  essentielle  de 
Dieu  une  gloire  nouvelle  qui  lui  vient  de  l'Hu- 
manité dont  II  s'est  revêtu.  Quoique  acciden- 
telle, en  ce  sens  qu'elle  est  une  gloire  créée  qui 
a  pris  naissance  dans  le  temps,  elle  est  devenue 
en  Jésus  une  gloire  nécessaire,  inséparable  de  sa 
condition  d'Homme-Dieu  *. 

C'est  même  la  première  raison  de  l'Incarna- 
tion, inspirée  par  l'amour  de  la  justice  et  exigée 
par  la  réparation  de  l'humanité  coupable.  C'est 
aussi  celle  de  la  Rédemption,  la  gloire  ravie  à 

1  «  Dieu  vient  en  ces  jours  de  nous  parler  par  son  Fils,  qui 
est  la  splendeur  de  sa  gloire  et  la  figure  de  sa  substance,  sou- 
tenant tout  par  la  puissance  de  sa  parole,  et  qui,  après  avoir 
opéré  la  purification  de  nos  péchés,  est  assis  au  plus  haut  des 
cieux,  à  la  droite  de  sa  majesté.  »  Hébr.,  i,  3. 


origine  de  l'état  eucharistique  de  jésus         3i 

Dieu  par  le  péché  ne  pouvant  lui  être  rendue 
que  par  une  expiation  égale  à  1  offense.  Si  le 
Verbe  éternel  s'incarne,  c'est  essentiellement 
pour  glorifier  Dieu  ;  le  salut  du  genre  humain, 
c'est  le  moyen  nécessaire  et  éternellement  dé- 
crété de  procurer  la  gloire  divine.  Ces  deux  mys- 
tères sont  essentiellement  unis  et  dépendent  l'un 
de  l'autre,  de  sorte  que  le  Verbe  incarné  demeu- 
rera éternellement  la  gloire  de  son  Père,  mais 
au  nom  de  l'humanité  régénérée  *. 

En  tant  que  Dieu,  Il  lui  est  égal 2,  et  la  gloire 
qu'il  lui  rend  est  inhérente  à  sa  nature  divine. 
En  tant  qu'Homme,  Il  lui  est  inférieur3,  et  II  ne 
peut  le  glorifier  qu'en  lui  rendant  des  devoirs 
d'adoration  et  de  dépendance  qui  tiennent  à  sa 
nature  humaine.  Cet  état  d'infériorité  en  Jésus 

1  «  Père,  je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre  :  j'ai  accompli  l'œuvre 
que  vous  m'avez  donnée  à  faire.  »  Jean,  xvii,  4. 

*  «Moi  et  mon  Père  nous  sommes  une  même  chose.  »  Jean, 
x,  3o. 

3  «  Si  vous  m'aimez,  vous  vous  réjouirez  de  ce  que  je  m'en 
vais  à  mon  Père,  parce  que  mon  Père  est  plus  grand  que  moi.  » 
Jean,  xiv,  28. 

«Ayez  en  vous  les  mêmes  sentiments  qu'avait  en  lui  Jésus- 
Christ,  qui,  ayant  la  forme  et  la  nature  de  Dieu,  n'a  point  cru 
que  ce  fut  pour  lui  une  usurpation  de  s'égaler  à  Dieu.  Et  ce- 
pendant il  s'est  anéanti  lui-même,  prenant  la  forme  d'esclave, 
se  faisant  semblable  aux  hommes,  et  étant  reconnu  pour 
homme  par  tout  ce  qui  a  paru  de  lui  au  dehors.  »  Phil.,  h,  6,  7. 


32         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

demeurera  éternellement,   comme  sa  condition 
de  créature  à  l'égard  du  principe  créateur  l. 

C'est  pourquoi  l'état  eucharistique  de  Jésus 
entraîne  les  mêmes  devoirs  essentiels  qu'il  a 
contractés  en  se  faisant  Homme.  Vis-à-vis  de 
son  Père,  Il  vit  dans  un  état  de  dépendance  ab- 
solue et  II  se  tient  devant  la  Majesté  divine  dans 
une  attitude  d'adoration  respectueuse,  comme  il 
convient  à  l'humanité  qu'il  représente.  Au  nom 
de  tous  les  hommes,  Il  adore  et  II  prie  ;  Il  s'abîme 
dans  des  abaissements  inouïs,  auxquels  les  siè- 
cles n'apporteront  jamais  de  changement.  Ce 
que  les  justes  rendront  de  gloire  à  Dieu  par  leur 
fidélité,  Il  s'en  emparera  et  l'offrira  Lui-même 
avec  la  sienne  pour  la  rendre  plus  agréable  et 
lui  donner  plus  de  valeur.  Ce  que  les  pécheurs 
raviront  de  gloire  à  Dieu  par  leur  infidélité,  Il  la 
rendra  à  leur  place  par  l'assiduité  de  ses  perma- 
nentes adorations  eucharistiques  2. 

1  «  Et  vous,  mon  Père,  glorifiez-moi  maintenant  en  vous- 
même  de  cette  gloire  que  j'ai  eue  en  vous  avant  que  le  monde 
fût.  »  Jean,  xvii,  5. 

2  «  Durant  les  jours  de  sa  chair,  ayant  offert  à  celui  qui  pou- 
vait le  sauver  de  la  mort  ses  prières  et  ses  supplications,  avec 
de  grands  cris  et  des  larmes,  il  a  été  exaucé  à  cause  de  son 
humble  respect,  et,  tout  Fils  de  Dieu  qu'il  est,  il  a  appris, 
par  ses  propres  souffrances,  ce  que  c'est  qu'obéir  ;  et  mainte- 
nant que  le  voilà  au  terme,  il  sauve  à  jamais  tous  ceux  qui  lui 
obéissent,  Dieu  l'ayant  déclaré  pontife  selon  l'ordre  de  Melchi- 
sédech.  »  Hëbr.,  v,  7-10. 


ORIGINE    DE    L'ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  33 

En  effet,  c'est  depuis  dix-neuf  siècles,  et  le 
jour  et  la  nuit,  que  Jésus  vit  au  Très  Saint  Sa- 
crement dans  un  état  d'adoration  perpétuelle,  si- 
lencieuse et  divinement  féconde.  Il  n'est  jamais 
oisif,  Il  adore  sans  fin,  et  avec  quel  amour  !  La 
gloire  de  son  Père,  qui  L'a  attiré  dans  le  monde 
et  L'a  fait  mourir  sur  la  croix,  demeurera  tou- 
jours la  raison  fondamentale  de  sa  présence 
eucharistique. 

Oh  !  qu'elle  est  sublime  cette  attitude  d'un 
Dieu  qui  adore  un  Dieu  !  Qu'elle  est  éloquente 
cette  adoration  silencieuse  qui  dure  depuis  deux 
mille  ans  !  Qu'elle  est  glorieuse  pour  Dieu  cette 
offrande  perpétuelle  de  son  Fils  personnifiant 
l'humanité  qu'il  a  sauvée  !  Qu'elle  est  touchante 
cette  prière  ininterrompue  du  divin  Libérateur 
en  adoration,  continuant  de  sauver  le  monde, 
en  s'interposant  entre  le  ciel  et  la  terre  ! 

L'Eucharistie,  c'est  la  gloire  divine  personni- 
fiée en  Jésus  priant  et  adorant.  L'Eucharistie, 
c'est  l'Incarnation  continuée  et  la  Rédemption 
sans  cesse  renouvelée  l.  On  comprend  que  l'a- 

1  «  On  n'a  jamais  pu  être  sauvé  sans  avoir  foi  dans  la  pas- 
sion du  Christ,  selon  ces  paroles  de  saint  Paul  (Rom.,  ni,  25)  : 
«  Dieu  l'a  établi  pour  être  la  victime  de  propitiation  par  la  foi 
qu'on  aurait  en  son  sang.  »  C'est  pourquoi  il  a  fallu  qu'en  tout 
temps  il  y  eût  parmi  les  hommes  quelque  chose  qui  représentât 
la  passion  du  Seigneur.  Dans  l'Ancien  Testament  son  princi- 
pal sacrement  était  l'agneau  pascal.  D'où  l'Apôtre  dit  (I  Col., 


34  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

mour  ait  poussé  Jésus  à  l'instituer,  Lui  qui  est 
la  gloire  nécessaire  de  Dieu  et  le  Sauveur  indis- 
pensable du  monde. 

Conservons  sa  mémoire,  dirigeons  fréquem- 
ment nos  regards  vers  les  Tabernacles  où  II  ré- 
side, unissons  nos  adorations  aux  siennes  et 
devenons,  à  notre  tour,  sa  gloire  et  sa  suprême 
consolation. 

Si  Jésus  a  trouvé  dans  le  mystère  rédempteur 
la  raison  et  la  forme  nécessaires  de  la  glorifica- 
tion divine,  pour  laquelle  II  s'était  incarné,  Il  en 
a  fait  également  l'acte  sacrificatoire  de  la  régéné- 
ration de  l'humanité.  En  se  survivant  dans  l'Eu- 
charistie, Il  continuera  donc  d'être  la  source  in- 
tarissable de  toutes  les  grâces  qui  découlent  de 
son  Sacrifice  l.  C'est  la  seconde  raison  de  son 
état  sacramentel,  intimement  liée  à  la  première  : 
le  salut  des  hommes,  fruit  de  sa  suprême  immo- 
lation. 

v,  7)  que  «  le  Christ  notre  pâque  a  été  immolé  ».  Dans  le  Nou- 
veau Testament  il  a  été  remplacé  par  le  sacrement  de  l'Eucha- 
ristie, qui  rappelle  la  passion  passée,  comme  l'agneau  pascal  a 
figuré  à  l'avance  la  passion  future.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  73,  a.  5. 
1  «  Le  sacrifice  de  la  loi  nouvelle,  c'est-à-dire  X Eucharistie, 
renferme  le  Christ  qui  est  Yauteur  de  la  sanctification.  Car 
«  il  a  sanctifié  le  peuple  par  son  sang  »,  comme  le  dit  l'Apôtre 
(Hébr.,  xhi,  12).  C'est  pourquoi  ce  sacrifice  est  aussi  un  sacre- 
ment. »  S.  Thom.,  I,  II,  q.  toi,  a.  4,  ad  2. 


origine  de  l'état  eucharistique  de  jésus        35 

Il  ne  méritera  pas  de  nouveau  ;  l'expiation  est 
complète  ;  mais  II  puisera  sans  cesse  dans  le 
réservoir  de  ses  mérites  infinis  pour  en  faire 
des  applications  suivant  les  besoins  de  chacun. 
Toutes  les  générations  passeront  tour  à  tour 
devant  Lui  ',  et  II  les  bénira.  Il  purifiera  les 
pécheurs  et  sanctifiera  les  justes. 

Les  hommes  L'attirent,  parce  qu'ils  Lui  ont 
permis  de  glorifier  son  Père,  en  mourant  pour 
eux.  Ils  sont  devenus  les  trophées  de  sa  victoire, 
et  II  les  aime  comme  les  rachetés  de  sa  miséri- 
corde. Connaissant  leurs  immenses  besoins,  Il 
se  tient  tout  près,  pour  pouvoir  les  secourir  tou- 
jours 2. 

Tout  mystérieux  que  soit  l'amour  qu'il  leur 
porte,  Il  ne  veut  point  les  quitter  et  II  les  asso- 
cie étroitement  à  son  mystère  eucharistique. 
Ils  Lui  sont  devenus  tellement  nécessaires,  que 
s'ils  n'existaient  pas,  Il  ne  se  serait  pas  fait  Sa- 
crement. 

L'amour  de  la  gloire  de  son  Père  et  l'amour 
du  salut  des  âmes  :  en  voilà  plus  qu'il  n'en  faut, 
pour  expliquer  le  grand  mystère  des  merveilles 

1  «  Pour  vous,  Seigneur,  vous  êtes  toujours  le  même,  et  vos 
années  n'auront  point  de  fin.  »  Ps.  ci,  28.  —  «  Jésus-Christ  était 
hier,  il  est  aujourd'hui,  et  il  sera  le  même  dans  tous  les  siècles.» 
Hébr.,  xiii,  8. 

2  «  Venez  tous  à  moi,  et  je  vous  soulagerai.  »  Mat.,  xi,  28. 


36  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

divines,  inauguré  par  Jésus  à  la  Cène  et  perpétué 
à  travers  les  siècles. 

Quand  l'humanité  aura  disparu  et  que  Jésus 
n'aura  plus  à  rendre,  en  son  nom,  les  hommages 
qu'elle  doit  à  la  Divinité,  ni  à  sanctifier  les  âmes 
déjà  arrivées  au  terme  de  leur  destinée,  l'état 
eucharistique  disparaîtra.  Jusque  là  la  Présence 
adorable  de  notre  divin  Sauveur  est  assurée  au 
monde,  et  la  grande  promesse  ne  prendra  fin 
qu'avec  la  dernière  Hostie. 

«  Ego  vobiscum  sum  usque  ad  consummatio- 
nem  saeculi  l.  » 

IV.  —  L'annonce  de  l'Eucharistie 

Avant  d'instituer  le  Sacrement  adorable  de 
l'Eucharistie,  Jésus  avait  tenu  naturellement  à 
y  préparer  les  Juifs  par  une  annonce  claire  et 
précise,  quoique  peu  comprise  de  ses  auditeurs  -. 

Cette  révélation  était  tout  à  fait  inattendue,  le 
peuple  Juif  n'ayant  jamais  eu  la  moindre  idée 
d'un  pareil  mystère.  Il  avait  foi  dans  le  Libéra- 
teur promis,  et  il  attendait  sa  venue  ;  mais  ja- 
mais, dans  les  Saints  Livres,  il  n'avait  été  ques- 

1  Mat.,  xxviii,  20. 

2  «  Je  suis  le  pain  de  vie.  Vos  pères  ont  mangé  la  manne 
dans  le  désert,  et  ils  sont  morts.  Voici  le  pain  descendu  du  ciel, 
afin  que  celui  qui  en  mange  ne  meure  point.  »  Jean,  vi,  48-5u. 


ORIGINE    DE    L'ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  Z~j 

tion  du  mystère  eucharistique,  si  ce  n'est  par 
des  expressions  confuses  et  symboliques,  peu 
susceptibles  d'être  clairement  comprises. 

La  conception  même  qu'il  s'était  faite  du  Mes- 
sie d'Israël  était  tellement  erronée,  qu'il  ne  se  le 
représentait  que  comme  un  roi  terrestre  à  la  tête 
d'un  royaume  purement  temporel  '.  Comment 
aurait-il  pu  comprendre  et  encore  moins  espérer 
une  nouvelle  existence  de  Jésus  sous  une  forme 
aussi  humble  et  mystérieuse  que  celle  de  l'Eu- 
charistie ? 

Jésus  qui  connaissait  la  mentalité  et  l'igno- 
rance de  son  peuple,  voulut  l'instruire  à  l'avance 
du  grand  Sacrement  qu'il  lui  préparait  dans  son 
amour.  Il  y  avait  une  année  déjà  qu'il  exerçait 
son  ministère  dans  sa  vie  publique.  Il  était  connu 
comme  le  prédicateur  d'une  doctrine  toute  cé- 
leste 2  et  comme  un  puissant  faiseur  de  mira- 
cles 3.  Il  y  avait  tout   lieu  de  croire  que  sa  pa- 

1  Les  Apôtres  eux-mêmes  étaient  tellement  imbus  de  cette 
fausse  conception  Messianique,  que  jusqu'au  moment  de  l'As- 
cension ils  s'inquiètent  de  6a  voir  l'heure  de  la  restauration  du 
royaume  d'Israël  :  «  Alors  ceux  qui  étaient  présents  l'interro- 
gèrent en  disant  :  Seigneur,  est-ce  en  ce  temps  que  vous  réta- 
blirez le  royaume  d'Israël?  »  Act.,  i,  6. 

2  «  Ma  doctrine  n'est  pas  de  moi,  mais  de  celui  qui  m'a  en- 
voyé. Ma  doctrine  est  de  Dieu.  »  Jean,  vu,  16,  17. 

3  «  Beaucoup   parmi  le   peuple  crurent   en   lui,   et   disaient  : 


38         JÉSUS    PRÊTRE    ET   VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIË 

rôle,  annonçant  l'Eucharistie,  serait  entendue  et 
qu'on  y  ajouterait  foi. 

Il  venait,  en  outre,  d'opérer  le  miracle  de  la 
multiplication  des  pains  ',  qui  semblait  une  pré- 
paration naturelle  à  une  intelligence  précise  du 
miracle  eucharistique. 

L'heure  était  venue  de  révéler  au  monde  le 
grand  mystère  de  l'amour,  et  Jésus  le  fait  dans 
des  termes  clairs  et  précis.  Il  commence  par  ré- 
clamer la  foi  en  sa  Personne  et  en  sa  mission, 
promettant  la  vie  éternelle  à  ceux  qui  croiraient 
en  Lui 2.  C'était  une  habileté  toute  divine,  s'il 

Quand  le  Christ  viendra,  fera-t-il  plus  de  miracles  que  n'en 
fait  celui-ci  ?  »  Jean,  vu,  3i. 

1  «  Jésus  s'en  alla  ensuite  au  delà  de  la  mer  de  Galilée,  c'est- 
à-dire  de  Tibériade.  Et  une  grande  foule  le  suivait,  voyant  les 
miracles  qu'il  faisait  en  faveur  des  malades.  Jésus  monta  donc 
sur  une  montagne  et  s'y  assit  avec  ses  disciples.  Ayant  levé  les 
yeux,  et  voyant  une  grande  foule  de  peuple  venir  à  lui...  il  dit  : 
Où  achèterons-nous  des  pains  pour  donner  à  manger  à  tout  ce 
monde?...  André  lui  dit  :  Il  y  a  ici  un  enfant  qui  a  cinq  pains 
d'orge  et  deux  poissons;  mais  qu'est-ce  que  cela  pour  tant  de 
personnes  ?  Jésus  lui  dit  :  Faites-les  asseoir...  Or,  il  y  avait  en- 
viron cinq  mille  hommes...  Jésus  prit  donc  les  pains  ;  et,  ayant 
rendu  grâces,  il  les  distribua...  Lorsqu'ils  furent  rassasiés,  il  dit 
à  ses  disciples  :  Recueillez  les  morceaux  qui  sont  restés,  afin 
que  rien  ne  se  perde.  Ils  les  ramassèrent,  et  emplirent  douze 
paniers  des  morceaux  des  cinq  pains  d'orge  qui  étaient  restés 
après  que  tous  en  eurent  mangé.  Et  ces  hommes,  ayant  vu  le 
miracle  qu'avait  opéré  Jésus,  disaient  :  Il  est  vraiment  le  Pro- 
phète qui  doit  venir  dans  le  monde.  »  Jean,  vi,  1-14. 

2  «  La  volonté  de  mon  Père,  qui  m'a  envoyé,  est  que  qui- 
conque voit  le  Fils  et  croit  en  lui,  ait  la  vie  éternelle,  et  je  le 


origine  de  l'état  eucharistique  de  jésus        3q 

nous  est  permis  de  parler  ainsi,  car  après  les 
miracles  qu'il  avait  opérés,  Jésus  pouvait  à  bon 
droit  espérer  que  ses  auditeurs  ne  refuseraient 
pas  de  croire  en  Lui.  Puis,  Il  se  proclame  le  pain 
de  vie,  le  pain  descendu  du  ciel  ',  le  pain  dont  il 
faut  se  nourrir  2,  le  pain  qui  donne  la  vie  éter- 
nelle 3.  Et  pour  que  rien  ne  reste  dans  l'ombre 
de  cette  éclatante  révélation,  Jésus  se  fait  plus 
explicite.  Ce  pain  vivant,  c'est  sa  chair  ;  ce  breu- 
vage divin,  c'est  son  sang4. 

Tel  qu'il  est  présentement,  tel  qu'il  apparaît  à 
leurs  yeux,  en  chair  et  en  os,  les  Juifs  devront 
s'en  nourrir  pour  vivre  éternellement,  et  le  mys- 
tère leur  paraît  insondable.  Prenant  les  choses 
trop  à  la  lettre,  et  ignorant  encore  sous  quelle 
forme  mystique,   quoique  réelle,  ils  mangeront 

ressusciterai  au  dernier  jour...  En  vérité,  en  vérité  je  vous 
le  dis,  celui  qui  croit  en  moi  a  la  vie  éternelle.  »  Jean,  vi, 
40,  47. 

1  «  Je  suis  le  pain  vivant  qui  suis  descendu  du  ciel.  »  Jean, 
vi,  41,  5i. 

2  «  En  vérité,  en  vérité  je  vous  le  dis,  si  vous  ne  mangez  la 
chair  du  Fils  de  l'homme,  et  ne  buvez  son  sang,  vous  n'aurez 
point  la  vie  en  vous.  »  Ibid.,  54. 

3  «  Si  quelqu'un  mange  de  ce  pain,  /'/  vivra  éternellement .  » 
Ibid.,  52. 

4  «  Le  pain  que  je  donnerai  est  ma  chair  pour  la  vie  du 
monde.  Celui  qui  mange  ma  chair  et  boit  mon  sang  a  la  vie 
éternelle...  Car  ma  chair  est  vraiment  une  nourriture,  et  mon 
sang  est  vraiment  un  breuvage.  »  Ibid.,  52,  55,  56. 


40  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l' EUCHARISTIE 

sa  chair  et  boiront  son  sang,  ils  se  refusent  à 
croire  '  et  ils  s'éloignent 2. 

Les  Apôtres  eux-mêmes  croient,  mais  sans 
comprendre.  Seulement,  le  Maître  a  parlé,  et  II 
a  les  paroles  de  la  vie  éternelle  ;  cela  leur  suffit 3. 
Pour  les  récompenser,  ils  seront  plus  tard  les 
seuls  convives  présents  à  l'Institution  de  la  di- 
vine Eucharistie. 

Il  est  à  remarquer  que  Jésus  rencontre  la 
même  incrédulité  à  l'égard  de  l'Eucharistie  qu'en- 
vers sa  mission  rédemptrice.  On  Lui  tourne  le 
dos  pour  ne  plus  L'entendre  se  proclamer  le  pain 
vivant  descendu  du  ciel  ;  on  branle  la  tête  et  on 
se  moque  de  Lui,  en  Le  voyant  mourir  dans 
l'ignominie  4. 

Deux  aspects  du  double  mystère  de  l'Eucharis- 
tie et  de  la  Rédemption,  où  sont  méconnus  à  la 

1  «  Beaucoup  de  ses  disciples,  en  l'entendant,  dirent  :  Ces 
paroles  sont  trop  dures,  et  qui  peut  les  écouter  ?  »  Jean,  vi,  61. 

2  «  Dès  ce  moment,  beaucoup  de  ses  disciples  se  retirèrent 
et  n'allaient  plus  avec  lui.  »  Ibid.,  67. 

3  «  Jésus  dit  donc  aux  douze  :  Et  vous,  voulez-vous  aussi  me 
quitter  ?  Simon-Pierre  lui  répondit  :  Seigneur,  à  qui  irions- 
nous  ?  Vous  avez  les  paroles  de  la  vie  éternelle.  Nous  croyons 
et  nous  savons  que  vous  êtes  le  Christ,  Fils  de  Dieu.  »  Ibid., 
68-70. 

4  «  Et  les  passants  l'injuriaient,  branlant  la  tête  et  disant  : 
Toi  qui  détruis  le  temple  et  le  rebâtis  en  trois  jours,  sauve-toi 
toi-même.  Si  tu  es  le  Fils  de  Dieu,  descends  de  la  croix.  » 
Mat.,  xxvii,  39,  40. 


ORIGINE    DE    L  ETAT    EUCHARISTIQUE    DE    JÉSUS  41 

fois  la  puissance  sacrificatrice  du  Souverain  Prê- 
tre et  l'efficacité  souveraine  de  la  divine  Victime. 

Quand  Jésus  annonce  l'Eucharistie,  Il  parle 
comme  Prêtre.  C'est  par  sa  propre  puissance  sa- 
cerdotale qu'il  se  fera  nourriture  pour  la  vie  du 
monde  et  qu'il  nous  livrera  la  Victime  qui  doit 
nous  sauver. 

Quand  Jésus  meurt  sur  la  croix,  Il  donne  sa 
vie  pour  mériter  la  vie  éternelle  à  tous  ceux  pour 
lesquels  II  a  institué  l'Eucharistie  et  s'est  fait 
leur  Victime. 

V.  —  L'Institution  de  l'Eucharistie 

Une  année  s'est  écoulée  depuis  l'annonce  de 
l'Eucharistie,  à  Capharnaùm.  Aucune  autre  allu- 
sion publique  à  cet  ineffable  mystère  n'a  été  faite 
aux  Apôtres,  —  du  moins  d'après  le  silence  des 
Evangélistes,  —  jusqu'à  l'heure  des  adieux  su- 
prêmes, la  veille  de  la  mort  du  Sauveur.  Toute- 
fois, étant  donné  l'importance  capitale  du  mys- 
tère de  l'Eucharistie,  et  les  ardeurs  qui  brûlaient 
le  cœur  du  Souverain  Prêtre  exprimant  Lui- 
même  le  grand  désir  qui  Le  consumait,  lorsqu'il 
s'écriait  «  desiderio  desideravi  hoc  pascha  tnan- 
ducare  vobiscum  '  »,  nous  pouvons  à  bon  droit 

1  Luc,  xxii,  i5. 


42         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

conjecturer  que  dans  l'intimité  Jésus  instruisit 
«  les  siens  »  du  Sacrement  auquel  II  se  préparait 
à  les  faire  participer. 

Jésus  allait  mourir  le  lendemain  '.  Il  n'y  avait 
plus  que  quelques  heures  avant  le  grand  drame 
de  la  Passion.  Le  Souverain  Prêtre  allait  ter- 
miner sa  mission  rédemptrice,  et  la  divine  Vic- 
time n'attendait  plus  que  le  coup  de  la  mort  pour 
mettre  fin  à  ses  immolations  2.  Leur  action  com- 
mune dans  l'institution  du  Sacrement  eucharis- 
tique allait  s'exercer  dans  l'intimité  du  collège 
apostolique. 

C'était  le  jour  de  la  Pâque,  la  plus  grande  fête 
des  Juifs  ;  solennité  qui  donnait  un  caractère 
sacré  au  mystère  qui  allait  s'accomplir 3.  La 
salle  richement  ornée,  d'après  les  indications  du 

1  Deux  jours  auparavant,  Jésus  avait  dit  clairement  à  ses 
disciples  :  «  Vous  savez  que  la  Pâque  se  fera  dans  deux  jours, 
et  le  Fils  de  l'homme  sera  livré  pour  être  crucifié.  »  Mat.,  xxvi,  2. 

2  «  Je  vous  le  dis,  il  faut  que  soit  accompli  tout  ce  qui  a  été 
écrit  de  moi.  Ce  qui  a  été  prophétisé  de  moi  va  prendre  fin.  » 
Luc,  xxn,  37. 

3  «  Le  premier  jour  des  Azymes,  les  disciples  vinrent  trouver 
Jésus  et  lui  dirent  :  Où  voulez-vous  que  nous  vous  préparions 
ce  qu'il  faut  pour  manger  la  Pâque  ?  Et  Jésus  leur  dit  :  Allez  à 
la  ville  chez  un  tel,  et  dites-lui  :  Le  Maître  dit  :  Mon  temps  est 
proche,  je  fais  la  Pâque  chez  vous  avec  mes  disciples.  Les 
disciples  firent  ce  que  Jésus  leur  avait  commandé,  et  ils  prépa- 
rèrent la  Pâque.  »  Mat.,  xxvi,  17-19. 


ORIGINE    DE    L'ÉTAT    EUCHARISTIQUE    DE   JÉSUS  43 

Maître  *,  avait  pris  un  air  de  fête  inaccoutumé. 
Il  régnait  une  atmosphère  mystérieuse  de  paix 
et  de  recueillement  qui  faisait  pressentir  un 
grand  événement  -.  Aucune  heure  aussi  solen- 
nelle n'avait  encore  sonné  depuis  le  commen- 
cement de  la  vie  publique  du  Sauveur  ;  elle  était 
comme  le  prélude  de  l'heure  qui,  le  lendemain, 
allait  marquer  d'un  sceau  éternel  le  Sacrifice  su- 
prême opérant  le  salut  du  monde. 

Les  apôtres  étaient  saisis  par  tout  cet  ensemble 
de  mystère,  et  Jésus,  Lui,  était  ému  comme  peut 
l'être  un  Dieu  réalisant  dans  le  temps  une  pen- 
sée éternelle  et  l'une  des  plus  grandes  œuvres 
de  sa  puissance  divine3.  Jésus  allait  embrasser 

1  «  Et  le  père  de  famille  de  cette  maison  vous  montrera  un 
grand  cénacle  meublé  »  (Luc,  xxii,  12).  «  Une  chambre  haute 
et  vaste  »  (Marc,  xiv,  i5). 

2  «  Quand  l'heure  fut  venue,  il  se  mit  à  table  et  les  douze 
apôtres  avec  lui.  »  Luc,  xxn,  14. 

3  «  Bien  que  les  faits  contingents  n'existent  en  réalité  que 
successivement,  Dieu  ne  les  connaît  pas  ainsi,  comme  nous 
pourrions  le  faire,  mais  il  les  connaît  simultanément ,  parce  que 
sa  connaissance,  comme  son  être  lui-même,  n'a  pour  mesure 
que  son  éternité.  Or,  l'éternité  étant  simultanée,  elle  embrasse 
tous  les  temps.  Ainsi  donc  tout  ce  qui  existe  dans  le  temps  est 
présent  pour  Dieu  de  toute  éternité,  non  seulement  parce  qu'il 
a  présentes  en  lui  toutes  les  raisons  des  choses,  ma'"s  encore 
parce  que  son  regard  embrasse  de  toute  éternité  tous  les  effets 
qui  doivent  exister,  et  qu'il  les  voit  tous  devant  lui.  D'où  il 
est  évident  qu'il  connaît  infailliblement  ces  effets  contingents, 
parce  qu'ils  sont  toujours  présents  à  ses  yeux  et  qu'ils  ne  sont 
futurs  que  par   rapport   aux   causes  prochaines   qui  doivent 


44  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

un  état  nouveau  ;  Il  allait  multiplier  les  miracles 
pour  se  renfermer  dans  un  peu  de  pain  et,  dans 
son  immense  amour,  Il  allait  s'enchaîner  jusqu'à 
la  fin  du  monde  sous  les  espèces  sacramentelles 
et  se  faire  la  nourriture  de  ses  créatures  ra- 
chetées *. 

C'est  à  genoux  qu'il  faut  assister  à  cette  su- 
prême manifestation  d'amour  et  entendre  les  pa- 
roles consécratrices  qui  instituent  dans  l'Eglise 
le  plus  grand  des  Sacrements.  «  Hoc  est  corpus 


les  produire.  »  (S.  Thom.,  I  p.,  q.  14,  a.  13.)  —  Et  plus  loin  : 
«  Nous  connaissons  successivement  dans  le  temps  les  choses 
que  le  temps  voit  naître,  mais  Dieu  les  connaît  dans  l'éternité 
qui  est  au-dessus  du  temps.  »  Ibid.,  ad  3. 

1  «  Puisque  le  corps  du  Christ  est  véritablement  dans  l'Eu- 
charistie, puisqu'il  ne  commence  pas  à  y  être  par  un  mouve- 
ment local,  et  qu'il  n'est  pas  là  comme  dans  un  lieu,  il  est 
nécessaire  de  dire  qu'il  commence  à  y  être  par  la  conversion 
de  la  substance  du  pain  en  lui-même.  Mais  cette  conversion 
n'est  pas  semblable  aux  conversions  naturelles  ;  elle  est  abso- 
lument surnaturelle  et  produite  par  la  seule  vertu  de  Dieu. 

«  Dieu  étant  un  acte  infini,  son  action  s'étend  à  toute  la  na- 
ture de  l'être.  Il  peut  donc  non  seulement  faire  une  conversion 
formelle,  de  manière  que  différentes  formes  se  succèdent  dans 
le  même  sujet  ;  mais  il  peut  encore  faire  la  conversion  de  tout 
l'être,  de  manière  que  toute  la  substance  de  celui-ci  soit  con- 
vertie en  toute  la  substance  de  celui-là.  Et  c'est  ce  qui  est  pro- 
duit par  la  vertu  divine  dans  X Eucharistie.  Car  toute  la  sub- 
stance du  pain  est  convertie  en  toute  la  substance  du  corps  du 
Christ,  et  toute  la  substance  du  vin  en  toute  la  substance  du 
sang  du  Christ.  Cette  conversion  n'est  donc  pas  formelle,  mais 
substantielle.  On  peut  proprement  lui  donner  le  nom  de  trans- 
substantiation. »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  75,  a.  4. 


origine  de  l'état  eucharistique  de  jésus         45 

meum.  Hic  est  sanguis  meus.  »  Jésus  se  tient 
Lui-même  dans  ses  mains  :  la  prophétie  est  ac- 
complie. Il  se  donne  en  communion  à  ses  Apô- 
tres :  c'est  le  complément  de  la  promesse. 

Jusqu'à  la  fin  des  temps,  Il  demeurera  le  pain 
qui  donne  la  vie  et  nourrit  les  âmes  '.  De  ses 
premiers  communiants,  Il  fait  des  Prêtres,  qu'il 
appelle  à  participer  à  son  éternel  Sacerdoce,  et 
à  qui  II  donne  la  mission  de  perpétuer  sa  pré- 
sence sacramentelle  :  «  Hoc  facite  in  meam  com- 
memorationem  -.  » 

Dans  quelques  heures  la  vie  mortelle  de  Jésus 
aura  disparu  ;  mais  pour  tous  ceux  de  l'avenir  II 
vivra  encore,  et  ses  Prêtres  seront  là  pour  Le 
conserver  au  monde  dans  son  état  de  Prêtre  et 
de  Victime. 

En    sortant    du    Cénacle,    entrons    dans    nos 

1  «  Comme  mon  Père,  qui  est  vivant,  m'a  envoyé  et  que  je 
vis  par  mon  Père,  de  même  celui  qui  me  mange  vivra  aussi 
par  moi.  »  Jean,  vi,  58. 

2  «  Ce  sacrement  est  si  noble,  dit  saint  Thomas,  qu'il  n'est 
confectionné  que  dans  la  personne  du  Christ.  Or,  quiconque 
fait  une  chose  au  nom  d'un  autre,  doit  nécessairement  le  faire 
par  la  puissance  qu'il  en  a  reçue.  Or,  comme  le  Christ  accorde 
à  celui  qui  est  baptisé  la  puissance  de  recevoir  l'Eucharistie,  de 
même  il  accorde  au  prêtre,  dans  son  ordination,  le  pouvoir  de 
la  consacrer  en  son  nom.  Car  par  là  le  prêtre  se  trouve  placé 
au  rang  de  ceux  auxquels  le  Seigneur  a  dit  (Luc,  xxu,  19)  : 
«  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi  ».  C'est  pour  ce  motif  qu'on 
doit  dire  qu'il  appartient  en  propre  aux  prêtres  de  consacrer  ce 
sacrement.  »  III  p.,  q.  82,  a  1. 


46         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

églises  ;  nous  y  entendrons  les  paroles  solen- 
nelles de  la  Consécration  eucharistique,  nous 
y  contemplerons  le  même  Jésus  de  la  Cène  et 
nous  participerons  au  même  banquet  des  intimes 
du  Sauveur  et  des  privilégiés  de  son  cœur. 

VI.  —  Les  diverses  formes  d'amour 
dans  l'état  eucharistique  de  Jésus 

Que  Jésus  nous  aime,  nul  n'en  peut  douter  *. 
Qu'il  nous  ait  prodigué  un  surcroît  d'amour  et 
de  tendresse  dans  l'Institution  de  l'Eucharistie, 
cela  ressort    de   la   nature  même  de    ce  Sacre- 

1  C'est  ce  qui  forçait  saint  Paul  à  s'écrier  :  «  //  m'a  aimé  et 
il  s'est  livré  lui-même  pour  moi  »  (Gal.,  h,  20)  ;  ce  qu'il  appelle 
un  amour  excessif:  «  C'est  lui  qui  nous  a  rendu  la  vie...  à  cause 
du  trop  grand  amour  dont  il  nous  a  aimés  »  (Eph.,  h,  1,  4). 
Aussi,  pour  nous  inciter  à  marcher  à  la  suite  de  Jésus,  fait-il 
appel  à  sa  charité  divine  :  «  Soyez  donc  des  imitateurs  de 
Dieu  comme  étant  des  enfants  bien-aimés  ;  et  marchez  dans 
la  charité,  ainsi  que  Jésus-Christ  qui  nous  a  aimés  et  s'est 
livré  lui-même  pour  nous,  en  s'offrant  à  Dieu  comme  une  vic- 
time d'agréable  odeur.  »  (Eph.,  v,  1,2.)  —  Si  Jésus  a  poussé  si 
loin  son  amour  pour  nous,  c'est  qu'il  a  puisé  sa  charité  dans  le 
sein  de  son  divin  Père,  selon  ce  qu'il  dit  Lui-même  :  «  Comme 
mon  Père  m'a  aimé,  moi  aussi  je  vous  ai  aimés  »  (Jean,  xv,  9). 
L'on  comprend,  après  cela,  le  désir  ardent  de  Jésus,  que  nous 
Lui  restions  fidèles,  afin  de  demeurer  dans  son  amour,  comme 
Lui  demeure  dans  l'amour  de  son  Père  :  «  Si  vous  gardez  mes 
commandements,  vous  demeurerez  dans  mon  amour,  comme 
j'ai  moi-même  gardé  les  commandements  de  mon  Père  et  que 
je  demeure  dans  son  amour.  »  (Jean,  xv,  10). 


ORIGINE    DE    L  ETAT    EUCHARISTIQUE    DE    JESUS  47 

ment l.  Si  Jésus  a  voulu  nous  aimer  jusque  là, 
c'est  par  un  pur  effet  de  sa  bonté.  Nous  n  au- 
rions jamais  pu  nous-mêmes  avoir  une  sem- 
blable pensée,  et  espérer  la  voir  réaliser. 

Même,  en  assistant  à  l'Institution  de  cet  ado- 
rable mystère,  nous  aurions  pu  y  croire,  sans 
toutefois  oser  en  demander  la  perpétuité  dans  le 
monde.  Ce  que  nous  n'avons  même  pas  entrevu, 
Jésus  l'a  fait.  Ce  qui  nous  aurait  paru  une  exi- 
gence irréalisable,  Jésus  nous  l'a  donné  sans 
condition. 

C'est  Jésus  et  Jésus  seul  qui  a  inventé  ce  nou- 
veau mode  de  présence,  qui  nous  Le  livre  dans 
toute  la  réalité  vivante  de  sa  Personne  divine. 
C'est  Jésus  et  Jésus   seul   qui  a   rendu  sa  pré- 

1  Saint  Thomas,  en  traitant  de  la  réalité  de  la  présence  du 
corps  et  du  sang  de  Jésus-Christ  dans  l'Eucharistie,  fait  ressor- 
tir la  charité  qui  a  inspiré  le  Sauveur  à  instituer  ce  Sacrement. 
«  Cela  convient,  dit-il,  à  la  charité  du  Christ  qui  lui  a  fait 
prendre  un  corps  humain  véritable  pour  notre  salut.  Et  parce 
que  le  propre  de  l'amitié  est  surtout  de  vivre  avec  ses  amis,  se- 
lon la  remarque  d'Aristote,  il  nous  promet  sa  présence  corpo- 
relle comme  récompense,  en  disant  (Mat.,  xxiv,  28)  :  «  Où  sera 
le  corps,  là  aussi  se  rassembleront  les  aigles.  »  Cependant,  en 
attendant,  il  ne  nous  a  pas  privés  de  sa  présence  corporelle 
pendant  ce  pèlerinage,  mais  il  s'est  uni  à  nous  dans  l'Eucha- 
ristie par  son  corps  et  son  sang  véritables.  D'où  il  dit  (Jean, 
vi,  57)  :  «  Celui  qui  mange  ma  chair  et  boit  mon  sang  demeure 
en  moi  et  moi  en  lui.  »  Ce  sacrement  est  donc  le  signe  de  la 
charité  la  plus  grande,  et  il  excite  notre  espérance  par  suite 
de  l'union  intime  qu'il  établit  entre  nous  et  le  Christ.  »  III  p., 
q.  75,  a.  1. 


48  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

sence  permanente  dans  l'humanité,  au  point 
qu'îl  s'est  engagé  officiellement  à  ne  la  jamais 
quitter,  grâce  au  pouvoir  concédé  à  ses  Prêtres, 
qui  ont  toute  autorité  sur  Lui  *.  C'est  Jésus  et 
Jésus  seul  qui  a  embrassé  dans  un  même  amour 
les  générations  de  tous  les  temps  et  qui  a  fait 
de  tous  les  Tabernacles  du  monde  autant  de 
cénacles  destinés  à  Le  multiplier  sur  tous  les 
points  du  globe.  C'est  Jésus  et  Jésus  seul  qui 
appelle  toutes  les  âmes  à  participer  au  ban- 
quet de  l'amour  et  qui  ne  se  fait  Sacrement  que 
pour  être  un  aliment  de  vie  éternelle,  en  venant 
perdre  en  elles  la  vie  sacramentelle  qu'il  prend 
à  l'autel 2. 


1  «  Pour  nous  prouver  son  amour,  dit  saint  Thomas,  le 
Christ  consacra  son  très  saint  Corps  et  son  Sang  adorable,  et 
donna  le  pouvoir  de  le  consacrer,  non  pas  à  un  seul  homme 
vertueux,  pour  un  temps  ou  pour  un  lieu  ;  mais  ce  pouvoir  il  le 
donna  aux  Prêtres  même  criminels,  afin  qu'en  tout  temps  et  en 
tout  lieu  les  hommes  trouvassent  dans  la  sainte  Eucharistie  et 
les  autres  sacrements,  des  consolations  spirituelles  et  un  remède 
à  leurs  fautes.  »  Op.  62,  c.  1. 

2  Le  Docteur  angélique  explique  ainsi  la  puissance  divine 
déployée  par  Jésus  dans  l'institution  du  sacrement  de  l'Eucha- 
ristie :  «  La  seconde  raison  de  la  possession  du  corps  du  Sei- 
gneur, c'est  la  parité  qui  existe  entre  la  puissance  de  Jésus- 
Christ  et  celle  de  Dieu.  Tout  ce  que  peut  en  effet  par  nature  le 
Fils  de  Dieu,  le  Fils  de  l'homme  le  peut  pareillement  en  vertu 
de  l'unité  de  personne.  On  lit  dans  saint  Matthieu  (xxvn,  18)  : 
«  Toute  puissance  m'a  été  donnée  au  ciel  et  sur  la  terre.  » 
Saint  Ambroise  expliquant  ces  paroles  :  «  Celui-ci  sera  grand, 
et  il  sera  appelé  le  Fils  du  Très-Haut  »  (Luc,  1,  32),  s'exprime 


ORIGINE    DE    L  ETAT    EUCHARISTIQUE    DE    JESUS  49 

Vraiment,  nous  avons  été  trop  aimés.  Il  est 
difficile  de  penser  à  l'Eucharistie,  sans  éprouver 
des  sentiments  d'amour  et  de  reconnaissance 
que  rien  ne  puisse  tarir.  Il  serait  étrange  de 
contempler  l'état  auquel  s'est  condamné  Jésus, 
par  un  excès  d'amour,  sans  vouloir  Lui  rendre 
amour  pour  amour.  Il  serait  coupable  de  con- 
sidérer tout  ce  qui  nous  vient  par  cette  pré- 
sence permanente  de  Jésus,  qui  nous  conserve 
la  source  de  toutes  les  grâces,  sans  nous  effor- 
cer de  les  faire  fructifier  dans  notre  âme. 

Quel  sublime  couronnement  de  la  vie  de 
l'Homme-Dieu,  que  celui  qui  Le  conserve  au 
monde,  tel  qu'il  y  est  entré  !  Quelle  apothéose 
d'amour  que  celle  qui  s'épanouit  dans  les  ravis- 
sements d'un  aussi  grand  mystère  ! 

Quelle  merveille  de  puissance  et  d'amour  que 
celle    qui    nous    redonne,    et   pour  toujours,   le 

ainsi  :  «  C'est  pourquoi  il  sera  grand  non  pas  parce  qu'il  ne 
l'a  pas  été  avant  l'enfantement  de  la  Vierge  ;  mais  il  le  sera, 
parce  qu'il  recevra  dans  le  temps  la  puissance  qu'il  avait  natu- 
rellement avant  le  temps  comme  Fils  de  Dieu  ;  parce  que 
comme  le  Fils  de  Dieu  et  le  Fils  de  l'homme  seront  confondus 
dans  une  seule  personne,  de  même  il  n'y  aura  qu'une  seule  et 
même  puissance  du  Fils  de  Dieu  et  de  l'homme...  »  Le  Verbe 
Fils  de  Dieu  a  reçu  du  Père  la  puissance  de  s'enfermer  sous 
cette  partie  infiniment  petite  du  corps  de  la  Vierge  ;  comme 
le  prouvent  ces  paroles  (Jean,  i,  14)  :  «  Et  le  Verbe  s'est  fait 
chair.  »  Donc,  le  Christ  homme  a  reçu  un  semblable  pouvoir, 
à  savoir  le  pouvoir  de  renfermer  son  corps  sous  la  plus  petite 
espèce  du  pain.  »  S.  Tho.m.,  Op.  07,  c.  i3. 


50  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Prêtre  que  la  fin  de  sa  mission  allait  nous  ravir  ! 
Quel  secret  d'ineffable  miséricorde  que  celui 
qui  vivifie  le  cœur  de  la  divine  Victime,  au 
moment  du  suprême  Sacrifice,  pour  en  faire  à 
jamais  notre  Hostie  dans  le  Sacrement  où  elle 
revit  sans  cesse  ! 

Nous  avons  parcouru  le  cycle  des  manifesta- 
tions d'amour  qui  se  sont  développées  depuis  le 
décret  éternel  de  l'Eucharistie  jusqu'à  sa  réalisa- 
tion solennelle  au  soir  de  la  Cène.  Pénétrons 
maintenant  plus  avant  dans  le  mystère,  et  con- 
sidérons les  rapports  essentiels  qui  existent 
entre  le  Prêtre  et  la  Victime  dans  cet  adorable 
Sacrement. 


A  Jésus,  Prêtre  dans  l'Eucharistie 

O  Jésus,   dont   les  splendeurs  sacerdotales 

m'éblouissent  déjà 

dans  la  contemplation 

des  décrets  éternels 

qui  Vous  constituent  notre  Prêtre 

dans  l'humanité, 

je  Vous  adore  et  je  Vous  aime. 

J'assiste  en  esprit 

à  cette  heure  bénie 

où  votre  amour  infini 

et  votre  puissance  sacerdotale 

Vous  faisaient  Eucharistie. 

C'est  pour  ne  nous  point  quitter 

que  Vous  Vous  êtes  fait  Sacrement, 

je  veux  Vous  tenir  compagnie 

dans  l'Hostie. 

C'est  pour  y  exercer  universellement 

votre  Sacerdoce, 

que  Vous  Vous  y  êtes  constitué  Victime  ; 

je  veux  puiser  dans  votre  coeur 

de  Prêtre 

l'amour  qui  me  fera  vivre 

et  m'immoler  avec  Vous. 


CHAPITRE   DEUXIÈME 

De  la  nature 

de  l'état  d'immolation 

de  Jésus  dans   l'Eucharistie 


CHAPITRE     DEUXIEME 

De  la  nature  de  l'état  d'immolation 
de  Jésus  dans  l'Eucharistie 


«  Ceci    est  mon  corps    qui  sera 
donné  pour  vous.  Ce  calice  est  le 
nouveau    testament   en   mon    sang 
qui  sera  répandu  pour  vous.  » 
Luc,  XXII,  19,  20. 

Après  avoir  considéré  les  raisons  de  l'état  eu- 
charistique de  Jésus  et  l'histoire  de  son  Institu- 
tion, il  nous  faut  désormais  pénétrer  plus  avant 
dans  cet  adorable  mystère  et  étudier  les  carac- 
tères essentiels  de  cette  présence  permanente  de 
notre  divin  Sauveur  au  milieu  de  nous. 

Savoir  sous  quelle  forme  il  s'y  présente,  dans 
quel  état  II  y  vit,  sous  quel  aspect  II  s'y  offre  à 
son  Père  et  dans  quelle  condition  II  nous  y  con- 
tinue les  bienfaits  de  sa  Rédemption  :  autant  de 
considérations  qui  s'imposent,  si  nous  voulons 
avoir  une  connaissance  précise  du  grand  Mys- 
tère eucharistique  et  en  faire  l'objet  de  notre 
amour  et  de  nos  contemplations. 

Cette   science   est    sans    contredit   la    science 


56         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

suréminente  qui  éclaire  toutes  ies  autres  ;  car  la 
posséder,  c'est  faire  revivre  tout  le  passé  de  la 
vie  de  Jésus  et  avoir,  en  quelque  sorte,  la  clef 
de  tous  ses  mystères  du  temps  et  de  l'éternité. 
Cet  état  intermédiaire  de  Jésus  entre  sa  vie  mor- 
telle et  sa  vie  glorieuse  répond  à  un  plan  divin, 
où  l'amour  joue  le  premier  rôle  et  porte  néces- 
sairement le  même  caractère  d'amour  réparateur 
et  de  mission  rédemptrice  qui  a  inspiré  la  venue 
de  Jésus  sur  la  terre  et  L'a  conduit  à  l'expiation 
de  son  grand  Sacrifice. 

C'est  déjà  entrevoir  que  l'état  eucharistique 
de  Jésus  ne  peut  être  qu'un  état  d'immolation. 
Etat  d'immolation  toutefois  compatible  avec  son 
état  glorieux  et  susceptible  de  nous  donner  une 
intelligence  égale  de  son  amour  crucifié  et  de  sa 
gloire  éternelle. 

Suivons  Jésus  depuis  le  Cénacle  jusqu'au  Cal- 
vaire, et  contemplons  dans  le  Prêtre  qui  immole 
et  la  Victime  qui  est  immolée  le  même  Jésus  qui 
perpétue  sa  présence  adorable  dans  le  Sacre- 
ment de  l'Eucharistie. 

I.  —  Etat  immolé    mais  glorieux 
de  Jésus  dans  l'Eucharistie 

Jésus  a  accompli  sur  le  Calvaire  sa  mission 
rédemptrice.  La  vie  ne  Lui  avait  été  donnée  que 


NATURE    DE    L  ÉTAT    D'iMMOLATlON    DE    JÉSUS  5"] 

pour  cela  l  ;  en  l'offrant  sur  la  croix,  Il  cesse 
d'être  passible  et  II  mérite  de  n'être  plus  jamais 
sujet  à  la  mort 2.  La  vie  qu'il  reprend  au  matin 
de  la  Résurrection  est  encore  sa  vie  propre,  mais 
dégagée  de  tous  les  caractères  d  humiliation  et 
de  souffrance  qui  en  avaient  fait  la  vie  d'une 
victime  et  d'un  crucifié  3. 

Aussi,  ses  droits  à  une  gloire  immortelle  Lui 
assurent-ils  un  état  nouveau  où  II  trouve  dans 
la  Béatitude  une  récompense  éternelle 4.  Rien 
désormais  ne  devra  plus  assombrir  l'éclat  de  sa 
gloire,  et  dans  les  siècles  des  siècles  II  sera 
acclamé  comme  le  Libérateur  de  l'humanité, 
le  Vainqueur  de  l'enfer,  le  Prêtre  éternel  et 
l'Agneau  toujours  immolé  \ 

1  «  Le  Fils  de  L'homme  est  venu  pour  donner  sa  vie.  »  Mat., 
xx,  28. 

2  «  Le  Christ  ressuscité  d'entre  les  morts  ne  meurt  plus  ;  la 
mort  n'a  plus  d'empire  sur  lui.  »  Rom.,  vt,  9. 

3  «  Sa  mort  est  une  mort  au  péché  une  fois  pour  toutes.  La 
vie  qu'il  a  maintenant  demeure  en  Dieu.  »  Ibid.,  10. 

i  «  Ce  Jésus  qui  pour  un  peu  de  temps  a  été  abaissé  au- 
dessous  des  anges,  nous  le  voyons  couronné  de  gloire  et 
d' honneur ,  à  cause  de  la  mort  qu'il  a  soufferte,  ayant,  selon 
la  grâce  de  Dieu,  goûté  la  mort  pour  tous.  »  Hébr.,  ii,  9. 

5  «  Je  vis  au  milieu  du  trône  un  Agneau  qui  était  debout 
comme  immobile...  et  les  vingt-quatre  vieillards  se  prosternè- 
rent devant  l'Agneau,  ayant  chacun  des  harpes  et  des  coupes 
d'or  pleines  de  parfums...  et  ils  chantaient  un  cantique  nou- 
veau, en  disant  :  Vous  êtes  digne,  Seigneur,  de  recevoir  le  livre 
et  d'enlever  les  sceaux,  parce  que  vous  avez  été  mis  à  mort. 


58         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME     DANS    l'eUCHARISTIE 

Et  pourtant  Jésus  a  formé  un  autre  dessein. 
Tout  en  étant  le  triomphateur  couronné  du  ciel, 
Il  a  résolu  de  ne  pas  quitter  les  hommes.  Com- 
ment accomplira-t-Il  ce  mystère?  Il  ne  peut  rien 
perdre  de  sa  gloire,  qui  est  éternelle,  et  II  ne 
peut  davantage  revivre  une  vie  mortelle.  S'il 
réapparaissait  parmi  les  hommes  comme  l'un 
d'eux,  Il  devrait  reprendre  une  existence  in- 
compatible avec  son  état  glorieux.  S'il  se  pré- 
sentait dans  la  majesté  de  sa  gloire,  les  vivants 
ne  pourraient  en  supporter  l'éclat. 

Il  ne  reste  plus  qu'une  possibilité,  celle  d'unir 
ces  deux  états,  glorieux  d'une  part,  humilié  de 
l'autre.  Jésus  conservera  intacte  toute  sa  gloire, 
mais  II  la  voilera  ;  Il  se  présentera  sous  d'hum- 
bles dehors  d'emprunt,  mais  sans  porter  atteinte 
à  l'état  glorieux  qui  Lui  est  essentiel. 

Tout  ce  qu  II  pourra  prendre  de  sa  condition 

et  que  vous  nous  avez  rachetés  pour  Dieu,  par  votre  sang, 
de  toute  tribu,  de  toute  langue,  de  tout  peuple  et  de  toute 
nation. 

«  Je  vis  et  j'entendis  autour  du  trône  la  voix  d'une  multi- 
tude d'anges,  et  leur  nombre  était  des  milliers  de  milliers.  Ils 
disaient  d'une  voix  forte  :  «  L' 'Agneau  qui  a  été  immolé  est 
digne  de  recevoir  la  puissance,  la  divinité,  la  sagesse,  la  force, 
l'honneur,  la  gloire  et  la  bénédiction.  »  Et  toutes  les  créatures 
qui  sont  dans  le  ciel,  sur  la  terre,  sous  la  terre  et  dans  la  mer, 
et  toutes  les  choses  qui  s'y  trouvent,  je  les  entendis  qui  di- 
saient :  «  A  celui  qui  est  assis  sur  le  trône  et  à  Y  Agneau,  béné- 
diction, honneur,  gloire  et  puissance  dans  les  siècles  des  siè- 
cles. »  Apoc,  v,  6,  8,  9,  ii-i3. 


NATURE    DE    l'ÉTAT    D  IMMOLATION    DE    JÉSUS  5q 

mortelle  antérieure,  Il  s'en  servira.  Sa  gloire 
n'étant  connue  que  des  anges,  Il  se  revêtira  ex- 
térieurement de  tous  les  caractères  d'un  état 
d'humiliation  et  d'abaissement  qui  Lui  donne- 
ront l'aspect  non  seulement  d'une  victime,  mais 
d'une  victime  immolée  *.  Tout  ce  que  la  mort 
pourra  Lui  fournir  d  apparences,  Il  s'en  entou- 
rera et  II  se  condamnera  au  silence,  à  l'immo- 
bilité et  à  l'impuissance  d'un  être  sans  vie. 

On  pourra  Lui  parler,  Il  ne  répondra  pas  ;  on 
voudra  L'appeler,  Il  ne  bougera  pas  ;  on  osera 
L'outrager,  Il  ne  se  défendra  pas.  Pour  croire  à 
sa  présence,  il  faudra  renoncer  à  l'usage  de  ses 
sens  -.    Pour   Le  considérer  comme  un   être  vi- 


1  «  On  appelle  la  célébration  de  l'Eucharistie  Yimmolation  du 
Christ  pour  deux  raisons  :  1°)  Parce  que,  comme  le  dit  saint 
Augustin  à  Simplicius  (L.  2,  q.  3),  les  images  ont  coutume 
d'être  appelées  du  nom  des  choses  qu'elles  représentent.  Or,  la 
célébration  de  l'Eucharistie  est  une  image  représentative  de 
la  passion  du  Christ,  qui  est  sa  véritable  immolation.  D'où 
saint  Ambroise  dit  (Sup.  Ep.  ad  Hebr.,  c.  10)  :  «  Dans  le  Christ, 
l'hostie  qui  est  toute-puissante  pour  le  salut  éternel  n'a  été 
offerte  qu'une  fois;  que  faisons-nous  donc?  Ne  l'offrons-nous 
pas  tous  les  jours  ?  mais  en  mémoire  de  sa  mort.  »  —  2")  Quant 
à  l'effet  de  la  passion  du  Christ.  Car  ce  sacrement  nous  fait 
participer  aux  fruits  de  la  passion  du  Seigneur.  C'est  pour 
cela  qu'il  est  dit  dans  une  oraison  :  que  toutes  les  fois  qu'on 
célèbre  la  mémoire  de  cette  victime,  on  exerce  l'œuvre  de  notre 
rédemption.»  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  1. 

2  «  La  foi  n'est  pas  contraire  aux  sens,  mais  elle  a  pour  objet 
une  chose  à  laquelle  les  sens  ne  peuvent  s'élever.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  75,  a.  5,  ad  3. 


60  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME     DANS    L'EUCHARISTIE 

vant,  il  faudra  recourir  à  des  actes  purement 
surnaturels.  Pour  Le  confesser  le  même  Jésus 
glorieux  que  celui  de  la  Patrie,  il  faudra  détruire 
toutes  les  apparences  dont  II  se  revêt  et  tomber 
en  adoration  devant  sa  parole  infaillible  pro- 
clamant que  ce  pain  c'est  Lui,  Lui,  la  vie  éter- 
nelle qu'il  donne  à  ceux  qui  Le  mangent  *. 

Si  le  mystère  de  l'Incarnation,  nous  cachant 
un  Dieu,  est  grand  et  adorable  ;  si  le  mystère  de 
la  Rédemption,  enlevant  la  vie  à  la  victime,  est 
divinement  miséricordieux;  que  dire  du  mystère 
eucharistique  qui  nous  voile  à  la  fois  le  Dieu  et 
l'Homme,  et  prolonge  dans  les  siècles  l'actualité 
toujours  renouvelée  de  la  présence  vivante  du 
Sauveur  du  monde  !  2 


1  «  Quoique  les  sens,  dit  encore  saint  Thomas,  ne  puissent 
reconnaître  que  le  corps  et  le  sang  du  Christ  sont  véritable- 
ment dans  l'Eucharistie,  cependant  notre  foi  sappuyant  sur 
l'autorité  divine,  nous  devons  le  croire,  puisque  cela  convient 
à  la  perfection  de  la  loi  nouvelle,  que  cela  est  très  conforme  à 
la  charité  du  Christ  et  tout  à  fait  d'accord  avec  la  foi  que  nous 
avons  dans  son  humanité...  Si  vous  avez  compris  spirituelle- 
ment les  paroles  du  Christ  à  l'égard  de  sa  chair,  dit  saint  Au- 
gustin (Tract.  27  sur  S.  Jean),  elles  sont  pour  vous  esprit  et 
vie  ;  si  vous  les  avez  entendues  charnellement,  elles  sont  en- 
core esprit  et  vie,  mais  elles  ne  le  sont  pas  pour  vous.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  /5,  a.  1,  c  et  ad  4. 

2  «  Sur  la  croix  se  cachait  seule  la  Divinité,  mais  ici  se  cache 
aussi  l'Humanité.  »  S.  Thom.,  (Adoro  te). 


NATURE    DE    l'ÉTAT    D'iMMOLATION    DE    JÉSUS  6l 

II.  —  Sacrifices  qu'impose  l'état 
d'immolation  de  Jésus  dans  l'Eucharistie 

L'état  d'immolation  de  Jésus  dans  l'Eucha- 
ristie peut  être  envisagé  par  rapport  à  Jésus  et 
par  rapport  à  nous.  D'un  côté  comme  de  l'autre, 
il  comporte  des  sacrifices,  sacrifices  glorieux 
pour  Jésus,  sacrifices  méritoires  pour  nous. 

Pour  établir  ce  Sacrement,  Jésus  a  non  seule- 
ment renversé  les  lois  de  la  nature  qu'il  avait 
Lui-même  établies,  mais  II  s'est  imposé  des  con- 
ditions telles,  qu'il  a  lésé,  en  quelque  sorte,  des 
droits  personnels  qui  sembleraient  imprescrip- 
tibles. 

Comme  pendant  sa  vie  mortelle,  Il  a  relégué  sa 
Divinité  dans  le  secret  et  le  mystère.  Une  fois  sa 
mission  accomplie,  pas  n'était  besoin  de  conti- 
nuer ce  sacrifice,  puisqu'il  disparaissait  sous  une 
forme  sensible.  Bien  plus,  la  gloire  accidentelle 
à  laquelle  II  avait  droit  du  fait  de  l'accomplisse- 
ment de  sa  mission  terrestre,  venant  s'ajouter 
à  sa  gloire  essentielle,  motivait  une  manifes- 
tation éclatante  de  sa  Divinité.  Et  cependant, 
Il  juge  de  devoir  la  tenir  encore  dans  l'ombre, 
pour  Lui  permettre  de  se  faire  Sacrement1. 

1  C'est  pourquoi,  lorsque  Jésus,  à  i'approche  de  sa  Passion, 
demande  à  son  Père  de  Le  glorifier,  Il  n'entend  parler  que  de 


62         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Tout  au  moins,  Jésus  va-t-Il  conserver  la  vue 
de  son  Humanité  sainte?  Il  n'y  a  plus  les  mêmes 
raisons  que  pour  voiler  sa  Divinité.  Il  est  apparu 
parmi  les  hommes,  Il  a  vécu  comme  eux,  Il  leur 
a  parlé  et  les  a  instruits  ;  Il  a  gagné  les  sympa- 
thies et  ravi  les  cœurs  ;  Il  a  exercé  autour  de  Lui 
une  véritable  influence,  et  par  la  bonté  de  son 
regard,  et  par  la  douceur  de  sa  voix,  et  par  l'at- 
trait de   toute   sa   personne i.   Qu'il    continue  à 

sa  gloire  du  ciel  :  celle  qu'il  a  comme  Dieu  de  toute  éternité 
et  à  laquelle  II  a  droit  de  participer  comme  Homme,  par  le  fait 
de  l'union  hypostatique  de  sa  nature  humaine  à  sa  Personne 
divine.  Ce  qui  s'est  parfaitement  réalisé,  en  récompense  de  6on 
immolation  et  de  sa  mort,  d'après  ces  paroles  de  l'Apôtre  : 
«  Jésus-Christ  ayant  offert  une  seule  hostie  pour  les  péchés, 
est  assis  pour  toujours  à  la  droite  de  Dieu  »  (Hébr.,  x,  12). 
C'est-à-dire,  d'après  saint  Thomas  (III  p.,  q.  58,  a.  4,  ad  2)  : 
«  Ce  qui  ne  signifie  pas  simplement  être  dans  la  béatitude  mais 
avoir  la  béatitude  avec  une  certaine  puissance  de  domination, 
et  l'avoir  pour  ainsi  dire  comme  une  chose  propre  et  naturelle, 
ce  qui  ne  convient  qu'au  Christ.  » 

En  maints  endroits  du  saint  Evangile,  Jésus  Lui-même  pro- 
clame la  majesté  et  le  pouvoir  judiciaire  de  son  second  avène- 
ment. «  Alors  le  signe  du  Fils  de  l'homme  paraîtra  dans  le  ciel  ; 
et  tous  les  peuples  de  la  terre  seront  dans  les  gémissements  ; 
et  ils  verront  le  Fils  de  l'homme  venant  sur  les  nuées  du  ciel 
avec  une  grande  puissance  et  une  grande  majesté.  »  Mat., 
xxiv,  3o.  —  Voir  également  Mat.,  xxvi,  64  ;  Marc,  xiii,  26  et 
xiv,  62  ;  Luc,  xxi,  27. 

1  «  Vous  savez  ce  qui  est  arrivé  dans  toute  la  Judée,  en  com- 
mençant par  la  Galilée,  après  le  baptême  que  Jean  a  prêché  : 
comment  Dieu  a  oint  de  l'Esprit  saint  et  de  force  Jésus  de  Na- 
zareth, qui  passa  en  faisant  le  bien  et  en  guérissant  tous 
ceux   qui  étaient  sous  la  puissance  du  diable,   parce  que  Dieu 


NATURE    DE    L'ÉTAT    DTMMOLATION    DE    JÉSUS  63 

vivre  de  la  sorte,  et  II  aura  de  multiples  occa- 
sions de  se  faire  aimer  et  d'exercer  son  empire 
sur  les  âmes. 

Mais  non,  son  état  eucharistique  Lui  demande 
cet  autre  sacrifice  ;  et  pour  rester  parmi  les  hom- 
mes dans  une  condition  qui  satisfasse  les  désirs 
de  son  cœur  et  les  besoins  des  âmes,  Il  dispa- 
raîtra comme  Dieu  et  comme  Homme,  et  II  ne 
sera  plus  apparemment  qu'un  morceau  de  pain  *. 

Peut-il  y  avoir  abaissement  plus  grand  et 
anéantissement  plus  complet?  Comment,  après 
cela,  n'être  pas  frappé  d'un  état  d'immolation, 
où  la  Divinité  et  l'Humanité  de  notre  divin  Sau- 
veur sont  reléguées  comme  dans  un  tombeau  où 
ne  régnent  plus  que  le  silence  et  les  ombres  de 
la  mort  ? 

Depuis  dix-neuf  siècles  que  les  générations  se 
succèdent  devant  les  Tabernacles  qui  couvrent  le 

était  avec  lui.  Pour  nous,  nous  sommes  témoins  de  tout  ce 
qu'il  a  fait  dans  les  campagnes  de  la  Judée  et  à  Jérusalem.  » 
Act.,  x,  37-39. 

1  «  La  foi  catholique  croit,  dit  saint  Thomas,  et  la  sainte 
Eglise  enseigne  que  le  corps  glorieux  du  Christ  est  réellement 
dans  le  Sacrement  de  l'autel  et  qu'il  est  vraiment  dans  son  état 
de  gloire.  Cependant  il  ne  montre  pas  à  nos  yeux  corporels  cet 
état,  cette  manière  d'être,  parce  qu'il  nous  en  réserve  la  vision 
pour  la  patrie,  et  que  cette  ostension  glorieuse  ne  conviendrait 
ni  au  Sacrement  ni  à  notre  foi,  puisque  nous  marchons  encore 
vers  le  terme,  sous  le  voile  de  l'énigme,  et  ne  percevons  qu'à 
travers  un  miroir  la  divine  lumière.  »  Op.  58,  c.  11. 


64  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

globe,  Jésus  n'a  pas  changé  d'attitude.  I!  vit  dans 
la  solitude  et  l'impuissance  apparente.  Son  lan- 
gage est  ceiui  des  morts  qui  ne  parlent  ni  ne  se 
font  entendre.  Son  état  est  celui  d'une  chose 
inerte  qui  n'a  aucun  mouvement  '.  Sa  beauté 
n'est  que  supposée  ;  nous  sommes  condamnés  à 
ne  la  voir  jamais2.  Son  action  ne  s'exerce  que 
dans  le  secret  des  cœurs,  et  II  ne  viendra  jamais 
visiblement  vers  nous  pour  nous  attirer  à  Lui.  Il 
vit,  et  II  ne  nous  communique  la  vie,  dont  II  est 
le  principe,  que  sous  des  apparences  de  mort. 

Jésus  ne  pouvait  nous  révéler  plus  éloquem- 
ment  son  état  d'immolation  dans  l'Eucharistie, 
ni  nous  enseigner  plus  amoureusement  que, 
pour  aimer  comme  Lui,  il  nous  faut  nous  im- 
moler avec  Lui 3. 


1  «  Puisque  le  Christ  n'est  pas  dans  l'Eucharistie  comme  dans 
un  lieu,  dit  saint  Thomas,  il  est  évident  qu'il  y  est  d'une  ma- 
nière immobile  par  lui-même,  mais  d'une  manière  mobile  par 
accident.  »  III  p.,  q.  76,  a.  6. 

2  «  Notre  œil  corporel  est  empêché  par  les  espèces  sacramen- 
telles de  voir  le  corps  du  Christ  qui  existe  sous  elles,  non  seu- 
lement parce  qu'elles  le  couvrent  (comme  nous  sommes  em- 
pêchés de  voir  ce  qui  est  couvert  d'un  voile  quelconque)  ;  mais 
parce  que  son  corps  n'est  pas  en  rapport  avec  le  milieu  qui 
environne  ce  sacrement  par  l'intermédiaire  de  ses  accidents 
propres,  mais  par  l'intermédiaire  des  espèces  sacramentelles.  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  67,  a.  7,  ad  t. 

3  «  Purifiez-vous  du  vieux  levain,  afin  que  vous  soyez  une 
pâte  nouvelle,  comme  aussi  vous  êtes  des  azymes  ;  car  notre 
Pâque,  le  Christ,  a  été  immolé.  »  I  Cor.,  v,  7. 


NATURE    DE   l'ÉTAT    D'iMMOLATION    DE   JÉSUS  65 

III.  —  Relations  entre  l'Institution 

de  l'Eucharistie 
et  le  Sacrifice  de  Jésus  sur  la  Croix 

Le  seul  fait  du  moment  de  l'Institution  de  l'Eu- 
charistie, la  veille  de  la  mort  du  Sauveur,  à 
l'heure  où  va  commencer  sa  passion,  nous  in- 
dique déjà  les  relations  étroites  qui  existent 
entre  ces  deux  grands  mystères  *. 

1  C'est  encore  le  Docteur  angélique  qui,  avec  sa  clarté  habi- 
tuelle, fera  ressortir  les  trois  raisons  de  l'Institution  de  l'Eu- 
charistie, le  soir  de  la  Cène,  au  seuil  de  la  Passion  du  Sauveur. 

«  Il  est  convenable  que  l'Eucharistie  ait  été  instituée  dans  la 
Cène,  où  le  Christ  s'est  trouvé  pour  la  dernière  fois  avec  ses 
disciples.  1"  —  En  raison  de  ce  que  ce  Sacrement  renferme. 
Car  le  Christ  lui-même  est  contenu  dans  l'Eucharistie,  comme 
Sacrement.  C'est  pourquoi  quand  le  Christ  devait  s'éloigner 
de  ses  disciples  sous  sa  propre  forme,  il  s'est  laissé  lui-même 
à  eux  sous  l'espèce  sacramentelle. 

«  2°  —  Parce  qu'on  n'a  jamais  pu  être  sauvé  sans  avoir  foi 
dans  la  passion  du  Christ,  d'après  ces  paroles  de  Saint  Paul 
(Rom.,  m,  25)  :  «  Dieu  l'a  destiné  pour  être  la  victime  de  propi- 
tiation  par  la  foi  qu'on  aurait  en  son  sang.  »  C'est  pourquoi  il  a 
fallu  quV«  tout  temps  il  y  eût  parmi  les  hommes  quelque  chose 
qui  représentât  la  passion  du  Seigneur.  —  Dans  l'Ancien  Tes- 
tament, son  principal  sacrement  était  l'agneau  pascal.  D'où 
l'Apôtre  dit  (I  Cor.,  v,  7)  :  que  «  le  Christ,  notre  pâque,  a  été 
immolé  ».  —  Dans  le  Nouveau  Testament,  il  a  été  remplacé  par 
le  Sacrement  de  l'Eucharistie,  qui  rappelle  la  passion  passée, 
comme  l'Agneau  pascal  a  figuré  à  l'avance  la  passion  future. 
C'est  pourquoi  il  a  été  convenable,  qu'au  moment  où  la  pas- 
sion était  imminente,  il  établit  le  nouveau  Sacrement  lorsqu'on 
célébrait  l'ancien. 

«  3°  —  Parce    que  c'est  surtout  ce  que  disent   les  amis  en 


66         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Jésus  a  intentionnellement  rapproché  cette  su- 
blime Institution  de  son  dernier  Sacrifice.  S'il 
n'avait  pas  eu  la  pensée  de  les  réunir  dans  un 
même  acte  de  suprême  amour,  Il  aurait  pu  choi- 
sir un  autre  moment  plus  en  harmonie  apparem- 
ment avec  la  joie  et  l'allégresse  qui  ressortent 
d'un  semblable  Sacrement. 

Mais,  sans  rien  enlever  aux  douces  suavités 
de  la  présence  vivante  et  permanente  de  Jésus 
dans  ce  mystère,  c'est  précisément  parce  que 
l'Eucharistie  doit  perpétuer  dans  le  monde  le 
souvenir  de  sa  passion  et  de  sa  mort,  que  le  cru- 
cifié du  Calvaire  entre  en  scène  par  l'inaugura- 
tion du  plus  grand  Sacrement  l.  A  la   Cène  II 

dernier  lieu,  lorsqu'ils  se  retirent,  qui  se  grave  plus  profon- 
dément dans  la  mémoire  ;  parce  qu'alors  on  leur  est  plus  atta- 
ché et  que  ce  sont  les  choses  pour  lesquelles  nous  avons  le  plus 
d'affection,  qui  s'impriment  dans  l'esprit  le  plus  vivement.  Car, 
comme  le  dit  le  Pape  Alexandre  Iel  (Epist.  i,  cap.  4),  dans  les 
sacrifices  rien  ne  peut  être  plus  grand  que  le  corps  et  le  sang  du 
Christ,  et  aucune  offrande  n'est  préférable  à  celle-là.  C'est  pour- 
quoi, pour  qu'on  l'eût  en  plus  grande  vénération,  le  Seigneur 
a  institué  ce  Sacrement  au  moment  où  il  allait  se  séparer  de 
ses  disciples.  Et  c'est  la  pensée  de  Saint  Augustin,  dans  les 
réponses  qu'il  adresse  à  Janvier  (Epist.  liv,  cap.  6)  :  Le  Sauveur, 
pour  mieux  faire  connaître  la  profondeur  de  ce  mystère,  a  voulu 
que  cette  action  étant  la  dernière  fût  plus  profondément  gravée 
dans  les  cœurs  et  dans  la  mémoire  de  ses  disciples,  qu'il  quitta 
pour  aller  accomplir  le  sacrifice  de  sa  passion.»  S.  Thom.,  III  p., 
q.  73,  a.  5. 

1  II  est  de  foi  que  Jésus  a  établi  l'Eucharistie  dans  la  der- 
nière cène,  la  veille  de   sa  passion.   «  Or,  lisons-nous  en  saint 


NATURE    DE    L  ETAT    D  IMMOLATION    DE    JESUS  07 

épuise  en  quelque  sorte  son  amour,  comme  tout- 
à-1'heure  sur  la  croix  II  épuisera  tout  son  sang. 

L'Eucharistie  est  une  immolation  anticipée, 
inséparable  de  celle  qui,  le  lendemain,  mettra 
fin  à  la  vie  mortelle  du  Sauveur.  Si  Jésus  ne 
meurt  pas  encore,  c'est  que  ce  Sacrifice  doit  se 
prolonger  pendant  quelques  heures  avant  de 
trouver  son  dernier  dénouement  dans  l'effusion 
du  sang  de  la  Victime  *. 

Les  paroles  de  Jésus  sont  frappantes  et  signifi- 

Matthieu,  (ch.  xxvi),  le  premier  jour  des  Azymes...  le  soir  venu, 
Jésus  se  mit  à  table  avec  ses  disciples...  Pendant  qu'ils  sou- 
paient,  il  prit  du  pain,  le  bénit,  le  rompit  et  le  donna  à  ses 
disciples  en  disant  :  Prenez  et  mangez  :  Ceci  est  mon  Corps. 
Et  prenant  le  calice,  il  rendit  grâces,  et  il  le  leur  donna,  en  di- 
sant :  Buvez-en  tous,  car  Ceci  est  mon  Sang,  le  sang  de  la 
nouvelle  alliance,  qui  sera  répandu  pour  beaucoup  en  rémis- 
sion des  péchés...  Et,  ayant  dit  un  hymne,  ils  allèrent  sur  la 
montagne  des  Oliviers...  Alors,  il  leur  dit  :  Mon  âme  est  triste 
jusqu'à  la  mort...  Voici  l'heure  qui  est  proche,  et  le  Fils 
de  l'homme  sera  livré  entré  les  mains  des  pécheurs.  Levez- 
vous,  allons  ;  voilà  celui  qui  doit  me  trahir  tout  près  d'ici... 
Or,  ces  gens  s'étant  saisis  de  Jésus,  le  conduisirent  chez  Caïphe, 
le  grand  Prêtre...  Je  vous  adjure,  dit-il,  par  le  Dieu  vivant,  de 
nous  dire  si  vous  êtes  le  Christ  Fils  de  Dieu.  Jésus  lui  répon- 
dit :  Vous  l'avez  dit...  Il  a  blasphémé.  Que  vous  en  semble  ? 
Tous  répondirent  :  //  a  mérité  la  mort.  » 

1  La  pensée  de  l'Eucharistie  appelle  nécessairement  celle  du 
Sacrifice,  selon  ce  que  dit  saint  Thomas  :  «  La  première  signi- 
fication du  Sacrement  de  l'Eucharistie  se  rapporte  au  passé, 
selon  qu'il  rappelle  la  passion  du  Seigneur,  qui  a  été  un  véri- 
table sacrifice,  et  c'est  en  ce  sens  qu'on  lui  donne  le  nom  de 
sacrifice.  »  III  p.,  q.  73,  a.  4. 


68         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

catives.  C'est  bien  un  Sacrifice  qu'il  offre.  Ce 
corps  qu'il  donne  à  manger,  c'est  son  corps  qui 
sera  livré  et  sacrifié  ;  ce  sang  qu'il  donne  à  boire, 
c'est  son  sang  qui  sera  répandu  pour  la  rémis- 
sion des  péchés.  Afin  qu'il  ne  reste  aucun  doute 
sur  la  nature  de  son  état  d'immolation  dans  le 
Sacrement  de  l'Eucharistie,  Jésus  parle  de  son 
Sacrifice  sanglant  comme  d'une  chose  présente  : 
«  Prenez  et  mangez,  ceci  est  mon  corps  qui  est 
donné  pour  vous.  »  Et  II  ajoute  que  le  calice 
contient  «  le  sang  de  la  nouvelle  alliance  l.  » 

Ce  n'est  pourtant  que  par  sa  mort  que  l'an- 
cienne alliance  est  abolie  et  que  la  nouvelle  lui 
succède  2  :  ce  qui  signifie  évidemment  que  l'on 
ne  peut  séparer  le  sacrifice  de  la  Cène  de  celui 
de  la  Croix. 

D'ailleurs,  en  apportant  un  complément  au 
Sacrement  de  l'Eucharistie  par  l'institution  de 
l'Ordre,  Jésus  ordonne  à  ses  Prêtres  d'offrir  ce 
Sacrifice  en  mémoire  de  Lui,  c'est-à-dire  en  mé- 
moire de  ce  qu'il  vient  de  faire,  en  mémoire  de 
sa  Passion,  en  mémoire  de  sa  chair  qu'il  vient 

1  Luc,  xxn,  19,  20. 

2  «  Jésus-Christ  est  le  médiateur  du  testament  nouveau.  Et 
là  où  il  y  a  un  testament,  il  est  nécessaire  que  la  mort  du  tes- 
tateur intervienne  ;  parce  que  le  testament  devient  valide  par 
la  mort,  et  il  n'a  point  d'effet  tant  que  le  testateur  est  vivant.  » 
Hébr.,  ix,  15-17. 


NATURE    DE    l'ÉTAT    D  IMMOLATION    DE    JÉSUS  69 

de  donner  et  de  son  sang  qu'il  vient  de  répandre. 

Peu  importe  que  ces  deux  Sacrifices  diffèrent 
dans  la  forme,  comme  nous  allons  le  voir  ;  la 
matière  est  la  même.  C'est  la  même  Victime,  le 
même  Sacrificateur,  la  même  fin,  le  même  ré- 
sultat. S'il  en  était  autrement,  que  signifieraient 
toutes  ces  allusions  à  sa  Passion  que  fait  Jésus, 
et  à  quoi,  dans  la  vie  du  Sauveur,  pourrait-on 
rattacher  essentiellement  le  mystère  de  son  état 
eucharistique  ? 

Nous  comprendrons  mieux  ces  grandes  vérités 
par  les  considérations  qui  vont  suivre. 

IV.  --  Différences  des  deux  immolations 
de  la  Cène  et  du  Calvaire 

Lorsque  Jésus  mourait  sur  la  croix,  Il  offrait 
une  Victime  passible  et  mortelle  '.   Son   Sacer- 

1  Ce  corps  même  qu'il  avait  pris  en  s'incarnant,  pour  rem- 
placer les  anciennes  victimes  et  pour  l'offrir  à  son  divin  Père, 
selon  ces  paroles  que  l'Apôtre  met  dans  la  bouche  du  Sauveur 
des  hommes  entrant  dans  le  monde  :  «  Vous  n'avez  point  voulu 
d'hostie  ni  d'oblation,  mais  vous  m'avez  formé  un  corps...  Alors, 
j'ai  dit:  Me  voici  ;  je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté.  » 
Et  saint  Paul  ajoute  ces  autres  paroles  qui  expriment  nette- 
ment que  pour  Jésus,  faire  la  volonté  de  son  Père,  c'était  se 
sacrifier  :  «  Il  abolit  ainsi  le  premier  sacrifice,  pour  établir  le 
second.  C'est  en  vertu  de  cette  volonté  de  Dieu,  que  nous  avons 
été  sanctifiés  par  Xoblation  du  corps  de  Jésus-Christ,  faite 
une  seule  fois.  »  Hébr.,  x,  5,  9,  10. 


70  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

doce  s'exerçait  sur  une  Victime  susceptible  de 
mourir.  Il  lui  enlevait  la  vie  qu'elle  pouvait 
perdre  et  II  la  réduisait  à  l'état  de  mort  ;  au 
point  qu'après  son  Sacrifice,  on  se  trouvait  en 
face  d'un  véritable  cadavre,  qui  ne  pouvait  des- 
cendre de  la  croix  et  qu'on  déposait  dans  un 
tombeau  '. 

Lorsque  Jésus  offrait  son  Sacrifice  eucharis- 
tique, Il  sacrifiait,  il  est  vrai,  la  même  Victime  ; 
mais  à  l'encontre  du  sacrifice  du  Calvaire,  qui 
ne  pouvait  s'opérer  qu'une  fois,  le  Sacrifice  offert 
à  la  Cène  était  destiné  à  se  renouveler  sur  tous 
les  points  de  1  univers  et  jusqu'à  la  fin  des  temps. 
Si,  au  moment  de  l'Institution  de  l'Eucharistie, 
Jésus  a  consacré  son  corps  passible  et  mortel, 
puisqu'il  ne  devait  cesser  de  souffrir  et  ne  de- 
vait mourir  que  le  lendemain,  son  dessein  for- 
mel étant  de  perpétuer  ce  même  Sacrifice  par  le 
ministère  de  ses  Prêtres,  il  fallait  de  toute  né- 
cessité qu'il  fût  ensuite  offert  dans  l'état  glorieux 
qui  devait  succéder  à  son  état  mortel. 

L'Eucharistie  ne  contient  donc  plus  un  Dieu 
sujet  à  la  souffrance  et  pouvant  mourir;  mais 
l'état  dans  lequel  nous  le  possédons  n'enlève 
rien  à  la  réalité  du  Sacrifice  de  la  Croix  qu'il 

1  C'est  ce  qui  fait  dire  à  saint  Thomas,  que  «  si  l'Eucharistie 
avait  été  consacrée  ou  conservée  au  temps  de  la  mort  du  Christ, 
il  aurait  été  mort  dans  ce  sacrement.  »  III  p.,  q.  81,  a.  4. 


NATURE    DE    L  ÉTAT    D  IMMOLATION    DE    JÉSUS  7I 

représente   et    dont    il   nous    applique    les   mé- 
rites '. 

Une  autre  différence,  qui  découle  de  la  pre- 
mière, c'est  que  l'immolation  du  Calvaire  a  été 
une  immolation  sanglante  et  que  l'immolation 
eucharistique  est  une  immolation  mystique  ;  non 
pas  que  l'une  soit  plus  immolation  que  l'autre, 
mais  la  forme  de  la  première,  consistant  dans  la 
mort,  exigeait  l'effusion  du  sang  2,  tandis  que  la 
forme  de  l'immolation  sacramentelle,  n'altérant 
en  rien  la  vie  glorieuse  de  la  Victime,  n'a  aucun 
cachet  de  souffrance,  et  demeure  purement  spi- 
rituelle. Ce  qui  n'infirme  en  rien  toutefois  la 
valeur  du  Sacrifice  ni  la  réalité  de  la  Victime 
sacrifiée  :  les  deux  modes  d'immolation  étant 
également  agréables  à  Dieu  et  divinement  opé- 
rant pour  le  salut  du  monde. 

Le  rite  du  Sacrifice  suit  naturellement  la  na- 
ture de  chaque  état  d'immolation.  La  mise  en 
scène  du  Sacrifice  du   Calvaire  n'a  plus  ici  de 

1  «  Le  sacrement  de  l'Eucharistie  représente  ce  qu'est  la  pas- 
sion du  Christ.  C'est  pourquoi  il  produit  dans  l'homme  l'effet 
que  la  passion  du  Christ  a  produit  dans  le  monde...  D'où  le 
Seigneur  dit  lui-même  (Mat.,  xxvi,  28)  :  «  Ceci  est  mon  sang 
qui  sera  répandu  pour  vous  pour  la  rémission  des  péchés.  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  79,  a.  1. 

2  «  Il  n'y  a  point  de  rémission  de  péché  sans  l'effusion  du 
sang.  »  Hébr.,  i.\.  22. 


72         JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

raison  d'être.  Il  n'est  pas  nécessaire  de  dresser 
une  croix  pour  y  voir  mourir  le  divin  Crucifié  : 
1  autel  sur  lequel  II  s'immole  de  nouveau  la  rem- 
place l.  Pour  verser  son  sang  il  Lui  fallait  des 
bourreaux  ;  pour  se  faire  Eucharistie,  Il  s'adresse 
à  la  foi  et  à  l'amour  de  ses  Prêtres  2.  Les  cris  de 
mort  que  vociférait  le  peuple  déicide,  ont  fait 
place  aux  adorations  et  aux  actions  de  grâces  de 
la  foule  des  croyants. 

Jésus  est  toujours  honoré  comme  le  Crucifié 
du  Calvaire,  et  II  est  aimé  et  adoré,  dans  le  si- 
lence du  sanctuaire,  comme  le  Prêtre- Victime 
dont  le  sang  ruisselle  sur  nos  autels,  pour  per- 
pétuer ses  divins  mystères  et  ses  infinies  misé- 
ricordes. 

V.  —  Même  réalité  d'immolation 
dans  l'Eucharistie  et  sur  la  Croix 

Si  nous  avions  assisté  à  la  mort  de  Jésus  sur 
la  croix,  nous  aurions  entendu  le  grand  cri  de 

1  «  Comme  la  célébration  de  l'Eucharistie  est  une  image  qui 
représente  la  passion  du  Christ,  de  même  l'autel  est  la  repré- 
sentation de  la  croix  sur  laquelle  le  Christ  a  été  immolé  dans 
son  espèce  propre.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  1,  ad  2. 

2  «  Le  prêtre  est  l'image  du  Christ,  en  la  personne  et  la 
vertu  duquel  il  prononce  les  paroles  pour  la  consécration.  Par 
conséquent,  c'est  d'une  certaine  manière  le  même  qui  est  prêtre 
et  hostie.  »  Ibid.,  ad  3. 


NATURE    DE    l'ÉTAT    D'iMMOLATJON    DE    JÉSUS  "]3 

la  divine  Victime  '  couronnant  l'œuvre  de  sa 
mission  rédemptrice  :  «  Consummatum  est  »  2. 
Jésus  peut  mourir.  Il  n  a  plus  rien  à  faire  sur  la 
terre  où  II  était  descendu  3.  Il  n'a  plus  rien  à  en- 
seigner aux  hommes  4.  Il  n'a  même  plus  de  sup- 
plications à  adresser  à  son  divin  Père  5.  L'effu- 
sion de  son  sang  est  la  dernière  purification  de 
l'humanité.  La  vie  qu'il  donne  est  le  plus  so- 
lennel acte  d'amour  qu'il  fait  pour  son  Père, 
entre  les  mains  de  qui  II  s'abandonne  8,  et  pour 
les  hommes  à  qui  II  ouvre  la  porte  du  ciel. 

Ce  «  consummatum  est  »  n'est  que  l'écho  de 
cette  autre  sublime  parole  que  Jésus  faisait  en- 
tendre dans  la  prière  qu'il  adressait,  la  veille,  à 
son  divin  Père  :  «  Père,  j'ai  achevé  l'œuvre  que 
vous  m'aviez  chargé  de  faire.  Maintenant,  glo- 
rifiez-moi 7.  »  C'est  au  sortir  du  Cénacle,  entre  la 

1  Mat.,  xxvii,  5o. 

2  «  Jésus  dit  :  Tout  est  consommé.  Et,  inclinant  la  tête,  il 
rendit  l'esprit.  »  Jean,  xix,  3o. 

3  «  J'ai  achevé  l'œuvre  que  vous  m'aviez  chargé  de  faire.  » 
Jean,  xvii,  4. 

4  «  Allez,  enseignez  toutes  les  nations,  leur  apprenant  à  gar- 
der   toutes   les   choses  que  je  vous   ai  commandées.  »   Mat., 

XXVIII,  19,  20. 

5  «Mon  Dieu,  mon  Dieu,  pourquoi  m'avez-vous  abandonné ?» 
Mat.,  xxvii,  46. 

c  «  Mon  Père,  je  remets  mon  âme  entre  vos  mains.  Et  en 
prononçant  ces  mots  il  expira.  »   Luc,  xxm,  46. 

7  «  Jésus  leva  les  yeux  au  ciel  et  dit  :  Mon  Père,  l'heure  est 


74  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Cène  et  le  Calvaire,  que  Jésus  parlait  ainsi,  éta- 
blissant visiblement  une  union  étroite  entre  ses 
deux  Sacrifices,  celui  de  l'Eucharistie  et  celui  de 
la  Croix.  Il  avait  appuyé  sur  la  nature  du  Sacri- 
fice de  la  Cène,  qui  n'avait  de  réalité  qu'en  re- 
lation avec  le  sacrifice  sanglant  du  lendemain, 
où  II  mourrait  en  versant  tout  son  sang.  Avant 
même  de  monter  sur  la  croix  et  d'y  rendre  le 
dernier  soupir,  Il  proclame  néanmoins  solennel- 
lement que  son  œuvre  est  finie  et  que  l'heure  est 
venue  pour  Lui  de  remonter  vers  son  Père,  dans 
le  royaume  de  sa  gloire  '. 

N'est-ce  pas  faire  un  tout  et  comprendre  dans 
un  même  sacrifice  ce  qu'il  vient  de  faire  à  la 
Cène  et  ce  qu'il  va  accomplir  demain  sur  la 
Croix  ?  Deux  phases  d'un  même  unique  Sacri- 
fice, offrant  une  seule  et  même  Victime  2. 

venue,  glorifiez  votre  Fils,  afin  que  votre  Fils  vous  glorifie... 
Glorifiez-moi  en  vous-même  de  cette  gloire  que  j'ai  eue  en  vous 
avant  que  le  monde  fût.  »  Jean,  xvii,  1,  5. 

1  «  Père  saint,  maintenant  je  viens  à  vous...  Je  veux  que  là 
où  je  suis,  ceux  que  vous  m'avez  donnés  soient  aussi  avec  moi, 
afin  qu'ils  contemplent  ma  gloire,  que  vous  m'avez  donnée 
parce  que  vous  m'avez  aimé  avant  la  création  du  monde.  » 
Jean,  xvii,  11,  i3,  24. 

2  «  H  n'y  a  qu'une  hostie,  comme  le  dit  saint  Ambroise,  celle 
que  le  Christ  a  offerte  et  que  nous  offrons  ;  il  n'y  en  a  pas 
plusieurs,  parce  que  le  Christ  n'a  été  offert  qu'une  fois.  Ce  sacri- 
fice est  le  modèle  de  celui-ci.  Car,  comme  ce  qui  est  offert  pour 
tous  n'est  qu'un  seul  corps  et  n'en  forme  pas  plusieurs,  de  même 
il  n'y  a  qu'un  seul  sacrifice.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  1,  ad  1. 


NATURE    DE    l'ÉTAT    D'IMMOLATION    DE   JÉSUS  ~5 

En  instituant  l'Eucharistie,  Jésus  se  donne  Lui- 
même  en  nourriture  à  ses  Apôtres.  C'est  son 
propre  corps  qu'il  donne  et  son  propre  sang 
qu'il  livre.  Il  se  constitue  pour  jusqu'à  la  fin  des 
temps  la  Victime  qu'il  ordonne  à  ses  Prêtres 
d'immoler1.  Sans  faire  couler  son  sang,  ils  opé- 
reront le  même  rite  sacrificatoire  qui  leur  livrera 
l'auguste  Victime,  dont  l'immolation  commencée 
à  la  Cène  est  consommée  sur  la  Croix. 

Pour  offrir  en  sacrifice  une  semblable  Victime, 
il  faut  un  Prêtre  qui  ait  pleine  autorité  sur  elle, 
et  Jésus  apparaît  comme  l'unique  Pontife  de  son 
propre  Sacrifice.  Lui  seul,  en  tant  que  Prêtre 
Eternel,  pourra  prononcer  les  paroles  divines  de 
la  consécration  eucharistique.  Lui  seul,  en  tant 
que  divin  Sacrificateur,  aura  le  pouvoir  d'immo- 
ler la  Victime  qui  Lui  a  été  confiée  2.  Il  est  Prê- 

1  «  Le  prêtre  consacre  l'Eucharistie  non  par  sa  vertu  propre, 
mais  comme  ministre  du  Christ,  en  la  personne  duquel  il  con- 
sacre ce  sacrement.  »  S.  Tho.m.,  III  p.,  q.  82,  a.  5. 

2  «  La  passion  du  Christ,  qui  lui  convient  selon  la  nature 
humaine,  est  cause  de  notre  justification  d'une  manière  méri- 
toire et  efficiente,  mais  non  à  titre  d'agent  principal  ou  par  au- 
torité, mais  à  la  façon  d'un  instrument,  en  tant  que  l'humanité 
est  l'instrument  de  sa  divinité.  Cependant  comme  cet  instru- 
ment est  uni  à  la  divinité  en  personne,  il  a  une  certaine  supé- 
riorité et  une  certaine  causalité  par  rapport  aux  instruments 
extrinsèques,  qui  sont  les  ministres  de  l'Eglise.  C'est  pour- 
quoi, de  même  que  le  Christ,  comme  Dieu,  a  une  puissance 
d'autorité  dans  les  sacrements,  ainsi,  comme  homme,  il  a  une 


/6  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

tre,  et  il  Lui  faut  une  Victime  ;  Il  est  Victime,  et 
il  lui  faut  un  Sacrificateur.  L'un  ne  peut  exister 
sans  l'autre.  Ils  vivent  tous  deux  pour  l'immo- 
lation suprême  qu'accomplit  le  Prêtre  et  que 
souffre  la  Victime. 

L'état  d'immolation  eucharistique  perpétuant 
à  travers  les  siècles  l'immolation  suprême  de  la 
Victime  du  Calvaire,  sera  à  jamais  l'œuvre  sa- 
cerdotale de  l'unique  Prêtre  de  l'unique  Victime. 

Et  ce  Sacrifice  eucharistique  appliquant  tous 
les  mérites  du  Sacrifice  de  la  Croix  ne  perdra  ja- 
mais rien  de  son  efficacité  divine.  Sur  tous  les 
points  du  globe  et  sur  tous  les  autels  du  monde, 
le  même  sang  purificateur  coulera  à  flots  sur  les 
âmes,  le  même  Prêtre  fera  entendre  les  mêmes 
paroles  consécratrices,  la  même  Victime  s'offrira 
en  sacrifice,  la  même  glorification  divine  mon- 
tera vers  le  ciel  et  les  mêmes  efficacités  de  grâces 
rempliront  le  monde. 

Même  Sacrifice,  même  Prêtre,  même  Victime 
et  même  efficacité  divine  !  C'est  la  Cène  sur  le 
Calvaire,  et  c'est  le  Calvaire  à  la  Cène  ! 

C'est  l'Hostie  du  Cénacle  et  la  Victime  de  la 
Croix  remplissant  tous  les  Tabernacles  et  domi- 
nant le  monde.  A  genoux  :  adorons,  remercions 
et  aimons. 

puissance  de  minisire  principal  ou  une  puissance  d'excel- 
lence. »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  64,  a.  3. 


A  Jésus,  Victime  dans  l'Eucharistie 

O  Jésus, 

que  la  miséricorde  infinie 

Vous  a  inspiré 

de  Vous  faire  mon   Prêtre  et  ma  Victime, 

je  contemple  votre  puissance  sacerdotale 

dans  l'Hostie  de  votre  Sacrifice 

et  votre  amour  sacrifié 

dans  l'état   d'immolation 

de  la  divine  Victime. 

Je  m'offre  à  Vous 

pour  Vous  aimer  et  me  sacrifier 

en  union 

avec  vos  incessantes  immolations 

au  Sacrement  de  l'Eucharistie. 

Puisque  Vous  y  demeurez 

humilié  et  caché, 

je  Vous  glorifierai  par  mon  amour 

et  ma  sainteté. 

Puisque  Vous  cherchez 

d'autres  victimes 

qui  s'immolent  avec  Vous, 

je  m'abandonne  à  votre  amour  crucifié 

pour  que  Vous  soyez  le  Prêtre 

de  mon  perpétuel  sacrifice. 


CHAPITRE    TROISIEME 

Du  choix  et  de  la  volonté 
formelle  de  Jésus 

et}  soi?  état  d'immolation 
dans  l'Eucharistie 


CHAPITRE    TROISIEME 


Du  choix  et  de  la  volonté  formelle 

de  Jésus  en  son  état  d'immolation 

dans   l'Eucharistie 


«  Vous   n'avez   plus  voulu  des  an- 
ciens  sacrifices.    "Mais    vous    m'avez 
formé  un  corps  :   me  voici,  je  viens, 
ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté.  » 
Hébr.,  X,  5,  7. 

L'état  d'immolation  de  Jésus  dans  l'Eucha- 
ristie ne  Lui  a  pas  été  imposé,  pas  plus  que  ne 
l'ont  été  l'Incarnation  et  la  Rédemption  '.  Ce  qui 
a  présidé  à  l'Institution  de  ce  Sacrement  ado- 
rable, c'est  son  amour  pour  son  Père  et  pour  les 
hommes.  Il  nous  a  aimés,  parce  qu'il  l'a  voulu. 
Il  s'est  fait  homme,  parce  qu'il  a  tenu  à  nous 
prouver  son  amour  sous  cette  forme.  Il  s'est 
livré  à  la  mort,  parce  que  son  amour  L'a  poussé  à 

1  «  Il  a  été  offert  en  sacrifice,  parce  que  lui-même  l'a  voulu, 
et  il  n'a  point  ouvert  la  bouche  pour  se  plaindre  ;  il  sera  mené 
à  la  mort  sans  résistance,  comme  une  brebis  qu'on  va  égor- 
ger ;  il  demeurera  dans  le  silence  sans  ouvrir  la  bouche  devant 
ses  juges  et  ses  bourreaux,  comme  un  agneau  est  muet  devant 
celui  qui  le  tond.  »  Isaie,  lui,  7. 


82  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

cette  manifestation  suprême  de  la  charité  qu'il  a 
pour  nous  *.  Il  s'est  fait  Sacrement  pour  perpé- 
tuer son  amour.  Il  s'y  est  condamné  à  un  état 
d'immolation  pour  y  exercer  son  ministère  sa- 
cerdotal auprès  de  la  Victime  qu'il  continue  à 
offrir  en  sacrifice,  comme  II  le  fit  sur  la  croix  du 
Calvaire. 

Qui  donc  pensera  qu'il  y  a  une  autre  volonté 
que  celle  de  Jésus,  pour  Le  maintenir  constam- 
ment dans  cet  état  d'humiliation  et  d'abaisse- 
ment qui  fait  de  l'Eucharistie  le  plus  grand  mys- 
tère de  l'amour  d'un  Dieu  ?  Qui  exercera  sur  Lui 
une  puissance  d'autorité  capable  de  Le  forcer  à 
aimer  et  à  s'immoler?  Qu'a-t-Il  besoin  de  recou- 
rir à  une  sagesse  étrangère  et  à  un  amour  qui 
soit  supérieur  au  sien  ? 

Il  se  suffit  à  Lui-même.  Quand  II  parle,  Il  tire 
la  vérité  de  son  fonds.  Quand  II  agit,  Il  le  fait 
par  sa  propre  puissance.  Quand  II  aime,  Il  puise 
dans  son  cœur  la  charité  qui  L'embrase.  Quand 
Il  souffre,  Il  fournit  un  aliment  à  son  amour. 
Quand  II  meurt,  Il  sacrifie  une  vie  qu'il  n'a  prise 
que  par  amour  et  qu'il  donne  librement  dans  un 
excès  de  charité  2. 

1  «  Si  je  vis  maintenant  dans  ce  corps  mortel,  j'y  vis  en  la 
foi  du  Fils  de  Dieu,  qui  m'a  aimé  et  s'est  livré  lui-même  pour 
moi.  »  Gal.,  h,  20. 

2  «  L'objet  de  la   volonté  divine  est  sa  bonté  même  qui  est 


VOLONTÉ    DE   JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    D'iMMOLATION         83 

L'Eucharistie  conserve  le  même  caractère  d'a- 
mour sacrifié,  dans  une  liberté  totale  d'amour  et 
de  volonté.  Comme  il  est  beau  de  suivre  dans 
cette  voie  lumineuse  de  l'état  eucharistique  le 
Prêtre  Eternel  qui  nous  a  sauvés  et  qui  continue 
de  nous  prêcher  son  amour  en  se  sacrifiant  pour 
nous  !  Entrons  dans  les  sentiments  qui  L'ani- 
ment et  comprenons  que  s'il  se  fait  notre  Hostie, 
c'est  qu'il  n'a  pas  voulu  nous  aimer  autrement 
qu'en  Victime. 


I.  —  L'état  d'immolation  de  Jésus 

dans  l'Eucharistie 

est  un  pur  effet  de  son  choix 

S'il  est  vrai  que  Jésus  n'était  pas  tenu  de  nous 
aimer  autant  qu'il  nous  a  aimés  ;  s'il  est  indu- 
bitable que  rien  ne  L'obligeait  à  nous  aimer 
sous  la  forme  d'humiliation  et  de  sacrifice  qu'il 
a  daigné  prendre  ;  rien  ni  personne  ne  pouvait 

son  essence.  Par  conséquent  la  volonté  de  Dieu  étant  son  es- 
sence, il  n'est  pas  mû  par  un  autre  que  par  lui-même.  » 
(S.  Thom.,  I  p.,  q.  19,  a.  1,  ad  3).  —  Cette  volonté  en  Dieu  est 
inséparable  de  son  amour,  comme  le  dit  encore  le  saint  Doc- 
teur dans  la  question  suivante  :  «  Puisqu'il  y  a  en  Dieu  volonté, 
il  est  nécessaire  d'admettre  qu'il  y  a  amour  en  lui,  car  l'amour 
est  la  cause  et  le  principe  de  tous  les  mouvements  de  cette 
faculté.  »  (Ibid.,  q.  20,  a.  1). 


84         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Lui  imposer  de  se  faire  Sacrement  dans  les 
mêmes  conditions  d'immolation  qu'il  s'était  of- 
fert sur  la  croix. 

Lorsque  Jésus,  arrivé  à  la  fin  de  sa  vie,  aima 
les  siens  jusqu'à  la  fin,  Il  n'avait  rien  perdu  de 
sa  liberté  d'Homme-Dieu  et  de  sa  puissance  de 
Sauveur.  Il  n'était  pas  plus  à  court  de  moyens 
pour  manifester  son  amour  eucharistique,  qu'il 
ne  l'avait  été  jusque-là  pour  vivre  de  notre 
vie,  pour  glorifier  son  Père,  pour  enseigner  les 
hommes  et  les  conduire  au  salut  éternel. 

Au  moment  de  sa  mort,  Il  n'abdique  aucun  de 
ses  droits  et  II  ne  limite  en  rien  sa  souveraine 
puissance  d'action  libératrice.  Ce  qu'il  était  en 
vivant  et  en  mourant,  Il  le  demeure  dans  cet 
état  nouveau  qui  nous  livre  le  même  Prêtre  et 
la  même  Victime. 

Jésus  se  consulte  Lui-même  pour  choisir  un 
état  eucharistique  qui  soit  en  harmonie  avec  la 
vie  qu'il  a  vécue  jusqu'à  cette  heure  et  avec  le 
drame  douloureux  qui  va  se  dérouler  jusqu'à  sa 
mort.  Lui  seul  peut  tempérer  la  majesté  de  son 
état  glorieux  ;  et  II  la  couvrira  du  manteau  de 
ses  humiliations  eucharistiques.  Lui  seul  peut 
voiler  son  Humanité  sainte  sous  des  dehors 
étrangers  ;  et  II  réduira  sa  vie  essentielle  et  glo- 
rieuse à  une  apparence  de  mort. 

Le  choix  qu'il  fait  de  cet  état  humilié  et  sacri- 


VOLONTÉ  DE  JÉSUS  EN  SON  ÉTAT  D  IMMOLATION    85 

fié,  dans  des  conditions  apparentes  si  contraires 
à  la  réalité,  indique  l'importance  et  la  valeur  de 
l'acte  de  pleine  liberté  que  pose  le  Sauveur. 

Bien  d'autres  modes  d'existence  sacramentelle 
pouvaient  se  présenter  à  la  pensée  de  Jésus  à 
l'heure  de  l'Institution.  Il  avait  vécu  dans  l'hu- 
milité de  la  vie  cachée,  et  II  n'avait  manifesté  sa 
gloire  qu'un  moment,  sur  le  Thabor,  à  quelques 
apôtres  privilégiés  '  ;  n'était-il  pas  temps  de  dé- 
chirer le  voile  qui  nous  Le  dérobait  ?  Il  allait 
mourir  dans  l'ignominie,  et  les  témoins  de  sa 
mort  en  conserveraient  une  douloureuse  im- 
pression qui  pourrait  devenir  un  sujet  de  doute 
dangereux,  pour  eux  et  pour  les  générations  fu 
tures  ;  ne  convenait-il  pas  de  faire  briller  l'éclat 
d'une  vie  glorieuse  là  où  la  mort  allait  laisser  ses 
traces  ? 

Même,  pour  conserver  le  souvenir  de  la  Pas- 
sion, dont  l'Eucharistie  devait  être  le  vivant  mé- 
morial, ne  suffisait-il  pas  d'atténuer  la  gloire 
extérieure  de  la  Divinité,  et  d'en  manifester  au 

1  «  Et  il  fut  transfiguré  devant  eux  :  son  visage  devint  res- 
plendissant comme  le  soleil,  et  ses  vêtements  blancs  comme  la 
neige...  Une  nuée  lumineuse  les  couvrit,  et  du  sein  de  la  nuée 
une  voix  se  fit  entendre,  disant  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils  bien- 
aimé,  en  qui  j'ai  mis  mes  complaisances  ;  écoutez-le.  »  Mat., 
xvii,  2,  5. 


86  JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

moins  quelque  chose,  soit  par  certains  rayons  de 
la  Majesté  divine,  soit  par  la  présence  d'esprits 
célestes  de  la  milice  angélique  qui  viendraient, 
au  moment  des  saints  mystères,  rappeler  la  réa- 
lité du  Prêtre-Victime  continuant  son  office  de 
Sauveur  ? 

Et  si,  en  dernier  ressort,  il  fallait  voiler  entiè- 
rement la  Majesté  du  divin  Ressuscité,  parce  que 
les  hommes  n'en  pourraient  supporter  l'éclat 
éblouissant,  n'y  aurait-il  pas  pour  eux  un  puis- 
sant adjuvant  à  leur  foi  et  à  leur  amour,  si  le 
Dieu  caché  faisait  au  moins  quelquefois  entendre 
sa  voix  et  soulevait  le  voile  qui  cache  son  Hu- 
manité? 

Toutes  ces  raisons,  aux  yeux  de  Jésus,  ne 
peuvent  l'emporter  sur  sa  détermination  de  faire 
de  l'Eucharistie  un  Sacrement  d'anéantissement 
et  un  mystère  de  foi.  Il  agira  dans  le  silence, 
mais  II  y  restera  muet  et  immobile  comme  dans 
la  mort  de  la  Croix.  Il  se  révélera  aux  âmes, 
mais  son  action  n'aura  rien  de  visible,  elle  s'exer- 
cera sur  les  esprits  et  sur  les  cœurs. 

Jésus  veut  rester  le  Prêtre  Sacrificateur  et  la 
Victime  sans  cesse  immolée.  Son  Sacrement 
adorable  nous  Le  conservera  jusqu'à  la  fin  dans 
l'exercice  de  son  divin  Sacerdoce.  Adorons-Le 
et  bénissons-Le. 


VOLONTÉ    DE    JÉSUS   EN    SON    ÉTAT    D'iMMOLATION         87 

II.  —  Volonté  formelle  de  Jésus 
en  son  état  d'immolation  dans  l'Eucharistie 

Nous  n'avons  pas  à  recourir  à  des  conjectures 
pour  supposer  les  désirs  du  choix  fait  par  Jésus 
de  son  état  eucharistique.  Nous  venons  de  le 
voir  amplement.  Toutefois,  s'il  nous  restait  des 
doutes,  ils  disparaîtraient  promptement,  en  en- 
tendant Jésus  nous  enseigner  le  mystère  de  sa 
vie  et  de  sa  mort  essentiellement  uni  à  celui  de 
l'Eucharistie. 

Il  est  venu  moins  pour  vivre  que  pour  mourir. 
Sa  vie  était  essentiellement  ordonnée  à  sa  mort  *. 
Tant  qu'il  n'aura  pas  versé  tout  son  sang,  la  ré- 
demption du  genre  humain  ne  sera  pas  accom- 
plie. C'est,  dès  lors,  avec  raison,  que  l'on  peut 
dire  que  Jésus  ne  s'incarne  que  pour  mourir2. 

1  «  Le  Fils  de  l'homme  est  venu  pour  donner  sa  vie.  »  Mat., 
xx,  28. 

2  «  Il  n'a  pas  été  nécessaire  d'une  nécessité  de  coaction  que 
le  Christ  souffrît,  ni  de  la  part  de  Dieu  qui  a  décrété  que  le 
Christ  souffrirait,  ni  de  la  part  du  Christ  qui  a  volontairement 
souffert.  Mais  ses  souffrances  ont  été  nécessaires  d'une  néces- 
sité finale,  ce  qui  peut  se  concevoir  de  trois  manières  :  1°  De  la 
part  des  hommes  qui  ont  été  délivrés  par  sa  passion,  d'après 
ces  paroles  (Jean,  hi,  14)  :  «  Il  faut  que  le  Fils  de  l'homme  soit 
élevé  en  haut,  afin  que  tout  homme  qui  croit  en  lui  ne  périsse 
point,  mais  qu'il  ait  la  vie  éternelle.  »  2°  De  la  part  du  Christ 
lui-même  qui  par  l'humilité  de  sa  passion  a  mérité  la  gloire  de 
son   exaltation  ;   ce   que    signifie  ce    passage   (Luc,   xxiv,  26)  : 


88         JÉSUS    PRÊTRE   ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

Sa  mort  est  donc  le  résumé  et  le  couronnement 
de  toute  sa  vie  *.  Mourir  pour  Jésus,  c'est  accom- 
plir toute  justice2,  c'est  mettre  un  terme  à  sa 
mission. 

Il  est  le  seul  maître  de  sa  vie  et  le  seul  auteur 


«  N'a-t-il  pas  fallu  que  le  Christ  souffrit  et  qu'il  entrât  ainsi 
dans  la  gloire  ?  »  3°  De  la  part  de  Dieu  dont  il  fallait  accom- 
plir à  l'égard  de  la  passion  du  Christ  les  décrets  éternels  qui 
ont  été  promulgués  à  l'avance  dans  les  saintes  Ecritures  et 
figurés  par  les  observances  de  l'Ancien  Testament.  C'est  ce 
qu'indiquent  ces  paroles  (Luc,  xxn,  22)  :  «  Pour  le  Fils  de 
l'homme,  il  s'en  va  selon  ce  qui  a  été  arrêté.  »  Et  plus  loin  le 
Seigneur  dit  (14)  :  «  C'est  là  l'accomplissement  de  ce  que  je 
vous  ai  dit,  lorsque  j'étais  avec  vous  ;  car  il  est  nécessaire  que 
tout  ce  qui  a  été  écrit  de  moi  dans  la  loi  de  Moïse,  dans  les 
prophètes  et  dans  les  psaumes,  soit  accompli.  Car  c'est  là  ce 
qui  est  écrit  :  il  fallait  que  le  Christ  souffrît  de  la  sorte,  et 
qu'il  ressuscitât  d'entre  les  morts  le  troisième  jour.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  46,  a.  1. 

1  «  Simplement  et  absolument  parlant,  il  eût  été  possible  à 
Dieu  de  délivrer  l'homme  d'une  autre  manière  que  par  la  pas- 
sion du  Christ  ;  parce  qu'  «  il  n'y  a  rien  d'impossible  à  Dieu  », 
comme  le  dit  l'Evangile  (Luc,  1,  37).  Mais  hy pathétiquement 
la  chose  eût  été  impossible.  Car  comme  il  est  impossible 
de  tromper  la  prescience  de  Dieu  et  de  rendre  nulle  sa  vo- 
lonté ou  ses  dispositions,  si  l'on  suppose  que  Dieu  ait  su  à 
l'avance  la  passion  du  Christ  et  qu'il  l'ait  décrétée,  il  n'était 
pas  possible  en  ce  sens  que  le  Christ  ne  souffrît  pas  ou  que 
l'homme  fût  délivré  d'une  autre  manière  que  par  sa  pas- 
sion. »  Ibid.,  a.  2. 

2  II  est  bon  de  remarquer  toutefois,  avec  le  Docteur  angé- 
lique,  que  «  cette  justice  dépend  de  la  volonté  divine,  qui  exige 
du  genre  humain  satisfaction  pour  le  péché.  Car  si  Dieu  eût 
voulu  délivrer  l'homme  du  péché  absolument  sans  satisfaction, 
il  n'aurait  pas  agi  contre  la  justice.  »  Ibid.,  ad  3. 


VOLONTÉ    DE    JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    D  IMMOLATION  89 

de  sa  mort.  Il  tient  dans  ses  mains  les  desseins 
éternels  et  la  destinée  du  monde  '.  Il  Lui  appar- 
tient, à  Lui  seul,  de  désigner  l'heure  de  son  Sa- 
crifice et  les  moyens  de  l'accomplir 2.  Il  nous 
déclare  formellement  que  seul  II  a  le  pouvoir  de 
s'enlever  la  vie  et  de  la  reprendre  3.  Ses  bour- 
reaux ne  seront  que  ses  instruments  ;  c'est  sa 
volonté  qui  domine  et  règle  son  divin  Sacrifice  4. 
Il  ne  rendra  pas  son  dernier  soupir  sous  l'em- 
pire de  la  souffrance,  mais  quand  tout  sera  con- 
sommé \  Il  remettra  librement  son  âme  entre  les 
mains  de  son  divin  Père  6. 

Cette  volonté  de  Jésus  mourant,  prenant  sa 
vie  et  l'offrant  pour  le  salut  du  monde,  porte  le 
même  cachet  que  toutes  les  œuvres  qu'il  a  ac- 
complies jusque  là.  C'est  dans  la  sagesse  d'une 
volonté  divine  et  immuable  qu'il  a  vécu  tous  les 

1  «  Le  Père  aime  le  Fils,  et  il  lui  a  tout  remis  entre  les  mains.  » 
Jean,  m,  35. 

2  «  Voilà  que  l'heure  approche  et  le  Fils  de  l'homme  sera 
livré  aux  mains  des  pécheurs.  Levez-vous,  allons  :  voici  que 
s'avance  celui  qui  doit  me  trahir.  »  Mat.,  xxvi,  45,  46. 

3  «  Je  quitte  ma  vie  pour  la  reprendre.  Personne  ne  me  la 
ravit  ;  mais  c'est  de  moi-même  que  je  la  quitte  ;  j'ai  le  pouvoir 
de  la  quitter,  et  j'ai  le  pouvoir  de  la  reprendre.  »  Jean,  x,  17,  18. 

4  «  Le  Christ  est  mort  par  un  acte  de  sa  volonté,  et  néan- 
moins ce  sont  bien  les  Juifs  qui  lui  ont  donné  la  mort.  » 
S.  Thom.,  Op.  2,  c.  23o. 

5  Jean,  xix,  3o. 

6  Luc,  xxiii,  46. 


90         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

jours  de  sa  vie.  Il  a  voulu  tout  ce  qu'il  a  dit  et 
tout  ce  qu'il  a  fait.  Et  lorsqu'il  a  institué  le  Sa- 
crement de  la  vie  éternelle,  Il  a  voulu  s'y  enfer- 
mer comme  Victime,  d'une  même  volonté  divine 
que  celle  qui  Le  faisait  s  immoler  sur  la  croix. 

D'ailleurs,  le  plan  divin  était  tout  tracé  devant 
Lui.  La  volonté  de  son  Père  était  la  sienne  l.  Il 
était  descendu  du  ciel  pour  l'accomplir2;  toute 
sa  vie,  Il  en  avait  fait  sa  nourriture3;  Il  voulait 
d'une  même  substantielle  volonté  et  le  sacrifice 
de  sa  vie  et  l'offrande  qu'il  en  ferait  ensuite  et 
sans  interruption  dans  l'Eucharistie. 

On  ne  parle  pas  comme  Jésus  l'a  fait  au  soir 
de  la  Cène,  sans  que  l'on  veuille  exprimer  une 
volonté  formelle  d'instituer  un  Sacrement  nou- 
veau dans  un  état  de  sacrifice  et  d'immolation. 
Rien  ici  qui  ressente  l'hésitation  ou  la  restric- 
tion, rien  qui  mette  obstacle  à  la  liberté  absolue, 
rien  qui  ne  force  le  sens  des  paroles  et  leur  en- 
lève leur  clarté.  «  Hoc  est  corpus  meum.  Hic  est 
sanguis  meus  »  :  c'est  net,  clair  et  précis,  comme 

1  «  Je  ne  cherche  pas  ma  volonté,  mais  la  volonté  de  Celui 
qui  m'a  envoyé.  »  Jean,  v,  3o. 

2  «  Je  suis  descendu  du  ciel,  non  pour  faire  ma  volonté,  mais 
la  volonté  de  Celui  qui  m'a  envoyé.  »  Jean,  vi,  38.  —  «  Me 
voici,  je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté.  »  Hébr.,  x,  9. 

3  «  Ma  nourriture  est  de  faire  la  volonté  de  Celui  qui  m'a 
envoyé.  »  Jean,  iv,  34. 


VOLONTÉ    DE    JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    D  IMMOLATION  Ç)l 

si  Jésus  avait  dit  :  Je  veux  que  ce  pain  devienne 
mon  corps,  je  veux  que  ce  vin  devienne  mon 
sang.  Mais  en  ajoutant  une  pensée  de  sacrifice 
à  la  consécration  eucharistique,  Jésus  indique 
tout  aussi  clairement  la  nature  de  son  état  sacra- 
mentel que  la  réalité  de  sa  présence. 

Autant  II  a  voulu  et  désiré  manger  cette  pâque 
avec  ses  disciples,  autant  II  veut  le  faire  sous  la 
forme  même  du  sacrifice  qui  aura,  le  lendemain, 
son  dénouement  sur  la  croix. 

Quelle  reconnaissance  ne  devons-nous  pas  à 
Jésus  pour  s'être  montré  si  explicite  à  l'égard  de 
l'état  d'immolation  qu'il  a  voulu  embrasser  dans 
l'Eucharistie  !  Cela  explique  pourquoi  II  s'y  voile, 
pourquoi  II  s'y  condamne  à  1  inaction,  pourquoi  II 
s'entoure  de  tant  d'apparences  de  mort.  C  est  une 
Victime  qui  revit,  mais  qui  garde  encore  l'em- 
preinte de  la  mort.  C'est  un  Sacrificateur  qui  tient 
en  main  le  glaive  avec  lequel  II  a  donné  la  mort 
à  la  Victime  et  dont  II  se  sert  pour  en  perpétuer 
l'immolation  mystique  au  Très  Saint  Sacrement. 

III.     -  Raisons  de  l'état  d'immolation 
de  Jésus  dans  l'Eucharistie 

Nous  avons  considéré  jusqu'ici  le  choix  et  la 
volonté  formelle  qui  ont  inspiré  Jésus  dans  Tins- 


92  JÉSUS    PRÊIRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

titution  de  l'Eucharistie.  Il  est  d'autres  considé- 
rations qui  sont  de  nature  à  nous  donner  une 
intelligence  plus  grande  encore  de  cet  ineffable 
Mystère. 

Sans  parler  de  la  bonté  miséricordieuse  que 
Jésus  nous  y  a  témoignée,  en  voilant  sa  Majesté 
divine  qui  nous  aurait  éblouis  et  aurait  pu  être 
un  motif  de  nous  éloigner  de  Lui,  par  un  senti- 
ment de  crainte  ou  de  respect  bien  justifié;  ne 
comprenons-nous  pas  que  les  dehors  dont  II 
enveloppe  sa  présence  eucharistique  sont  pour 
nous  un  excitant  à  aller  à  Lui  avec  une  plus 
grande  confiance. 

Nous  ne  sommes  pas  écrasés  par  sa  Majesté  '  ; 
Il  ne  se  montre  à  nous  que  sous  la  forme  d'un 
peu  de  pain  2.  Il  ne  nous  terrasse  pas  par  sa  voix 
de  tonnerre,  comme  sur  le  Sinaï  3  ;  Il  se  contente 
de  nous  écouter  4,  et  II  ne  nous  adresse  jamais 
aucun    reproche.    Il    ne   nous   ferme   jamais  sa 

1  «  La  bénignité  et  la  bonté  de  Dieu  notre  Sauveur  ont  ap- 
paru. »  Tit.,  m,  4. 

2  «  Je  suis  le  pain  de  vie,  qui  suis  descendu  du  ciel.  »  Jean, 
vi,  41,  5i. 

3  «  Ils  dirent  à  Moïse  :  Parle-nous  toi,  et  nous  écouterons  ; 
mais  que  Dieu  ne  nous  parle  pas,  de  peur  que  nous  ne  mou- 
rions... Et  le  peuple  resta  à  distance.  »  Exod.,  xx,  19-21. 

4  «  Jusqu'ici  vous  n'avez  rien  demandé  en  mon  nom.  De- 
mandez et  vous  recevrez,  afin  que  votre  joie  soit  parfaite.  » 
Jean,  xvi,  24. 


VOLONTÉ    DE    JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    DTMMOLATION  93 

porte,  même  quand  nous  l'avons  mérité  ;  tout 
au  contraire,  Il  nous  appelle  à  Lui,  pour  nous 
secourir  dans  toutes  nos  nécessités  *.  Il  n'est  ja- 
mais fatigué  de  nous  entendre  Lui  raconter  nos 
peines  ;  Il  en  a  eu  comme  nous,  et  II  sait  com- 
ment nous  consoler  2.  Il  est  toujours  prêt  à  nous 
pardonner  ;  et  sa  bonté  nous  invite  à  venir  nous 
jeter  à  ses  pieds  3.  Il  nous  appelle  à  la  sainteté  i  ; 
et  II  se  fait  le  pourvoyeur  infatigable  de  toutes 
les  grâces  dont  II  ne  cesse  de  nous  combler  5. 

Si  jamais  le  doute  envahit  notre  esprit,  Il  se 
fait  notre  lumière  °.  Si  notre  cœur,  désabusé  des 
affections  terrestres,  cherche  un  appui  et  un 
consolateur,    Il    s'offre    comme    l'unique    Bien- 


1  «  Demandez,  et  l'on  vous  donnera  ;  cherchez  et  vous  trou- 
verez ;  frappez,  et  l'on  vous  ouvrira.  Car  quiconque  demande, 
reçoit  ;  qui  cherche,  trouve,  et  Von  ouvrira  à  celui  qui  frappe.  » 
Mat.,  vu,  7,  8. 

2  «  Venez  à  moi,  vous  tous  qui  êtes  fatigués  et  ployez  sous 
le  fardeau,  et  je  vous  soulagerai.  Prenez  sur  vous  mon  joug... 
et  vous  trouverez  le  repos  de  vos  âmes.  Car  mon  joug  est  doux 
et  mon  fardeau  léger.  »  Mat.,  xi,  28-3o. 

3  «Je  ne  suis  pas  venu  appeler  les  justes,  mais  les  pécheurs.  » 
Mat.,  ix,  i3.  —  «Je  veux  la  miséricorde.  »  Mat.,  xii,  7. 

4  «  Soyez  parfaits  comme  votre  Père  céleste  est  parfait.  » 
Mat.,  v,  48. 

5  «  Je  suis  venu  pour  qu'ils  aient  la  vie,  et  qu'ils  l'aient  plus 
abondamment.  »  Jean,  x,  10. 

6  «  Je  suis  la  lumière  du  monde.  Celui  qui  me  suit  ne  marche 
pas  dans  les  ténèbres,  mais  il  aura  la  lumière  de  la  vie.  »  Jean, 

VIII,   12. 


94         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Aimé  capable  de  satisfaire  toutes  les  aspirations 
de  notre  cœur  *.  Si  notre  volonté  chancelle,  Il 
accourt  pour  nous  préserver  et  nous  affermir2. 

Et  tout  cela,  parce  que  l'humilité  de  sa  pré- 
sence ne  nous  effraye  pas,  parce  que  son  état 
d'abaissement  gagne  notre  confiance,  parce  que 
les  excès  de  son  amour  nous  attirent  impérieu- 
sement à  L'aimer  à  notre  tour3. 

En  Le  voyant  descendre  si  bas  et  se  condam- 
ner à  de  telles  immolations,  lorsqu'il  a  tous  les 
droits  à  régner  et  à  être  le  souverain  Seigneur 
de  tous  les  hommes,  on  comprend  mieux  les  rai- 
sons essentielles  qui  Lui  ont  fait  choisir  cet  état. 

Ne  pouvant  plus  vivre  d'une  vie  humble  et 
passible  comme  celle  de  sa  vie  mortelle,  Il  en 
prend  toutes  les  apparences  d'humiliation  qui 
peuvent  se  concilier  avec  son  état  glorieux.  Ne 

1  «  Celui  qui  m'aime  sera  aimé  par  mon  Père,  et  moi  je 
l'aimerai.  »  Jean,  xiv,  21.  —  «  Comme  le  Père  m'a  aimé,  moi 
aussi  je  vous  ai  aimés.  »  Id.,  xv,  9. 

2  «  Sans  moi  vous  ne  pouvez  rien  faire.  »  Jean,  xv,  5.  — 
«  Ayez  confiance,  j'ai  vaincu  le  monde.  »  Jean,  xvi,  33. 

3  «  Dieu,  à  cause  de  l'amour  extrême  dont  il  nous  a  aimés, 
nous  a  vivifiés  dans  le  Christ.  »  Eph.,  ii,  4,  5.  —  «  Nous  triom- 
phons, à  cause  de  celui  qui  nous  a  aimés.  Car  je  suis  certain 
que  ni  la  mort,  ni  la  vie,  ni  les  anges,  ni  les  principautés,  ni 
les  puissances,  ni  les  choses  présentes,  ni  les  choses  futures,  ni 
la  violence,  ni  aucune  hauteur,  ni  aucune  profondeur,  ni  aucune 
créature  ne  pourra  nous  séparer  de  l'amour  de  Dieu  qui  est 
en  Jésus-Christ  Notre  Seigneur.  »  Rom.,  viii,  37-3g. 


VOLONTÉ   DE   JÉSUS   EN    SON    ÉTAT    D  IMMOLATION         95 

devant  plus  mourir,  Il  se  réduit  quand  même  à 
un  état  extérieur  de  mort  qui  trompe  les  sens  et 
est  comme  un  défi  jeté  à  la  raison  '. 

Si  la  foi  ne  venait  à  notre  secours,  nous  nie- 
rions que  Jésus  est  là  2.  Si  nous  ne  comprenions 
le  motif  d'amour  qui  L'a  poussé  à  paraître  si  pe- 
tit, lorsqu'il  est  si  grand,  nous  finirions  par  dou- 
ter même  de  notre  foi. 

Mais  c'est  Jésus  î  Jésus  le  tout-puissant,  Jésus 
le  souverainement  aimant,  Jésus  le  Prêtre  Eter- 
nel qui  réclame  une  Victime  pour  l'immoler, 
Jésus  la  Victime  toujours  offerte  pour  le  salut  du 
monde  !  C'est  Jésus,  tel  que  nous  L'a  livré  son 
amour.  Jésus,  tel  qu'il  nous  convient  dans  l'exil. 
Jésus,  tel  que  nous  voulons  L'aimer  et  L'adorer  ! 
C'est  Jésus,  le  Jésus  de  la  Cène,  le  Jésus  crucifié 

1  Le  Docteur  angélique,  dans  son  traité  de  l'Eucharistie,  au 
sujet  de  la  Communion  des  Apôtres  à  la  Cène,  explique  com- 
ment les  espèces  sacramentelles  peuvent  subir  des  altérations, 
sans  que  pour  cela  le  corps  du  Christ  en  soit  aucunement 
atteint.  Et  cela  parce  que,  dit-il  :  «  Le  corps  du  Christ,  selon 
qu'il  existe  dans  ce  Sacrement  (d'après  ce  qui  a  été  dit,  q.  76, 
a.  4,  5  et  6)  n'est  pas  mis  en  rapport  avec  les  choses  qui  l'envi- 
ronnent par  l'intermédiaire  de  ses  propres  dimensions  au  moyen 
desquelles  les  corps  se  touchent,  mais  par  l'intermédiaire  des 
dimensions  des  espèces  du  pain  et  du  vin.  C'est  pourquoi  ce 
sont  ces  espèces  qui  pâtissent  et  que  l'on  voit,  et  non  le  corps 
lui-même  du  Christ.  »  (III  p.,  q.  81,  a.  3.) 

2  «  Croyez  en  Dieu,  et  croyez  en  moi.  »  Jean,  xiv,  1.  —  «  Ceci 
est  mon  corps,  ceci  est  mon  sang.  »  Mat.,  xxvi,  26,  28. 


96         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

du  Calvaire,  le  Jésus  des  glorieuses  immolations, 
que  nous  adorons  et  mangeons.  Le  Jésus  pour 
qui  nous  voulons  vivre  et  mourir. 


IV.  —  Rapprochement  entre  l'état 

d'immolation  de  Jésus  dans  l'Eucharistie 

et  l'Incarnation 

Lorsque  Jésus  entra  dans  ce  monde,  Il  se 
tourna  aussitôt  vers  son  divin  Père  qui  L'y  avait 
envoyé,  et  considérant  l'œuvre  qu'il  en  avait 
reçue  à  faire,  Il  le  bénit  de  L'avoir  choisi  pour 
remplacer  les  anciennes  victimes  et  de  Lui  avoir 
donné  un  corps  pour  le  lui  immoler.  «  Vous 
n'avez  plus  voulu  des  anciens  sacrifices.  Mais 
vous  m'avez  adapté  un  corps  :  me  voici,  je  viens, 
ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté  *.  » 

Toute  l'Incarnation  est  là.  Jésus  a  pris  un 
corps  humain  pour  le  sacrifier.  Son  immolation 
porte  l'empreinte  divine  de  la  volonté  de  son 
Père.  II  ne  glorifiera  Dieu  et  ne  sauvera  le 
monde,  que  s'il  demeure  Victime,  que  s'il  rem- 
plit son  rôle  de  Victime  par  les  mains  du  souve- 
rain Prêtre,  que  s'il  consomme  son  état  de  Vic- 
time par  la  puissance  de  son  divin  Sacrificateur. 

1  Hébr.,  x,  5,  7. 


VOLONTE    DE    JESUS    EN    SON    ÉTAT   D  IMMOLATION         97 

En  Jésus,  il  n'y  aura  aucune  autre  pensée  : 
son  esprit  reste  fixé  sur  la  volonté  immolatrice 
de  son  Père  1.  Il  n'y  a  place  à  aucun  autre  désir  ; 
pouvoir  s'immoler  pour  glorifier  son  Père,  cela 
Lui  suffit 2.  Il  n'y  a  pas  l'ombre  d'une  autre  vo- 
lonté 3  ;  celle  de  son  Père  reste  la  boussole  qui 
Le  dirige,  la  lumière  qui  L'éclairé  et  l'unique 
ambition  de  toute  sa  vie  4. 

C'est  pourquoi  II  vit  en  Victime,  Il  se  nourrit 
de  sacrifices,  Il  aspire  sans  cesse  à  s'immoler. 
Tout  ce  qu'il  fait  porte  le  caractère  de  cette  con- 
sécration de  tout  Lui-même  à  la  souffrance  et  au 
sacrifice5.  A  l'heure  solennelle  de  l'Institution 
de  l'Eucharistie,  II  s'inspire  des  mêmes  senti- 
ments, Il  est  mu  par  les  mêmes  désirs  d'immo- 
lation °.  C'est  ce  même  corps  reçu  à  l'Incarnation 

1  «  Je  fais  toujours  ce  qui  lui  plaît.  »  Jean,  vin,  29. 

2  «  J'ai  gardé  les  commandements  de  mon  Père,  et  je  de- 
meure dans  son  amour.  »  Jean,  xv,  10. 

3  «  Je  ne  cherche  pas  ma  volonté,  mais  la  volonté  de  celui 
qui  m'a  envoyé.  »  Jean,  v,  3o. 

4  «  Jésus  dit  à  Pierre  :  Remets  ton  épée  dans  le  fourreau.  Ne 
boirai-je  donc  pas  le  calice  que  mon  Père  m'a  donné?  »  Jean, 

XVIII,  11. 

5  «  Le  Christ,  en  tant  qu'homme,  a  été  un  sacrifice  et  une 
hostie  parfaite.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  2. 

6  «  Vous  savez  que  la  Pâque  a  lieu  dans  deux  jours,  et  que 
le  Fils  de  l'homme  va  être  livré  pour  être  crucifié.  »  Mat.,  xxvi, 
1,  2.  —  «J'ai  désiré  d'un  grand  désir  de  manger  cette  Pâque 
avec  vous  avant  de  souffrir.  »  Luc,  xxii,  i5. 


98         JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

qui  devient  la  matière  de  son  Sacrement  '  ;  c'est 
pour  continuer  à  l'offrir  sans  cesse,  qu'il  lui  con- 
serve tous  les  caractères  d'une  victime  ;  c'est 
toujours  à  la  garde  du  divin  Sacrificateur  qu'il 
le  confie  ;  c'est  pour  renaître  et  mourir  tous  les 
jours  sur  nos  autels  qu'il  en  fait  l'unique  Sacri- 
fice de  la  nouvelle  Alliance  2. 

Ce  qui,  à  l'origine,  l'avait  constitué  la  victime 
d'un  sacrifice  nouveau  pour  tout  le  temps  de  sa 
vie  mortelle,  se  renouvelle  constamment  dans 
l'existence  sacramentelle  qui  le  maintient  dans 
le  même  état  d'immolation  3. 

L'Eucharistie  est  vraiment  l'Incarnation  conti- 
nuée, conservant  au  monde  le  même  Verbe  di- 

1  «  Ceci  est  mon  corps  qui  est  donné  pour  vous.  »  Luc,  xxii,  19. 

2  «  Il  n'y  a  qu'une  hostie,  celle  que  le  Christ  a  offerte  et  que 
nous  offrons.  Il  n'y  en  a  pas  plusieurs,  parce  que  le  Christ  n'a 
été  offert  qu'une  fois.  Ce  sacrifice  est  le  modèle  de  celui-ci.  Car, 
comme  ce  qui  est  offert  partout  n'est  qu'un  seul  corps  et  n'en 
forme  pas  plusieurs  ;  de  même  il  n'y  a  qu'un  seul  sacrifice.  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  1,  ad  1. 

3  «  J'ai  reçu  moi-même  du  Seigneur  ce  que  je  vous  ai  trans- 
mis, que  le  Seigneur  Jésus,  dans  la  nuit  où  il  était  livré,  prit 
du  pain,  et  rendant  grâces,  le  rompit  et  dit  :  Prenez  et  mangez  : 
ceci  est  mon  corps  qui  sera  livré  pour  vous  ;  faites  ceci  en  mé- 
moire de  moi.  Et  pareillement  il  prit  le  calice,  disant  :  Ce  ca- 
lice est  le  nouveau  testament  en  mon  sang  ;  faites  ceci,  toutes 
les  fois  que  vous  boirez,  en  mémoire  de  moi.  Car  toutes  les 
fois  que  vous  mangerez  ce  pain  et  boirez  ce  calice,  vous  an- 
noncerez la  mort  du  Seigneur.  »  I  Cor.,  xi,  23-26. 


VOLONTÉ    DE    JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    D  IMMOLATION         99 

vin  sorti  du  sein  du  Père  et  voué  par  amour  à  la 
glorification  divine  et  au  salut  du  monde.  C'est 
pourquoi  Jésus  ne  pouvait  s'établir,  pour  se  faire 
Eucharistie,  dans  un  autre  état  qu'un  état  d'im- 
molation. 

A  cette  condition  seule  nous  possédons  le 
Verbe  incarné  ;  sous  les  mêmes  livrées  nous  re- 
connaissons le  Prêtre-Victime  continuant  d'ac- 
complir, sous  les  voiles  du  Sacrement,  la  même 
mission  rédemptrice  qu'il  remplissait  pendant 
sa  vie  mortelle.  Gloire  Lui  en  soit  rendue  dans 
les  siècles  des  siècles. 

V.  —  Rapprochement  entre  l'état 

d  immolation   de  Jésus   dans  l'Eucharistie 

et  la  Rédemption 

Pendant  sa  vie,  Jésus  n'avait  cessé  de  donner 
aux  hommes  des  marques  de  son  amour  et  de  sa 
miséricorde  ;  mais  ayant  déclaré  Lui-même  qu  il 
n'y  avait  pas  de  plus  grande  preuve  d'amour  que 
de  donner  sa  vie  l,  Il  s'engageait  par  là  même, 
à  pousser  jusque  là  l'excès  de  sa  charité.  D'ail- 
leurs, c'était  uniquement  pour  cela  qu'il  était 
venu.  Il  possédait  une  vie  qu'il  pouvait  donner; 
il  circulait  dans  ses  veines  un  sang  qu'il  pouvait 

1  Jean,  xv,  i3. 


100       JESUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

verser  ;  Il  brûlait  d'un  amour  qui  L'entraînait 
au  supplice  ;  il  Lui  fallait  un  sacrifice  qui  Le 
consumât  tout  entier  *. 

Ne  pouvant  plus  retenir  les  ardeurs  qui  le 
poussaient  vers  la  mort,  le  Prêtre  s'apprêta  au 
Sacrifice  suprême  et,  s'emparant  de  la  Victime, 
l'immola  avec  lui  dans  un  commun  transport 
d'infinie  charité.  Depuis  lors,  pour  comprendre 
jusqu'à  quel  point  Jésus  nous  a  aimés,  il  n'y  a 
qu'à  Le  voir  mourir  sur  la  croix  de  son  Sacrifice. 

Le  Sacrement  de  l'Eucharistie,  appelé  ajuste 
titre  le  Sacrement  de  l'amour,  apparaît  au  monde 
au  moment  où  Jésus  en  disparaît.  La  vie  que 
perd  le  divin  Crucifié  renaît  en  quelque  sorte 
dans  le  Dieu  de  l'Eucharistie,  pour  en  faire  re- 
vivre à  jamais  l'amour  du  Prêtre  Eternel  et  de  la 
tendre  Victime  qui  les  a  livrés  l'un  et  l'autre  au 
sacrifice  2. 

1  «  Je  suis  venu  jeter  le  feu  sur  la  terre  ;  et  que  veux-je,  si- 
non qu'il  s'allume  ?  Je  dois  encore  être  baptisé  d'un  baptême, 
et  quelle  angoisse  en  moi  jusqu'à  ce  qu'il  soit  accompli.  » 
Luc,  xii,  49,  5o. 

2  «  Il  a  fallu  que  le  sacrifice  de  la  loi  nouvelle  institué  par  le 
Christ  contînt  le  Christ  qui  a  souffert,  non  seulement  comme 
sa  signification  et  sa  figure,  mais  encore  en  réalité.  Et  c'est 
pour  cela  que  ce  sacrement  qui  contient  réellement  le  Christ 
lui-même,  est  le  complément  de  tous  les  autres  dans  lesquels 
on  participe  à  la  vertu  du  Christ...  Ce  sacrement  est  donc  le 
signe  de  la  charité  la  plus  grande.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  75,  a.  1. 


VOLONTE   DE   JÉSUS    EN    SON    ÉTAT    D  IMMOLATION       101 

L'ombre  de  la  croix  couvre  tous  les  Taberna- 
cles du  monde.  Le  Christ  mourant  y  ressuscite 
chaque  jour.  Les  mêmes  paroles  de  pardon  s'y 
font  entendre.  La  même  charité  divine  y  en- 
chaîne le  divin  supplicié.  Le  même  état  d'im- 
molation révèle  aux  hommes  l'immensité  de 
l'amour  d'un  Dieu,  au  point  que  pour  bien  com- 
prendre les  ardeurs  de  charité  qui  ont  poussé 
Jésus  à  la  mort,  il  faut  les  faire  revivre  dans  les 
excès  d'amour  de  l'Eucharistie. 

La  mort  n'a  exercé  qu'un  empire  passager  sur 
Jésus  :  l'acte  de  suprême  charité  qui  L'a  fait 
mourir  n'a  duré  qu'un  moment.  Dans  l'Eucha- 
ristie, son  amour  ne  connaîtra  pas  plus  de  fin 
que  son  existence  sacramentelle.  Tant  que  du- 
rera cet  état  d'immolation  que  Jésus  a  embrassé, 
l'amour  de  la  Croix,  l'amour  de  la  Rédemption, 
l'amour  du  Prêtre  qui  le  fait  le  Sacrificateur  de 
la  Victime,  l'amour  de  la  Victime  qui  se  nourrit 
de  ses  propres  immolations,  ne  connaîtront  point 
de  fin  *. 


1  «  Si,  en  effet,  nous  avons  été  greffés  sur  lui  par  la  res- 
semblance de  sa  mort,  nous  le  serons  aussi  par  celle  de  sa 
résurrection...  Mais  si  nous  sommes  morts  avec  le  Christ, 
nous  croyons  que  nous  vivrons  avec  lui,  sachant  que  le  Christ 
ressuscité  des  morts  ne  meurt  plus  ;  la  mort  n'a  plus  sur 
lui  d'empire.  Car  sa  mort  fut  une  mort  au  péché  une  fois 
pour  toutes,  et  sa  vie  est  une  vie  pour  Dieu.  »  Rom., 
vi,  5-9. 


102      JESUS    PRETRE    ET   VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Tous  les  hommes  n'auront  qu'à  considérer 
l'état  eucharistique  de  Jésus  et  sa  perpétuité 
dans  l'Eglise,  pour  croire  à  l'amour  d'un  Dieu, 
qui,  pour  demeurer  avec  eux,  s'est  constitué 
pour  toujours  le  Prêtre  et  la  Victime  de  leur 
éternelle  rédemption. 


A   Jésus,   toujours   Prêlre 
et  toujours  Victime   dans  l'Eucharistie 


O  Jésus, 

Vous  m'avez  divinement  aimé  de  toute  éternité 

je  Vous  adore. 

Vous  m'avez  miséricordieusement  aimé 

en  Vous  incarnant 

comme  Prêtre  et  comme  Victime  ; 

je  Vous  rends  grâce. 

Vous  m'avez  tendrement  aimé 

en  instituant  l'Eucharistie, 

où  Vous  perpétuez  votre  mission  sacerdotale 

par  l'état  d'immolation 

dans  lequel  Vous  maintenez 

la  Victime  de  votre  Sacrifice  ; 

je  Vous  aime  et  Vous  bénis. 

Vous  connaître  et  Vous  aimer 

comme  Prêtre, 

c'est  toute  l'ambition  de  ma  vie. 

Vous  servir  et  Vous  imiter 

comme  Victime, 

c'est  la  forme  que  je  veux  donner 

à  mon  amour  crucifié. 


CHAPITRE    QUATRIÈME 

De  l'acte  du  Sacerdoce 

de  Jésus 

dans  l'Institution  de  l'Eucharistie 


CHAPITRE     QUATRIÈME 

De  l'acte  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dans   l'Institution    de   l'Eucharistie 


s  Ceci  est  mon  corps  qui  est  donné 
pour  vous.  Ce  calice  est  le  nouveau 
testament  en  mon  sang  qui  sera  ré- 
pandu pour  vous.  Faites  ceci  en  mé- 
moire de  moi.  » 

Luc,  XXII,  19,  20 

Après  avoir  étudié  l'état  d'immolation  de  Jésus 
dans  l'Eucharistie,  nous  sommes  en  mesure  de 
saisir  avec  plus  d'évidence  la  nécessité  de  la  pré- 
sence du  Prêtre  Eternel  et  de  son  action  sacri- 
ficatrice  pour  opérer  une  telle  merveille. 

La  puissance  sacerdotale  dont  Jésus  est  doué 
doit  nécessairement  trouver  son  exercice  plénier 
dans  l'acte  d'un  sacrifice  proportionné  à  la  di- 
gnité et  à  la  souveraineté  de  son  Sacerdoce.  Non 
pas  que  tous  les  actes  de  sa  vie  aient  le  cachet 
essentiel  d'un  sacrifice,  quoique  tous  émanent 
de  son  caractère  sacerdotal,  mais  en  ce  sens  que 
tout  étant  ordonné  en  Jésus  au  Sacrifice  suprême 
de  la  Victime  qu'il  est  chargé  d'immoler,  à  son 


108      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Sacerdoce  seul  reviennent  l'honneur  et  la  puis- 
sance d'accomplir  cette  immolation  divine. 

Jésus-Prêtre  apparaît  dans  l'humanité  au  mo- 
ment précis  de  l'Incarnation,  et  II  reçoit  alors  du 
Père,  qui  L'envoie  !,  la  mission  sacerdotale  qui 
devra  Le  conduire  à  l'accomplissement  de  ses 
desseins  de  miséricorde  sur  l'humanité  2.  Toute 
la  vie  du  Sauveur  du  monde  sera  inspirée  par 
l'esprit  sacerdotal  qui  L'anime.  Il  dirigera  ses 
pensées,  ses  désirs,  ses  paroles  et  ses  actes  vers 
le  terme  final  de  son  existence  mortelle.  D'ac- 
cord avec  la  divine  Victime,  dont  II  a  la  garde, 
Il  s'avancera  résolument  vers  la  montagne  du 
Sacrifice,  où  se  dresse  dans  le  lointain  la  Croix 
de  son  supplice. 

Mais  avant  de  gravir  le  Golgotha,  le  divin 
Sacrificateur  fera  une  halte  au  Cénacle,  et  II 
y  accomplira  le  Sacrifice  mystique,  prélude  du 
prochain  Sacrifice  sanglant,  par  le  même  pou- 
voir et  avec  le  même  amour  puisés  dans  l'es- 
sence de  son  éternel  Sacerdoce. 

1  «  Je  suis  venu  au  nom  de  mon  Père.  »  Jean,  v,  \Z.  —  «  Ce 
n'est  pas  de  moi-même  que  je  suis  venu...  mais  c'est  lui  qui 
m'a  envoyé.  »  Jean,  vu,  28,  29. 

2  «  Dieu  n'a  pas  envoyé  son  Fils  dans  le  monde  pour  con- 
damner le  monde,  mais  pour  que  le  monde  soit  sauvé  par 
lui.  »  Jean,  in,  17. 


LACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CÈNE  1 09 

L'Hostie  qu'il  offrira  à  la  Cène  contiendra  le 
même  sang  rédempteur  qui  coulera  le  lendemain 
sur  le  corps  du  divin  Crucifié.  Les  paroles  con- 
sécratrices  du  mystère  eucharistique,  proférées 
par  le  Souverain  Prêtre,  auront  la  même  effica- 
cité divine  que  sa  mort  sur  la  Croix.  Il  n'est  pas 
plus  Prêtre  en  sacrifiant  sur  le  Calvaire  qu'au 
Cénacle.  Il  n'est  pas  plus  Victime  en  donnant  sa 
vie  par  l'effusion  de  son  sang,  qu'en  la  prolon- 
geant dans  l'état  d'immolation  qu'il  s'impose 
dans  l'Eucharistie  *. 

Nous  allons  assister  à  cet  acte  solennel  de 
son  Sacerdoce,  nous  allons  considérer  la  part 
égale  d'amour  et  d'efficacité  qu'y  prennent  le 
Prêtre  et  la  Victime,  nous  allons  contempler 
la  sublimité  du  Mystère  qui  nous  livre  pour 
toujours  la  présence  adorable  du  Souverain  Prê- 
tre, que  l'Eucharistie  nous  conserve  dans  l'exer- 
cice constant  de  ses  divines  fonctions  sacer- 
dotales. 

Hâtons-nous  d'entrer  dans  ses  propres  senti- 
ments et  prenons  notre  place  au  banquet  de  la 
Cène,  pour  assister  à  l'Institution  du  plus  grand 
des  mystères. 

1  «  Le  sacrement  de  Y  Eucharistie  est  un  mémorial  de  la  pas- 
sion, dans  laquelle  le  Christ  est  prêtre  et  victime.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  84,  a.  7,  ad  4. 


110      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 


I.  —  Tous  les  actes  de  Jésus 
sont  des  actes  sacerdotaux 

Il  ne  s'agit  pas  tout  d'abord  de  considérer  les 
actes  purement  essentiels  au  Sacerdoce,  comme 
sont  ceux,  par  exemple,  qui  consistent  dans  l'ad- 
ministration des  sacrements,  mais  de  détermi- 
ner en  général  la  nature  de  tous  les  actes  posés 
par  Jésus  dans  sa  vie  mortelle.  Il  est  Prêtre, 
essentiellement  Prêtre,  Il  est  doté  d'un  Sacer- 
doce qui  touche  à  la  substance  même  de  son 
être,  au  point  qu'il  n'existerait  pas  s'il  n'était 
pas  Prêtre.  Son  Sacerdoce  ne  Lui  a  pas  été  oc- 
troyé après  l'assomption  de  sa  nature  humaine 
dans  sa  Personne  divine,  mais  il  est  toute  son 
existence  d'Homme-Dieu,  la  réalité  essentielle 
de  son  Incarnation  *. 

Dans  ce  sens,  Jésus  est  plus  essentiellement 
Prêtre  que  ne  le  sont  les  Prêtres  qu'il  appelle  au 
Sacerdoce.  Non  pas  seulement  parce  qu'il  pos- 
sède en  substance  et  en  principe  ce  qu'ils  ne 
reçoivent,  eux,  qu'en  participation  ;  mais  encore 
parce  que  tout  son  être  emprunte  à  sa  réalité 

1  «  Le  Christ  ne  s'est  pas  élevé  de  lui-même  à  la  gloire  du 
souverain  pontificat,  mais  il  l'a  reçue  de  celui  qui  lui  a  dit  :  «  Tu 
es  mon  Fils,  je  t'ai  engendré  aujourd'hui...  Tu  es  prêtre  pour 
l'éternité.  »  Hébr.,  v,  5,  6. 


LACTE    DU    SACERDOCE    DE    JESUS    A    LA    CENE  111 

vivante  la  non  moins  essentielle  réalité  de  son 
Sacerdoce. 

De  sorte  que  tout  ce  que  dit  et  tout  ce  que  fait 
Jésus,  comme  tout  ce  qu'il  pense  et  tout  ce  qu'il 
veut,  est  un  effet  de  son  Sacerdoce,  tout  autant 
que  de  sa  nature  d'Homme-Dieu.  Si,  en  Lui,  ces 
deux  choses  étaient  distinctes  :  être  Verbe  in- 
carné et  être  Prêtre,  on  pourrait  attribuer  diffé- 
remment à  l'un  ou  à  l'autre  des  actes  qui  sem- 
bleraient leur  convenir  davantage  ;  mais  cette 
distinction  ne  peut  exister,  pas  plus  dans  les 
opérations  que  dans  leurs  principes.  Ou  Jésus 
est  uniquement  et  intrinsèquement  Prêtre,  ou 
Il  est  autre  chose,  en  dehors  de  son  Sacerdoce  ; 
ce  qui  serait  reconnaître  qu'il  n'a  pas  été  Prêtre 
dès  sa  conception,  pas  plus  que  Victime,  puis- 
que alors,  dans  ce  dernier  cas,  le  corps  qu'il 
aurait  reçu  n'aurait  pas  été  voué,  à  l'origine, 
au  sacrifice  et  à  1  immolation. 

De  plus,  Jésus  est  Prêtre  dans  sa  Personne  di- 
vine et  non  pas  seulement  dans  une  de  ses  deux 
natures  :  c'est  ce  qui  constitue  la  vérité  substan- 
tielle de  son  état  d'Homme-Dieu.  C'est  la  per- 
sonne qui  vit  et  agit  ;  c'est  à  la  personne  que  sont 
attribuées    les    diverses    opérations    d'un   être  l. 

1  C'est  ce  que  fait  clairement  ressortir  l'Ange  de  l'Ecole, 
quand  il  dit  :    «  Comme  on    peut  appliquer   à  chaque  suppôt 


112      JESUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Dès  lors,  si  tous  les  actes  de  Jésus  n'émanent 
pas  de  sa  Personne,  à  qui  faudra-t-il  les  attri- 
buer ?  Il  est  donc  juste  de  dire  que  tous  les 
actes  de  Jésus  sont  des  actes  sacerdotaux1. 

Ceci  ne  contredit  en  rien  la  vérité,  qu'en 
Jésus,  comme  dans  tout  être  intelligent,  il  y  a 
des  actes  de  diverse  importance  qui  tient  à  la 
nature  même  de  ces  actes  et  à  l'intention  qui  les 
pose.  C'est  ainsi  qu'en  toute  rigueur  d'expres- 
sion, les  actes  qu'habituellement  on  appelle  sa- 
cerdotaux sont  des  actes  plus  solennels  et,  pour 
ainsi  dire,  plus  officiels,  en  vue  de  la  fin  propre 
du  Sacerdoce. 

Que  ceci  soit  dit,  pour  donner  une  conception 
plus  nette  des  principaux  actes  sacerdotaux  de 
Jésus,  lesquels  émanent  plus  directement  du 
caractère  et  de  la  mission  de  son  Sacerdoce  ;  ce 
que  nous  allons  considérer  dans  le  paragraphe 
suivant. 

d'une  nature  quelconque  les  choses  qui  conviennent  à  la  nature 
dont  il  est  le  suppôt,  et  comme  dans  le  Christ  il  n'v  a  qu'un 
suppôt  pour  la  nature  divine  et  la  nature  humaine,  il  est  clair 
que  l'on  peut  attribuer  à  ce  suppôt  de  l'une  et  l'autre  nature, 
et  cela  indifféremment ,  ce  qui  regarde  la  nature  divine  comme 
ce  qui  regarde  la  nature  humaine.  »  S.  Thom.,  Op.  2,  ch.  211. 

1  Ce  qui  est  évident  d'après  le  même  saint  Docteur  :  «  Quoi- 
que, dit-il,  le  Christ  n'ait  pas  été  prêtre  comme  Dieu  mais 
comme  homme,  ce  fut  cependant  une  même  personne  qui  fut 
prêtre  et  Dieu.  »  III  p.,  q.  22,  a.  3,  ad  i. 


L'ACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CÈNE  1l3 

II.  —  L'Eucharistie  est,  avec  celui 

de  la  croix,  l'acte  le  plus  grand 

et  le  plus  essentiel  du  Sacerdoce  de  Jésus 

Si  tout  est  grand  et  divin  dans  la  vie  de  Jésus, 
on  ne  peut  nier  que  rien  ne  parle  autant  de  Di- 
vinité que  le  double  Sacrifice  de  la  Cène  et  du 
Calvaire.  De  même,  rien  ne  fait  ressortir  dans 
une  plus  grande  évidence  son  caractère  essen- 
tiel de  Prêtre  et  l'efficacité  divine  de  son  im- 
molation. 

L'état  eucharistique  touche  à  la  substance 
même  du  Verbe  incarné.  Il  s'y  opère  une  trans- 
formation qui  est  du  domaine  de  la  puissance 
souveraine  de  Jésus  ;  puissance  qui  n'est  autre 
que  celle  de  son  Sacerdoce,  par  ce  que  nous 
avons  dit  précédemment.  C'est  donc  bien  et  uni- 
quement le  Souverain  Prêtre  qui  agit  dans  ce 
mystère  où  un  état  nouveau  succède  à  celui  dans 
lequel  Jésus  a  vécu  depuis  son  Incarnation.  Un 
changement  aussi  radical  dans  son  existence  ne 
peut  échapper  à  son  action  sacerdotale  ;  Lui  seul 
peut  le  vouloir,  Lui  seul  peut  le  réaliser. 

Considérons,  en  outre,  que  l'Institution  de 
l'Eucharistie  étant  un  véritable  Sacrifice,  destiné 
à  renouveler  sans  cesse  mystiquement  celui  du 


114       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Calvaire,  appartient  de  plein  droit  au  Sacerdoce 
de  Jésus  qui  seul  peut  lui  donner  son  efficacité. 
Il  ne  peut  intervenir  ici  que  le  ministère  d'un 
Prêtre,  nul  autre  que  lui  n'étant  qualifié  pour 
offrir  des  sacrifices  *. 

La  parole  de  Jésus,  que  «  personne  n'a  le  pou- 
voir de  Lui  enlever  la  vie  et  que  Lui  seul  peut  la 
donner  et  la  reprendre  "2  »,  reste  écrite  au-dessus 
de  tous  les  Tabernacles  du  monde,  comme  elle 
resplendissait  de  lumière  et  de  vérité  dans  le 
Cénacle,  au  soir  du  Jeudi-Saint. 

La  Cène  et  la  Croix  étant  unies  dans  l'immo- 
lation d'une  même  Victime,  le  Prêtre  qui  a  pré- 
sidé et  offert  le  divin  Sacrifice  du  Calvaire  ne 
peut  être  autre  que  celui  qui  1  offrira  encore, 
quoique  sous  une  autre  forme,  jusqu'à  la  fin  du 
monde  3. 

1  «  Tout  pontife  est  établi  pour  offrir  des  oblations  et  des 
sacrifices.  »  Hébr.,  v,  1. 

2  Jean,  x,  18. 

3  «  Quant  au  sacrifice,  dit  saint  Thomas,  que  l'on  offre  tous 
les  jours  dans  l'Eglise,  /'/  n'est  pas  autre  que  celui  qui  a  été 
offert  par  le  Christ  ;  mais  il  en  est  la  commémoration.  D'où 
saint  Augustin  dit  (De  civ.  Dei,  l.  10,  c.  20)  :  Le  Christ  est  le 
prêtre  qui  offre  et  il  est  Yoblation  ;  il  a  voulu  que  le  sacrifice 
de  l'Eglise  en  fût  le  signe  quotidien.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22, 
a.  3,  ad  2. 

«  Le  Sauveur  a  laissé  dans  son  Eglise  un  sacrifice  visible, 
comme  le  requiert  la  nature  humaine,  pour  représenter  le  sa- 
crifice sanglant  accompli  une  fois  sur  la  croix.  »  Conc.  Trent., 
sess.  22,  c.  2. 


L'ACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CÈNE  ll5 

La  perpétuité  de  l'Eucharistie  nous  assure  la 
perpétuité  de  la  présence  du  Prêtre  Eternel  qui, 
caché  sous  les  voiles  sacramentels,  se  fera  jus- 
qu'à la  fin  le  puissant  Sacrificateur  de  la  Victime 
immolée. 

Comme  il  est  souverainement  juste  que  nous 
ne  séparions  jamais  la  pensée  de  Jésus-Prêtre 
de  celle  de  son  Eucharistie  !  Comme  il  semble 
naturel  que  le  souvenir  de  la  Passion,  que  nous 
remémore  le  mystère  eucharistique,  nous  rap- 
pelle en  même  temps  le  Souverain  Prêtre  qui 
en  est  l'auteur  !  Comme  il  ressort  avec  évi- 
dence que  nous  avons  des  devoirs  essentiels 
à  remplir  à  l'égard  du  caractère  sacerdotal  de 
Jésus  au  Très  Saint  Sacrement  !  Comme  il  doit 
nous  être  doux  de  Lui  rendre  un  vrai  culte 
d'hommage,  d'adoration,  de  reconnaissance  et 
d'amour  ! 

Ne  serait-il  pas  étrange  et  illogique  de  croire 
à  cette  adorable  présence  de  Jésus-Eucharistie, 
en  la  dépouillant  du  caractère  sacré  qui  lui  est 
essentiel,  son  Sacerdoce?  Il  manquerait  à  notre 
amour  la  lumière  de  vérité  qui  doit  l'éclairer  et 
la  grâce  qui  le  doit  féconder,  si  le  Jésus  du  Sa- 
crement n'était  pas  étudié,  connu  et  aimé  dans 
les  réalités  sublimes  de  son  Sacerdoce.  Compre- 
nons-le et  soyons  fidèles. 


Il6       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME     DANS    l'f.UCHARISTIE 

III.  —  Les  sentiments  du  Prêtre 

et  de  la  Victime 
dans  l'Institution  de  l'Eucharistie 

Partout  où  est  le  Prêtre,  partout  est  la  Vic- 
time. Jésus  est  personnellement  et  essentielle- 
ment Prêtre  et  Victime.  Comme  Prêtre,  Il  a 
besoin  de  la  Victime  pour  l'immoler,  sans  quoi 
Il  serait  un  Prêtre  sans  sacrifice  ;  ce  qui  équi- 
vaudrait à  dire  qu'il  n'est  pas  Prêtre.  Comme 
Victime,  Il  réclame  un  Sacrificateur  pour  accom- 
plir le  Sacrifice  auquel  elle  est  condamnée. 

Ces  sentiments  communs,  concourant  à  la 
même  fin,  n'abandonnent  ni  le  Prêtre  ni  la  Vic- 
time. Le  couronnement  de  leur  mutuel  amour 
sacrifié  les  attire  au  Calvaire  où  ils  doivent  ac- 
complir leur  destinée.  Mais  si,  entre  temps,  il  y 
a  un  acte  sacerdotal  à  poser,  la  Victime  y  prend 
part  ;  de  même  que  s'il  y  a  un  sacrifice  à  offrir, 
le  Prêtre  use  de  son  droit  d'autorité  sur  la 
Victime. 

Comme  l'Eucharistie  repose  tout  entière  sur  le 
pouvoir  sacerdotal  de  Jésus,  et  qu'elle  porte  le 
caractère  d'une  véritable  immolation,  le  Prêtre 
et  la   Victime  échangent   réciproquement   leurs 


LACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CÈNE  ii'J 

sentiments  :  le  Prêtre,  pour  recourir  à  la  Victime 
qui  lui  est  nécessaire  ;  la  Victime,  pour  s'aban- 
donner au  Prêtre  dont  elle  a  besoin  pour  s'im- 
moler. 

Il  n'est  pas  question  ici  d'un  acte  passager. 
L'Eucharistie  est  instituée  non  pour  un  soir  seu- 
lement, mais  pour  se  renouveler  sans  interrup- 
tion et  sur  des  milliers  d'autels  chaque  jour  *.  Le 
concours  mutuel  que  se  prêtent  le  Prêtre  et  la 
Victime  à  l'heure  de  l'Institution  de  l'Eucha- 
ristie, ne  cessera  jamais,  car  Jésus  a  promis  de 
rester  avec  les  hommes  jusqu'à  la  consommation 
des  siècles  2. 

Il  y  a  en  jeu  de  tels  intérêts  d'ordre  spirituel, 
que  ni  le  Prêtre  ni  la  Victime  ne  penseront  à  dé- 
serter leur  poste.  Tout  au  contraire,  ils  multi- 
plieront les  calvaires  mystiques  pour  s'immoler, 
ils  transporteront  leurs  tentes  jusqu'aux  extré- 
mités du  monde,  ils  tiendront  compagnie  à  tous 
ceux  qui  viendront  les  visiter,  ils  se  donneront 
en  nourriture  aux  affamés  du  pain  de  la  vie  éter- 

1  «  Depuis  le  lever  du  soleil  jusqu'au  couchant,  mon  nom 
est  grand  parmi  les  nations,  et  l'on  sacrifie  en  tout  lieu  à  mon 
nom  une  oblation  pure.  »  Mal.,  i,  11. 

2  «  Je  ne  vous  laisserai  pas  orphelins,  je  viendrai  à  vous.  » 
Jean,  xiv,  18.  —  «  Voici  que  je  suis  avec  vous  tous  les- jours 
jusqu'à  la  consommation  des  siècles.  »  Mat.,  xxviii,  20. 


Il8      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

nelle,  ils  feront  participer  tous  les  hommes  de 
bonne  volonté  aux  grâces  de  leur  présence  sacra- 
mentelle, et  ils  fourniront  à  tous  les  efficacités 
divines  de  leur  commun  sacrifice  l. 

Partout  où  il  y  aura  une  gloire  de  plus  à  pro- 
curer à  Dieu,  partout  où  il  y  aura  des  âmes  à 
sauver  et  à  sanctifier,  il  s'élèvera  des  temples 
pour  les  abriter,  il  se  dressera  des  autels  pour 
les  faire  descendre  du  ciel,  il  surgira  des  sources 
de  sang  rédempteur,  où  viendront  se  purifier  les 
pécheurs  et  s'abreuver  les  âmes  avides  de  vie 
éternelle. 

Nous  n'avons  rien  à  craindre,  l'Eucharistie  ne 
disparaîtra  pas  de  la  terre  ;  l'amour  mutuel  que 
se  portent  le  Prêtre  et  la  Victime  pour  l'accom- 
plissement de  leur  mission  réciproque,  nous  en 
est  un  gage  d'assurance  et  de  perpétuité.  Remer- 
cions et  rappelons-nous. 

1  «  Il  a  fallu,  dit  saint  Thomas,  que  le  sacrifice  de  la  loi  nou- 
velle institué  par  le  Christ  eût  quelque  chose  de  plus  que  les 
sacrifices  anciens,  c'est-à-dire  qu'il  contînt  le  Christ  qui  a 
souffert,  non  seulement  comme  sa  signification  et  sa  figure, 
mais  encore  en  réalité...  Cela  convient  à  la  charité  du  Christ 
qui  lui  a  fait  prendre  un  corps  humain  véritable  pour  notre 
salut.  Et  parce  que  le  propre  de  l'amitié  est  surtout  de  vivre 
avec  ses  amis,  il  ne  nous  a  pas  privés  de  sa  présence  corpo- 
relle pendant  ce  pèlerinage,  mais  il  s'est  uni  à  nous  dans 
l 'Eucharistie  par  son  corps  et  son  sang  véritable.  »  D'où 
il  dit  (Jean,  vi,  57)  :  «  Celui  qui  mange  ma  chair  et  boit 
mon  sang  demeure  en  moi  et  moi  en  lui.  »  S.  Thom.,  III  p., 
q.  75,  a.  1. 


L'ACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CENE  lig 

IV.  —  Manifestation  suprême  de  1  amour 

du  Prêtre  et  de  la  Victime 

dans  l'Institution  de  l'Eucharistie 

Ce  qui  ressort  davantage  de  la  part  de  Jésus 
Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie,  c'est  son 
amour  *.  Il  Lui  a  fallu  évidemment  un  amour 
mystérieux  et  incompréhensible  pour  descendre 
du  ciel  -.  Nous  ne  L'avions  pas  appelé  ;  c'est  de 
Lui-même  qu'il  est  venu.  Et  lorsque  l'humanité 
L'a  possédé  dans  son  sein,  elle  ne  L'a  pas  com- 
pris et  elle  est  restée  incrédule  en  face  de  tant 
d'amour  et  de  miséricorde  3.  La  mort  même  de 
Celui  qui  était  venu  la  sauver  ne  lui  a  ouvert  les 
yeux  qu'à  demi  ;  et  depuis  dix-neuf  siècles,  la 
multitude  des  incroyants  dépasse  le  nombre  de 
ceux  qui  aiment  le  divin  Crucifié  et  se  font  ses 
adorateurs  4. 

1  «  L'Eucharistie  est  appelée  le  sacrement  de  la  charité,  qui 
est  le  lien  de  la  perfection.  »  S.  Tiiom.,  III  p.,  q.  73,  a.  3,  ad  3. 

1  «  Dieu  est  amour,  et  il  a  manifesté  son  amour  pour  nous 
en  envoyant  son  Fils  unique  dans  le  monde,  afin  que  nous  vi- 
vions par  lui.  »  I  Jean,  iv,  9.  —  «  Nous  avons  connu  l'amour  de 
Dieu  en  ce  qu'il  a  donné  sa  vie  pour  nous.  »  Ibid,  m,  16. 

3  «  En  lui  était  la  vie,  et  la  vie  était  la  lumière  des  hommes  ; 
et  la  lumière  a  lui  dans  les  ténèbres,  et  les  ténèbres  ne  l'ont 
pas  compris.  »  Jean,  i,  4,  5. 

4  «  Il  est  venu  parmi  les  siens,  et  les  siens  ne  l'ont  pas 
reçu.  »  Jean,  1,  11. 


120      JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Cette  histoire  vécue  de  l'incrédulité  et  de  l'in- 
gratitude des  hommes  ne  fait  que  rendre  plus 
éclatant  l'amour  miséricordieux  que  nous  prouve 
le  Jésus  de  l'Eucharistie.  11  connaissait  pourtant 
tout,  et  du  passé  et  de  l'avenir  ;  Il  n'ignorait  rien 
de  l'attitude  indifférente  du  grand  nombre  et  des 
outrages  dont  II  devait  être  l'objet  au  Sacrement 
de  ses  apparentes  impuissances  '.  Pourquoi  ne 
s'est-Il  point  contenté  de  mourir  une  fois  sur  la 
croix,  puisque  tel  était  le  décret  éternel  de  la 
rédemption  du  monde  ?  Son  oeuvre  aurait  été 
complète,  et  II  serait  entré  paisiblement  dans  le 
royaume  de  sa  gloire. 

C'est  là  le  mystère  :  mystère  de  l'amour  eucha- 
ristique faisant  pendant  au  mystère  de  l'Incar- 
nation. Mourir  et  s'en  aller,  c'était  justice  ;  mou- 
rir et  rester  encore,  c'était  folie.  Mais  que  dire, 
au  surplus,  de  l'état  nouveau  dans  lequel  Jésus 
a  voulu  continuer  de  demeurer  parmi  les  hom- 
mes. S'il  perpétue  sa  présence  ici-bas,  ça  ne  peut 
être  que  dans  les  mêmes  conditions  qu'il  s'est 

1  Ce  que  saint  Jean  nous  dit,  dans  son  Evangile,  de  la  con- 
naissance intime  que  possédait  Jésus  des  hommes  de  son 
temps,  s'applique  naturellement  à  tous  les  hommes  de  tous  les 
temps  et  de  tous  les  lieux,  dont  il  connaissait  à  l'avance  et  la 
conduite  et  les  pensées  les  plus  secrètes  :  «  Mais  Jésus  ne  se 
fiait  point  à  eux,  parce  qu'/7  les  connaissait  tous  et  qu'il  n'avait 
pas  besoin  que  personne  lui  rendît  témoignage  d'aucun  homme, 
car  lui-même  savait  ce  qu'il  y  avait  dans  l'homme.  »  Jean, 
ii,  24,  25. 


LACTE    DU    SACERDOCE    DE    JESUS    A    LA    CENE  121 

fait  Verbe  incarné.  Il  ne  changera  pas  de  nature, 
Il  ne  recevra  pas  une  autre  mission,  Il  portera 
toujours  le  même  caractère  essentiel  de  Prêtre 
et  de  Victime  ;  il  Lui  faudra  un  Sacrifice  pour 
exercer  son  Sacerdoce  et  une  Victime  pour  l'im- 
moler. 

Dès  lors,  tout  l'amour  dont  II  est  la  source 
éternelle,  se  concentrera  dans  l'état  eucharis- 
tique qui  sera  la  dernière  phase  de  sa  présence 
personnelle  dans  le  monde  l.  Comme  Prêtre,  Il 
ne  pourra  donner  rien  de  plus  ;  son  amour  sa- 
cerdotal   a  rencontré  des   limites  qu'il   ne  peut 

1  Le  Docteur  angélique,  dans  ses  Opuscules,  voulant  démon- 
trer tout  ce  qu'il  y  a  d'amour  dans  l'Eucharistie  à  l'égard  des 
hommes,  développe  ainsi  cette  vérité  :  «  Dieu  le  Père  nous  ac- 
corde continuellement,  sous  les  espèces  du  pain  et  du  vin,  pour 
la  savoureuse  réfection  de  nos  âmes,  le  corps  et  le  sang  de  son 
bien-aimé  Fils  Notre  Seigneur  Jésus-Christ,  dans  lequel  il 
nous  a  donné,  sans  aucune  réserve,  tout  ce  qu'il  est  et  tout  ce 
qu'il  a  de  commun  avec  le  Saint-Esprit.  Car  il  n'y  a  rien  hors 
de  la  nature  corporelle,  spirituelle  et  divine.  —  Donc,  lorsque 
Dieu  le  Père  nous  a  donné  le  corps  et  le  sang  de  son  Fils 
dans  ce  Sacrement,  il  nous  a  gratifié  de  la  substance  corpo- 
relle dans  tout  ce  qu'elle  a  de  plus  élevé.  —  Mais  quand  il 
nous  a  donné  Yâme  de  ce  même  Fils,  c'est  sa  substance  spiri- 
tuelle dans  tout  ce  qu'elle  a  de  plus  sublime  qu'il  nous  a  livrée. 
—  De  plus,  dans  son  divin  Fils  il  nous  a  offert  la  nature  divine 
qui  renferme  en  elle-même  naturellement  et  éternellement  le 
souverain  bien.  —  Et  ce  n'est  pas  une  fois  ou  deux  seulement 
dans  la  vie  de  l'homme  qu'il  en  a  agi  ainsi,  mais  c'est  en  tout 
temps  et  en  tout  lieu  par  quelque  Prêtre  que  ce  soit,  bon  ou 
mauvais,  qui,  selon  le  rite  de  l'Eglise,  offre  le  sacrifice  du  sa- 
lut. »  S.  Thom.,  Op.  62,  ch.  2. 


122       JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

dépasser.  Comme  Victime,  Il  ne  pourra  s'immo- 
ler davantage  ;  son  amour  trouve  dans  son  état 
d'immolation  la  forme  ultime  de  son  sacrifice. 

Dans  sa  toute-puissance  divine,  Il  ne  trouvera 
pas  d'autre  possibilité  d'aimer  davantage,  d  ai- 
mer plus  miséricordieusement,  d'aimer  plus  ten- 
drement '.  Après  l'Eucharistie  il  n'y  a  que  le  ciel. 
Après  l'amour  que  nous  y  portent  le  Prêtre  Eter- 
nel et  la  divine  Victime,  il  n'y  a  que  la  charité 
infinie  qui  remplit  le  séjour  de  la  gloire. 

A  nous  de  rendre  amour  pour  amour.  Que 
notre  culte  de  Jésus  Prêtre  et  de  Jésus  Victime 
au  Très  Saint  Sacrement,  soit  un  culte  tout  d'a- 
mour, de  reconnaissance  et  de  tendresse.  Jésus 
le  réclame  ;  mettons  notre  bonheur  à  le  Lui 
rendre  2. 

1  C'est  bien  le  cas  de  dire  avec  saint  Augustin  :  «  Dieu,  tout 
savant  qu'il  est,  ne  connaît  rien  de  meilleur  ;  tout  puissant 
qu'il  est,  il  ne  peut  rien  de  plus  excellent  ;  tout  riche  qu'il  est, 
il  n'a  rien  de  plus  merveilleux  que  X Eucharistie.  » 

2  «  Dieu  est  plus  grand  que  notre  cœur  »,  dit  saint  Jean  dans 
sa  première  épître  (ni,  20)  ;  ce  qui  fait  que  quand  même  nous 
le  servirions  de  tout  notre  cœur,  de  toutes  nos  forces,  nous  ne 
le  ferions  pas  d'une  manière  suffisante.  L'Ecclésiastique  dit 
(m. m,  3o)  :  «  Glorifiez  le  Seigneur  tant  que  vous  le  pourrez,  il 
sera  encore  beaucoup  au-dessus  de  vos  louanges...  Le  cœur  de 
l'homme  est  petit,  si  on  le  compare  à  Dieu.  Ceci  fait  que  si 
vous  recevez  autre  chose  que  lui  dans  votre  cœur,  vous  l'en 
chassez...  »  «  Je  suis  votre  Dieu,  mais  un  Dieu  jaloux  »,  est-il 
dit  dans  l'Exode  (xx,  5).  Dieu  ne  nous  permet  d'aimer  rien 
plus  que  lui  ni  en  dehors  de  lui.  »  S.  Thom.,  Op.  4,  c.  4. 


L'ACTE    DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS    A    LA    CÈNE  123 

V.  —  Le  double  acte  sacerdotal  de  Jésus 

dans  l'Institution  de  l'Eucharistie 

et  du  Sacerdoce 

Il  est  évidemment  impossible  d'avoir  une  no- 
tion exacte  de  l'Eucharistie,  sans  comprendre 
en  même  temps  que  ce  Sacrement  adorable  est 
l'œuvre  exclusive  du  Sacerdoce  de  Jésus.  Jésus 
seul,  en  tant  que  Prêtre,  avait  le  droit  et  la  puis- 
sance d'instituer  ce  nouveau  Sacrifice  de  l'unique 
Victime,  dont  l'immolation  devra  se  perpétuer 
jusqu'à  la  fin  des  temps. 

Toutefois,  sans  être  à  court,  son  Sacerdoce  ne 
pourra  s'exercer  visiblement,  puisque  Jésus  va 
disparaître  aux  yeux  des  hommes,  pour  entrer 
dans  sa  gloire  l.  De  toute  nécessité,  Jésus  doit  in- 
venter un  moyen  de  continuer  son  office  sacer- 
dotal 2.  Ou  II  ne  consacrera  qu'une  fois,  ou  II 
devra  confier  à  d'autres  le  devoir  de  Le  consa- 

1  «  Je  suis  sorti  du  Père  et  je  suis  venu  dans  le  monde  ; 
maintenant  je  quitte  le  monde  et  je  vais  au  Père.  »  Jean,  xvi, 
28.  —  «  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre  Fils...  Je  viens 
à  vous.  »  Jean,  xvii,  1,  i3. 

2  «  Puisque  Jésus-Christ  devait  priver  l'Eglise  de  sa  présence 
corporelle,  il  était  nécessaire  qu'/7  établît  d'autres  hommes 
pour  ses  ministres,  afin  de  dispenser  les  sacrements  aux  fidèles, 
selon  cette  parole  de  l'Apôtre  (I  Cor.,  iv,  1)  :  «  Qu'on  nous  re- 
garde comme  les  ministres  de  Jésus-Christ  et  les  dispensateurs 
des  mystères  de  Dieu.  »  S.  Thom.,  Contr.  Gent.,  I.  4,  c.  74. 


124      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

crer  l.  Ou  son  Sacerdoce  prendra  fin,  ou  II  devra 
le  communiquer  à  des  ministres  qui  agiront  en 
son  nom  2.  Ou  sa  puissance  sacerdotale  s'épui- 
sera, ou  II  en  fera  participants  des  successeurs 
qu'il  se  sera  choisis  3. 

C'est  ici  que  Jésus  nous  apparaît  dans  toute  la 
beauté  et  la  puissance  de  son  Sacerdoce  Eternel. 
Prêtre  dans  l'Eucharistie,  Prêtre  II  sera  dans  ses 
Prêtres.  Prêtre  consacrant  la  première  Hostie, 
Prêtre  II  agira  dans  tous  les  Consécrateurs  qu'il 
enverra  dans  le  monde.  Prêtre  institué  par  son 
divin  Père  pour  offrir  le  grand  Sacrifice  de  la 
réconciliation,  Prêtre  II  revivra  dans  tous  ses 
consacrés  pour  offrir  la  Victime  du  salut. 

Deux  Sacrements  en  un  seul  :  l'Eucharistie, 
pour  fournir  un  sacrifice  au  Sacerdoce  ;  le  Sa- 
cerdoce, pour  perpétuer  l'Eucharistie  4.  Le  même 
Prêtre  Eternel  se  multipliant  dans  tous  les  Prê- 
tres du  monde  ;  la  multitude  des  âmes  sacerdo- 

1  «  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi.  »  Luc,  xxn,  19. 
*  «  De  même  que  le  Père  m'a  envoyé,  ainsi  je  vous  envoie.  » 
Jean,  xx,  21. 

3  «  Je  vous  ai  choisis,  et  je  vous  ai  établis  pour  que  vous 
alliez  et  portiez  du  fruit,  et  que  votre  fruit  demeure.  »  Jean, 
xv,  16. 

4  «  Il  est  certain,  dit  encore  saint  Thomas,  que  Jésus-Christ 
a  donné  dans  la  Cène  le  sacrement  de  son  corps  et  de  son 
sang,  et  qu'il  l'a  institué  pour  être  souvent  renouvelé  ;  et  ce 
sont  là  les  deux  principaux  sacrements.  »  S.  Thom.,  Contr. 
Gent.,  1.  4,  c.  74. 


L'ACTE    DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS    A    LA    CÈNE  125 

taies,  portant  l'empreinte  du  Sacerdoce  de  leur 
Maître,  pour  accomplir  les  mêmes  mystères  et 
produire  les  mêmes  fruits  de  salut  éternel1. 

Quelle  sagesse  dans  le  Pontife  suprême,  pos- 
sédant en  propre  l'essence  de  tout  Sacerdoce  ! 
Quelle  puissance  dans  le  Souverain  Prêtre,  ré- 
pandant partout  les  efficacités  de  son  Sacerdoce, 
sans  l'épuiser  ni  le  diminuer  jamais  !  Quel  amour 
dans  l'unique  Prêtre  d'une  unique  Victime,  se 
substituant  d'autres  Lui-même  pour  que  le  Sa- 
crifice de  la  nouvelle  alliance  ne  cesse  sur  la 
terre  ni  le  jour  ni  la  nuit  !  2  Quelle  sublime  apo- 
théose de  la  mission  du  Prêtre  divin  qui  ne 
s'accomplit  à  la  Cène  que  pour  revivre  dans  la 
même  mission  sacerdotale  de  tous  les  Prêtres 
du  monde  !  3 

1  «  De  ce  que  le  Christ  a  prononcé  les  paroles  de  la  Consé- 
cration, elles  ont  acquis  une  puissance  consécratrice  qu'exerce 
tout  Prêtre  qui  les  prononce,  absolument  comme  si  le  Christ 
était  présent  et  qu'il  les  prononçât  lui-même.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  78,  a.  5. 

2  «  Parce  que  le  pouvoir  de  l'Ordre  a  pour  fin  la  dispensation 
des  sacrements,  et  que  de  tous  les  sacrements  le  plus  excellent 
et  la  consommation  des  autres  est  le  sacrement  de  Y  Eucha- 
ristie, on  doit  considérer  principalement  le  pouvoir  de  l'Ordre 
comme  se  rapportant  à  ce  sacrement  ;  car  la  dénomination 
de  chaque  chose  se  tire  de  sa  fin.  »  S.  Thom.,  Contr.  Gent., 
1.  4,  c.  74. 

3  «  Il  est  évident  que  le  Christ  consacre  lui-même  tous  les 
sacrements  de  l'Eglise  ;  car  c'est  lui-même  qui  baptise  ;  c'est 
lui-même  qui  remet  les  péchés  ;  il  est  lui-même  le  vrai  Prêtre 


126      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

Vraiment,  rien  n'est  grand  comme  le  Sacer- 
doce !  Rien  n'est  sacerdotal  comme  l'Eucharistie  ! 
Rien  n'est  divin  comme  l'amour  qui  préside  à 
l'Institution  de  ces  deux  adorables  sacrements 
et  à  leur  perpétuité  dans  l'Eglise  ! 

Il  n'y  a  qu'à  adorer  en  aimant,  et  qu'à  aimer 
en  adorant. 

qui  s'est  offert  sur  l'autel  de  la  croix,  et  par  la  puissance  du- 
quel son  corps  est  consacré  tous  les  jours  sur  l'autel.  Et  ce- 
pendant, comme  il  ne  devait  pas  rester  corporellement  présent 
avec  tous  les  fidèles,  il  a  choisi  des  ministres  pour  dispenser 
ces  sacrements  aux  fidèles.  »  S.  Thom.,  Contr.  Gent.,  1.  4,  c.  76. 


A  Jésus,  Prêtre  dans  l'Eucharistie 
el  Prêtre  dans  ses  Prêtres 


O  Jésus, 

mon  adorable  Prêtre  en  l'Eucharistie, 

je  m'abîme  devant  Vous. 

O  Jésus, 

dont  l'éternel  Sacerdoce  revit 

en  tous  ceux  que  vous  avez  faits 

vos  Prêtres, 

j'honore  en  eux  le  caractère  sacré 

que  Vous  avez  imprimé 

dans  leurs  âmes. 

C'est  Vous  qui  vivez  en  eux. 

C'est  par  eux  que  Vous  opérez. 

C'est  à  eux  que  Vous  devez 

votre  existence  sacramentelle. 

C'est  par  la  puissance  sacerdotale, 

que  Vous  leur  communiquez, 

que  Vous  demeurez  dans  l'Eucharistie 

notre  Prêtre  et  notre  Victime, 

et  que  Vous  nous  nourrissez 

du  pain  de  la  vie  éternelle. 

Oh  !  conservez-nous  vos  Prêtres 

pour  rester  avec   nous. 

Sanctifiez  vos  Prêtres 

pour  nous  sanctifier  avec  eux. 


CHAPITRE    CINQUIÈME 

De  la  présence   du  Prêtre 

à   côté  de  la   Victime 

dans  l'Eucharistie 


CHAPITRE    CINQUIEME 

De  la  présence  du  Prêtre 
à  côté  de  la  Victime  dans  l'Eucharistie 


«  Nous  avons  un  grand  Prêtre  qui 
est  établi  pour  offrir  des  oblations  et 
des  sacrifices,  toujours  vivant  pour 
intercéder  pour  nous.  » 

Hêbr.,  VII,  25  ;  VIII,  3. 

Nous  sommes  entrés  au  Cénacle  avec  Jésus  et 
nous  avons  assisté  à  l'acte  sublime  de  son  Sacer- 
doce, par  lequel  II  a  transformé  son  état  visible 
et  mortel  en  son  état  caché  eucharistique.  Ce 
n'est  pas  seulement  d'une  manière  provisoire 
qu'il  a  institué  ce  Sacrement,  mais  c'est  bien 
avec  la  volonté  formelle  d'y  perpétuer  sa  pré- 
sence adorable. 

S'il  n'avait  pas  institué  en  même  temps  le  Sa- 
cerdoce nouveau,  avec  l'obligation  pour  tous  ses 
Prêtres  de  renouveler  le  même  acte  sacerdotal, 
la  présence  de  Jésus  Prêtre  et  Victime  n'aurait 
duré  à  la  dernière  Cène  que  juste  le  temps  voulu 
avant  la  consommation  des  espèces  sacramen- 
telles. Mais  évidemment,  telle  n'était  pas  l'in- 
tention  de    Jésus,   puisqu'il   se    constituait  des 


l32       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

successeurs  et  leur  donnait  le  pouvoir  d'opérer 
les  mêmes  merveilles. 

Il  n'y  a  donc  point  d'Eucharistie  sans  Prêtre. 

II  n'y  a  point  de  réelle  consécration  du  corps  et 
du  sang  de  Jésus,  sans  qu'il  intervienne  une 
puissance  égale  et  de  même  nature  que  la  puis- 
sance du  Souverain  Prêtre  instituant  le  Sacre- 
ment eucharistique.  Il  n'y  a  point  de  Sacrifice 
mystique  qui  soit  la  répétition  du  Sacrifice  de  la 
Cène  et  de  la  Croix,  s'il  n'y  a  pas  la  présence 
et  la  parole  consécratrice  du  même  Prêtre  et  de 
la  même  Victime  l. 

Aucun  Prêtre  à  l'autel,  tout  saint  qu'il  puisse 
être,   ne  peut  parler  et  agir  en   son   nom.  Son 

1  Le  Docteur  angélique  explique  ainsi  cette  double  opération 
de  Jésus  et  du  Prêtre  dans  les  sacrements  :  «  Quoique  Dieu 
opère  l'effet  intérieur  des  sacrements,  comme  agent  principal, 
néanmoins  l'homme  peut  aussi  y  coopérer  comme  ministre. 
L'on  peut  opérer  un  effet  de  deux  manières  :  1°  comme  agent 
principal  ;  2°  comme  instrument.  De  la  première  manière  il  n'y 
a  que  Dieu  qui  opère  l'effet  intérieur  des  sacrements  ;  soit 
parce  que  seul  il  pénètre  dans  l'âme  dans  laquelle  l'effet  du 
sacrement  existe,  et  que  l'on  ne  peut  pas  opérer  immédiate- 
ment quelque  chose  là  où  on  n'est  pas  ;  soit  parce  que  la  grâce 
qui  est  l'effet  intérieur  du  sacrement  ne  vient  que  de  Dieu.  — 
De  la  seconde  manière  l'homme  peut  contribuer  à  l'effet  inté- 
rieur des  sacrements,  selon  qu'il  agit  comme  ministre.  Car  le 
ministre  et  l'instrument  ont  la  même  nature,  puisque  l'action 
de  l'un  et  de  l'autre  s'applique  extérieurement  ;  mais  l'effet  in- 
térieur résulte   de  la  vertu  de  l'agent  principal  qui  est  Dieu.  » 

III  p.,  q.  64,  a.  1. 


PRESENCE    DU    PRETRE    ET    DE    LA    VICTIME 


l33 


caractère  sacré  n'est  qu'un  prolongement  du 
caractère  de  l'unique  Prêtre  qui  seul  possède 
essentiellement  le  Sacerdoce.  Les  paroles  qu'il 
prononce  n'ont  de  valeur  que  celle  que  leur 
donne  le  Souverain  Prêtre,  qui  lui  commande 
de  parler  en  son  nom.  L'efficacité  du  Sacrifice 
qu'il  offre  vient  de  la  réalité  de  la  puissance  sa- 
cerdotale du  vrai  et  unique  Sacrificateur  qui 
immole  sa  propre  Victime  !. 

Le  Sacrifice  eucharistique  qui  serait  offert  par 
tous  les  Prêtres  du  monde  réunis  n'aurait  pas 
plus  de  valeur  et  de  réalité  qu'offert  par  un  seul 
Prêtre2.  Le  Prêtre,   quel  qu'il  soit,  qui   a  reçu 

1  «  Le  sacrement  de  l'Eucharistie  est  si  noble,  qu'il  n'est 
confectionné  que  dans  la  personne  du  Christ.  Or,  quiconque 
fait  une  chose  au  nom  d'un  autre,  doit  nécessairement  la  faire 
par  la  puissance  qu'il  en  a  reçue.  Or,  comme  le  Christ  ac- 
corde à  celui  qui  est  baptisé  la  puissance  de  recevoir  l'Eucha- 
ristie, de  même  il  accorde  au  prêtre,  dans  son  ordination,  le 
pouvoir  de  le  consacrer  en  son  nom.  Car  par  là  le  prêtre  se 
trouve  placé  au  rang  de  ceux  auxquels  le  Seigneur  a  dit  (Luc, 
xxii,  19)  :  «  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi.  »  C'est  pour  ce  mo- 
tif qu'on  doit  dire  qu'il  appartient  en  propre  aux  prêtres  de 
consacrer  ce  sacrement.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  82,  a.  1. 

2  «  De  ce  que  le  Christ  a  prononcé  les  paroles  de  la  consé- 
cration, elles  ont  acquis  une  puissance  consécratrice  qu'exerce 
tout  Prêtre  qui  les  prononce,  absolument  comme  si  le  Christ 
était  présent  et  qu'il  les  prononçât  lui-même.  »  S.  Thom.,  III  p., 
q.  78,  a.  5.  —  Et  plus  loin,  il  ajoute  :  «  Parce  que  le  Prêtre  ne 
consacre  qu'au  nom  du  Christ,  et  que  plusieurs  sont  un  dans 
le  Christ,  il  importe  peu  que  ce  sacrement  soit  consacré  par 
un  seul  ou  par  plusieurs.  »  Ibid.,  q.  82,  a.  2,  ad  2, 


l34      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

l'onction  sacerdotale,  possède  un  pouvoir  qui  lui 
est  sans  cesse  maintenu  par  Jésus  et  dont  l'exer- 
cice réclame  la  présence  de  son  principe  sacri- 
ficateur '. 

Il  lui  suffit  de  prononcer,  et  avec  la  même 
intention,  les  paroles  de  Jésus  à  la  Cène,  et 
aussitôt,  là  où  il  n'y  avait  que  du  pain  et  du 
vin,  se  trouvent  présents,  en  corps  et  en  âme, 
le  Prêtre  et  la  Victime  du  premier  grand  Sa- 
crifice 2. 


Avec  quelle  foi  et  quelle  piété  ne  devons-nous 
pas  nous  habituer  à  considérer  Jésus  Prêtre  s'of- 
frant  à  l'autel  par  les  mains  du  Prêtre  !  Avec 
quel  amour  ne  devons-nous  pas  Lui  rendre  un 
culte  de  profonde  adoration  pour  L'honorer  en 
tant  que  Prêtre  et  Victime  au  Très  Saint  Sa- 
crement ! 


1  «  Il  est  évident  que  le  Christ  consacre  lui-même  tous  les 
sacrements  de  l'Eglise...  Il  est  lui-même  le  vrai  Prêtre  qui  s'est 
offert  sur  l'autel  de  la  croix,  et  par  la  puissance  duquel  son 
corps  est  consacré  tous  les  jours  sur  l'autel.  »  S.  Thom., 
Contr.  Gent.,  1.  4,  c.  76. 

*  «  Cette  conversion  est  produite  par  les  paroles  du  Christ 
que  le  Prêtre  prononce,  de  telle  sorte  que  le  dernier  instant  où 
ces  paroles  sont  prononcées,  est  le  premier  instant  où  le  corps 
du  Christ  existe  dans  le  sacrement...  le  sens  des  paroles  qui 
rend  la  force  des  sacrements  efficace  étant  complet.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  75,  a.  7,  c.  et  ad  3. 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE   ET    DE   LA    VICTIME  1 35 

I.  —  L'Eucharistie  est  la  continuation 

de  l'exercice  du  Sacerdoce  de  Jésus 

dans  l'acte  de  son  institution 

De  même  qu  il  n'y  a  pas  deux  sacrifices  eucha- 
ristiques, il  n'y  a  pas  deux  Prêtres  pour  l'offrir 
ni  deux  Victimes  pour  être  immolées.  Par  consé- 
quent, si  Jésus-Prêtre  n'était  constamment  pré- 
sent dans  l'état  eucharistique  qu'il  a  embrassé,  il 
manquerait  ce  qui  est  essentiel  à  ce  Sacrement  ; 
car  n'y  étant  pas  comme  Prêtre,  Il  n'y  serait 
pas  du  tout,  son  Sacerdoce  répondant  essentiel- 
lement à  la  réalité  de  sa  personne  d'Homme- 
Dieu. 

Ce  ne  serait  plus  la  continuation  de  sa  pré- 
sence sacramentelle,  telle  qu'elle  existait  sous 
la  forme  de  l'Institution  de  l'Eucharistie  ;  et,  dès 
lors,  ce  serait  un  autre  Sacrement  qui  n'aurait 
pas  les  caractères  essentiels  du  premier.  Ce  ne 
serait  pas  davantage  un  sacrifice,  car  il  n'y  au- 
rait plus  de  Prêtre  pour  l'offrir  l.  Ce  serait,  à  vrai 
dire,  comme  une  religion  nouvelle,  sans  consis- 
tance et  indépendante  des  grands  mystères  ac- 

1  «  Ce  sacrement  reçoit  le  nom  de  sacrifice,  selon  qu'il  repré- 
sente la  passion  même  du  Christ.  On  lui  donne  le  nom  d'hostie, 
selon  qu'/7  renferme  le  Christ  lui-même  qui  est  l'hostie  du 
salut.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  73,  a.  4,  ad  3. 


l36      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

complis  par  Jésus  dans  les  dernières  heures  de 
sa  vie. 

Mais  laissons  ces  suppositions,  que  nous  avons 
faites  simplement  pour  démontrer  l'illogisme 
d'un  Sacrement  qui  ne  serait  plus  celui  de  son 
auteur,  et  l'irréalité  d'un  Sacrifice  où  le  Prêtre  et 
la  Victime  feraient  défaut.  Entrons  dans  la  réa- 
lité adorable  de  l'état  eucharistique  de  Jésus  et 
dans  les  sentiments  du  Souverain  Prêtre  au  mo- 
ment de  l'Institution. 

La  foi  nous  enseigne  que  les  paroles  de  Jésus 
sont  esprit  et  vie  l  et  qu'elles  ne  passent  point 2. 
Lorsque  Jésus  disait  si  clairement  :  «  Ceci  est 
mon  corps,  ceci  est  mon  sang  »,  Il  exprimait  la 
réalité  de  sa  présence  sous  les  espèces  sacra- 
mentelles. Mais  quelle  présence,  sinon  celle  qui 
était  la  sienne,  c'est-à-dire  la  présence  du  Prê- 
tre :  du  Prêtre,  qui  était  Lui-même  depuis  le 
premier  instant  de  son  Incarnation  ;  du  Prêtre, 
qui,  à  ce  moment  précis,  se  faisait  Sacrement  et 
s'offrait  en  sacrifice.  Ce  mystère  va  se  renou- 
veler, sa  volonté  est  formelle  :  ce  sera  néces- 
sairement dans  les  mêmes  conditions.  Tout  le 

1  «  Les  paroles  que  je  vous  ai  dites  sont  esprit  et  vie.  »  Jean, 
vi,  64. 

2  «  Le  ciel  et  la  terre  passeront,  mais  mes  paroles  ne  passe- 
ront pas.  »  Marc,  xih,  3i. 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  1$"] 

temps  que  Jésus  demeurera  plus  tard  sous  les 
espèces  sacramentelles,  Il  y  sera  Prêtre  ;  Prêtre, 
aussi  réellement  qu'il  le  fut  au  Cénacle  ;  Prêtre, 
se  maintenant  Lui-même  dans  son  existence  sa- 
cerdotale ;  Prêtre,  n'ayant  rien  changé  de  ce  qu'il 
est  essentiellement  dans  son  Sacerdoce  ;  Prêtre, 
tel  qu'il  a  été  consacré  par  son  Père  ;  Prêtre,  tel 
qu'il  est  demeuré  nécessairement  le  même  pen- 
dant sa  vie  mortelle  ;  Prêtre,  tel  qu'il  demeurera 
dans  les  siècles  des  siècles  '. 

Quelle  sublime  réalité,  quelle  adorable  vérité  : 
l'Eucharistie,  c'est  Jésus  Prêtre  !  L'Hostie  con- 
tient tout  le  Sacerdoce  de  Jésus.  Elle  n'est  à  vrai 
dire  que  cela  ;  car  dans  la  notion  du  Sacerdoce, 
il  y  a  tout  Jésus,  Jésus  s'incarnant,  Jésus  vivant, 
Jésus  mourant. 

En  Le  considérant  comme  Prêtre  dans  l'Eu- 
charistie, je  Le  vois  tel  qu'il  a  été  entrevu  dans 
les  décrets  éternels  ;  je  L'adore  tel  qu'il  est  entré 
dans  l'humanité,  tout  brillant  des  clartés  du  Sa- 
cerdoce dont  L'a  investi  son  divin  Père  ;  je  Le 
contemple  tel  qu'il  a  offert,  pendant  toute  sa 
vie,  l'hostie  de  son  Sacrifice  ;  je  Le  sens  toujours 
présent,  tel  qu'il  s'offrit  en  Victime  sur  le  Cal- 

1  «  Le  Seigneur  l'a  juré,  et  il  ne  s'en  repentira  pas  :  «  Tu  es 
Prêtre  pour  l'éternité  selon  l'ordre  de  Melchisédech.  »  Hébr., 
VII,  21. 


l38      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

vaire  ;  je  L'aime  de  son  propre  amour,  que  je 
puise  dans  son  cœur,  afin  que  tout  soit  sacer- 
dotal, et  dans  l'amour  qu  II  me  porte,  et  dans 
l'amour  dont  je  veux  brûler  pour  son  adorable 
Sacerdoce. 

Quand  je  pense  que  si  Jésus  n'avait  pu  s'im- 
moler pour  moi,  je  ne  L'aurais  jamais  connu 
comme  Prêtre.  Quand  je  réfléchis  que  s'il  n'avait 
pas  été  Prêtre,  je  n'aurais  jamais  eu  1  Eucharis- 
tie. Quand  je  constate  que  s'il  n'avait  pas  été 
l'unique  Prêtre  de  l'unique  Victime,  Il  n'aurait 
point  communiqué  son  Sacerdoce  à  ses  Prêtres, 
l'Eucharistie  n'aurait  existé  qu'un  moment,  et  à 
cette  heure  l'humanité  serait  privée  de  la  pré- 
sence du  Prêtre  qui  l'a  sauvée. 

Avec  quel  empressement,  dès  lors,  ne  dois- 
je  pas  rendre  mes  hommages  d  adoration  et 
d'amour  à  Jésus,  en  tant  que  Prêtre  dans  l'Eu- 
charistie, et  m'appliquer  à  L'étudier  et  à  L'y 
connaître  dans  son  éternel  Sacerdoce  ! 

II.     -  La  présence  de  la  Victime 

dans  l'Eucharistie 

exige  la  présence  du  Prêtre 

Voici  un  autre  aspect  de  la  nécessité  de  la  pré- 
sence permanente  de  Jésus  Prêtre  dans  l'Eucha- 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  l3q 

ristie.  Nos  considérations  antérieures  sur  l'état 
d'immolation  qu'est  l'état  eucharistique,  nous 
ont  déjà  beaucoup  éclairés.  Il  reste  à  mieux 
démontrer  l'impossibilité  de  la  présence  de  la 
Victime  dans  l'Eucharistie  sans  celle  du  Prêtre 
Sacrificateur. 

A  moins  de  faire  disparaître  totalement  l'idée 
de  Sacrifice  en  l'Eucharistie,  il  faut  admettre 
qu'il  y  a  une  victime,  que  cette  victime  s'impose 
et  que,  pour  conserver  sa  nature  de  victime,  elle 
doit  y  vivre  dans  un  état  d'immolation.  Tout  ce 
que  nous  avons  dit,  dans  le  paragraphe  précé- 
dent, de  la  nécessité  et  du  caractère  du  Prêtre 
dans  l'Eucharistie,  doit  se  dire  également  quant 
à  la  divine  Victime. 

Cette  Victime  ne  peut  être  autre  que  la  Vic- 
time du  Calvaire  ;  son  Sacrifice  ne  peut  être 
d'une  autre  nature  que  celui  de  la  Cène  ;  son 
état  d'immolation  est  l'effet  du  même  pouvoir 
sacrificateur  que  celui  dont  a  usé  Jésus  dans 
l'Institution  de  l'Eucharistie  l. 

A  cette  heure  solennelle,  Jésus  était  Prêtre  et 
Victime  à  la  fois.   Ces   deux  aspects  de  son  es- 

1  «  Il  est  propre  à  l'Eucharistie  que  le  Christ  soit  immolé 
dans  sa  célébration.  Il  n'y  a  qu'une  hostie,  celle  que  le  Christ 
a  offerte  et  que  nous  offrons.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  1, 
c.  et  ad  1. 


14<>      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

sentiel  Sacrifice  implique  la  même  réalité  d'une 
même  présence.  Partout  où  est  le  Prêtre,  se 
trouve  la  Victime  ;  partout  où  est  la  Victime,  se 
tient  le  Prêtre  l. 

Jésus-Prêtre  ne  se  conçoit  pas  sans  la  Victime 
pour  le  sacrifice  de  laquelle  II  existe.  Il  vit  avec 
elle  d'une  vie  unique;  Il  la  possède  et  II  en  fait 
sa  perpétuelle  oblation  ;  Il  la  maintient  dans  son 
état  de  Victime,  pour  pouvoir  l'immoler  à  l'heure 
du  grand  sacrifice.  Comment  en  serait-Il  séparé 
au  Sacrement  de  l'Eucharistie,  qui  ne  peut  se 
perpétuer  pour  le  Prêtre  que  s'il  a  une  Victime 
à  offrir. 

Jésus-Victime  ne  se  conçoit  pas  davantage 
sans  le  Prêtre  dont  II  dépend.  C'est  dans  sa  na- 
ture de  Victime  d'être  essentiellement  ordonnée 
au  Sacrificateur  chargé  de  l'immoler.  Le  Prêtre 
est  sa  raison  d'être,  comme  elle  l'est  elle-même 
pour  lui.  Elle  l'appelle  et  le  veut.  Sa  vie  passe  en 
quelque  sorte  dans  la  sienne,  et  elle  se  complaît 
dans  cette  dépendance  absolue  qui,  à  l'heure  du 
Sacrifice,  l'établira  plus  complètement  dans  son 
état  de  Victime. 

Non  seulement  il  suffit  de  la  présence  de  la 

1  «  Dans  le  sacrifice  de  paix  par  lequel  notre  médiateur  véri- 
table nous  a  réconciliés  avec  Dieu,  il  est  resté  tout  à  la  fois  le 
sacrificateur  qui  offrait  et  la  victime  offerte.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  48,  a.  3. 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  I4I 

Victime  pour  légitimer  celle  du  Prêtre,  mais  la 
Victime  réclame  cette  présence  comme  un  droit 
absolu,  tant  pour  elle  que  pour  le  Prêtre.  Du 
moment  que  Jésus  a  institué  l'Eucharistie  sous 
forme  de  sacrifice,  l'état  d'immolation  auquel  II 
s'est  condamné  maintient  perpétuellement  dans 
ce  Sacrement  adorable  la  même  divine  Victime 
offerte  à  la  Cène  et  au  Calvaire.  Dès  lors,  l'office 
du  Souverain  Prêtre  s'y  exerce  sans  cesse,  pour 
satisfaire  les  droits  essentiels  de  la  Victime, 
comme  pour  répondre  à  ses  devoirs  vis-à-vis 
d'elle. 

Nous  devons  donc  tout  autant  à  la  Victime 
qu'au  Prêtre,  le  bonheur  de  les  posséder  tous 
deux  au  Sacrement  des  divines  immolations. 

N'oublions  pas  toutefois  la  remarque  faite  dans 
les  parties  antérieures  de  cet  ouvrage,  que  ces 
distinctions  de  caractères  et  d'opérations  en 
Jésus  ne  touchent  en  rien  à  la  substance  de  sa 
Personne.  Jésus  est  un  en  Lui-même  ;  et  les  as- 
pects divers  sous  lesquels  on  peut  Le  considérer 
ne  Le  dédoublent  ni  ne  L'altèrent.  Les  raisonne- 
ments que  nous  faisons  ne  sont  que  des  raison- 
nements de  raison  destinés  à  nous  faire  mieux 
saisir  la  distinction  des  caractères  en  Jésus  et  la 
nature  des  opérations  qui  leur  conviennent. 

Il  reste  vrai,  quand  même,  que  Jésus  est  Prê- 


142      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

tre  et  Victime,  que  sa  Personne  adorable  com- 
porte ces  deux  caractères  essentiels  qui  Le  cons- 
tituent le  Verbe  incarné,  l'Homme-Dieu  qui  ne 
peut  être  totalement  saisi  par  notre  intelligence 
que  si  nous  faisons  ces  distinctions  réelles  qui 
nous  Le  révèlent  dans  sa  double  mission  de 
Prêtre  et  de  Victime. 


III.  —  La  double  réalité  de  la  présence 

du  Prêtre  et  de  la  Victime 

dans  l'Eucharistie, 

tirée  de  la  nature  du  Sacrement 


En  soi  il  n'y  a  qu'un  seul  Sacrifice,  comme  il 
n'y  a  qu'un  seul  Prêtre  et  une  seule  Victime  : 
celui  de  la  Croix  '.  Le  Sacrifice  de  la  Cène  est 
une  préparation  et  une  anticipation  du  Sacrifice 

1  Vérité  que  développe  admirablement  saint  Thomas,  lors- 
qu'il dit  :  «  La  passion  du  Christ,  selon  qu'elle  se  rapporte  à  sa 
divinité,  agit  à  titre  de  cause  efficiente.  Selon  qu'elle  se  rap- 
porte à  la  volonté  de  l'âme  du  Christ,  elle  agit  comme  cause 
méritoire.  Selon  qu'on  la  considère  dans  la  chair  même  du 
Christ,  elle  agit  par  manière  de  satisfaction,  en  ce  sens  que 
nous  sommes  délivrés  par  elle  de  la  peine  que  nous  avions  en- 
courue. Elle  agit  par  manière  de  rédemption,  selon  qu'elle  nous 
délivre  de  la  servitude  du  péché.  Enfin,  elle  agit  par  manière 
de  sacrifice,  selon  que  par  elle  nous  sommes  réconciliés  avec 
Dieu.  »  III  p.,  q.  48,  a.  6,  ad  3. 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  143 

du  Calvaire  '.  Le  Sacrifice  de  l'Eucharistie  est 
une  continuation,  sous  une  forme  non  sanglante, 
du  Sacrifice  sanglant  de  la  Croix  2. 

Ces  trois  Sacrifices,  qui  n'en  font  qu'un,  ré- 
clament, pour  les  accomplir,  la  même  interven- 
tion du  Prêtre  et  de  la  Victime.  C'est  donc  à  l'un 
et  à  l'autre  qu'est  due  toute  l'efficacité  du  Sacri- 
fice rédempteur.  Le  sang  versé  par  la  puissance 
sacerdotale  de  Jésus  a  opéré  le  salut  du  monde. 
L'immolation  mystique  du  même  Sacrifice  appli- 
quant, dans  l'Eucharistie,  les  fruits  de  l'immo- 
lation sanglante  du  Calvaire,  prolonge,  à  travers 
les  siècles,  la  présence  du  même  Prêtre  immo- 
lant et  de  la  même  Victime  immolée. 

Comme  l'état  eucharistique  de  Jésus  ne  chan- 
gera jamais  de  forme,  le  Sacrifice  qui  s'opère 
sur  tous  les  autels  du  monde  sera  toujours  dû 
à  l'action  simultanée  du  même  Prêtre  et  de  la 
même  Victime.  Ce  n'est  point  parce  que  ce  Sa- 
crifice n'est  pas  sanglant,  qu'il  n'a  pas  les  carac- 
tères essentiels  du  Sacrifice  de  la  Croix.  Ce  der- 
nier ne  pouvait  être  offert  deux  fois  sous  cette 
forme  ;  le  premier  ne  répondrait  plus  à  la  pen- 

1  «  Ceci  est  mon  corps...  Ceci  est  mon  sang  du  Nouveau  Tes- 
tament qui  sera  versé  pour  un  grand  nombre  en  rémission 
des  péchés.  »  Mat.,  xxvi,  26,  28. 

2  «  Chaque  fois  que  vous  mangerez  ce  pain  et  que  vous  boirez 
ce  calice,  vous  annoncerez  la  mort  du  Seigneur.  »  I  Cor.,  ii,  26. 


144      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

sée  de  son  institution,  s'il  ne  pouvait  être  offert 
partout,  par  le  ministère  du  même  Souverain 
Prêtre. 

Il  y  aura  toujours  des  âmes  à  sauver  et  à  sanc- 
tifier ;  les  mérites  accumulés  par  le  divin  Sacri- 
fice rédempteur  seront  appliqués  à  chaque  âme 
suivant  ses  besoins.  Le  même  Prêtre  les  tient  en 
réserve,  et  l'immolation  renouvelée  de  la  divine 
Victime  lui  en  fournira  une  source  intarissable  l. 

Nous  pourrons  donc,  en  tout  temps,  en  tout 
lieu,  en  toute  circonstance,  recourir  au  Prêtre 
Eternel  que  nous  avons  vu  immoler  la  Victime 
sur  la  Croix  et  que  nous  retrouvons  exerçant 
toujours  auprès  d'elle  le  même  office  à  l'autel 
eucharistique  2. 

1  «  Le  Christ,  en  souffrant  par  charité  et  par  obéissance,  a 
rendu  à  Dieu  plus  qu'il  ne  fallait  pour  faire  compensation 
à  toutes  les  offenses  du  genre  humain  :  1"  A  cause  de  la  gran- 
deur de  la  charité  qui  le  faisait  souffrir  ;  2°  à  cause  de  la  dignité 
de  la  vie  qu'il  a  donnée  pour  satisfaire,  car  c'était  la  vie  d'un 
homme-Dieu  ;  3°  à  cause  de  la  généralité  de  la  passion  et  de  la 
grandeur  de  la  douleur  dont  il  s'est  chargé.  C'est  pourquoi  la 
passion  du  Christ  n'a  pas  été  seulement  une  satisfaction  suffi- 
sante, mais  encore  surabondante,  pour  les  péchés  du  genre 
humain,  d'après  ces  paroles  de  l'Ecriture  (I  Jean,  h,  2)  :  «  Il 
s'est  fait  victime  de  propitiation,  non  seulement  pour  nos  pé- 
chés, mais  encore  pour  ceux  du  monde  entier.  »  S.  Thom., 
III  p.,  q.  48,  a.  2. 

2  «  Nous  avons  en  Jésus,  le  Fils  de  Dieu,  un  grand  Prêtre 
qui  a  pénétré  les  cieux...  capable  de  compatir  à  nos  infirmités. 
Approchons-nous  donc  avec  assurance  du   trône  de  sa  grâce, 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  I4D 

Ne  laissons  pas  son  Sacerdoce  en  partie  in- 
fructueux, parce  que  pratiquement  nous  l'aurons 
ignoré.  Dans  notre  intelligence,  il  doit  y  avoir 
maintenant  une  connaissance  plus  exacte  de 
Jésus  Prêtre  et  Victime  au  Très  Saint  Sacre- 
ment. Dans  notre  cœur,  il  doit  s'être  allumé  un 
foyer  plus  ardent  d'amour  reconnaissant.  Dans 
notre  volonté,  il  a  dû  surgir  des  énergies  nou- 
velles, en  harmonie  avec  des  convictions  plus 
profondes,  qui  n'attendent  que  des  résolutions 
pratiques  pour  porter  des  fruits  *. 

L'heure  est  venue  d'aller  à  Jésus  sans  détour, 
de   L'honorer  comme  Prêtre   au    Sacrement   de 

afin  d'obtenir  miséricorde  et  de  trouver  grâce,  pour  être  se- 
couru en  temps  opportun.  »  Hébr.,  iv,  14-16.  —  «  Il  peut  sau- 
ver parfaitement  ceux  qui  s'approchent  de  Dieu  par  lui,  étant 
toujours  vivant  pour  intercéder  en  leur  faveur.  »  Ibid.,  vu,  25. 

1  «  La  passion  du  Christ,  nous  dit  encore  saint  Thomas,  a 
été  la  cause  de  la  rémission  de  nos  péchés,  selon  que  par  elle 
nous  sommes  excités  à  la  charité  et  que  nous  avons  été  ra- 
chetés... C'est  par  la  charité  qu'on  obtient  la  rémission  de  ses 
péchés,  puisqu'il  est  dit  (Luc,  vu,  47)  :  «  Beaucoup  de  péchés 
lui  ont  été  remis,  parce  qu'elle  a  beaucoup  aimé.  »...  La  foi  par 
laquelle  nous  sommes  purifiés  du  péché  n'est  pas  la  foi  informe 
qui  peut  exister  avec  le  péché,  mais  c'est  la  foi  formée  par  la 
charité  ;  de  manière  que  la  passion  du  Christ  nous  soit  appli- 
quée non  seulement  quant  à  l'intellect,  mais  encore  quant  à 
son  effet.  Et,  de  cette  manière,  c'est  aussi  par  la  vertu  de  la 
passion  du  Christ  que  les  péchés  sont  remis.  »  III  p.,  q.  49,  a.  1, 
c.  et  ad  5. 


I46       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

son  amour  et  de  L'aimer  comme  II  s'aime  Lui- 
même  dans  les  sublimités  essentielles  de  son 
Sacerdoce. 


IV.  —  L'universalité  de  la  présence 

du  Prêtre  et  de  la  Victime 

dans  tous  les  Tabernacles  du  monde 

Jésus  Prêtre  et  Victime  a  pris  naissance  au 
moment  précis  de  1  Incarnation,  dans  le  sein  de 
la  Vierge  Marie.  Sa  Mère  a  d'abord  été  la  seule  à 
Le  posséder  et  à  Le  contempler.  A  sa  naissance, 
Il  a  été  vu  et  adoré  par  quelques  privilégiés, 
sans  toutefois  se  révéler  dans  la  réalité  de  son 
Sacerdoce  et  de  son  état  de  Victime  '.  Trente  an- 
nées de  sa  vie  se  sont  écoulées  dans  le  silence  et 
le  mystère,  en  compagnie  des  deux  êtres  choisis 
du  ciel  pour  former  avec  Lui  la  plus  pure  et  la 
plus  sainte  famille  qu'il  y  aura  jamais  sur  terre2. 

Les  révélations  intimes  de  Jésus  Prêtre  et  Vic- 
time à  Marie  et  à  Joseph  restèrent  le  secret  de 
la  maison  de  Nazareth.  Et  lorsque  commença  la 
vie  publique  du  Sauveur,  on  ne  connaissait  de 

1  Allusion  à  la  visite  des  bergers  (Luc,  n,  8-17)  et  des  mages 
(Mat.,  11,  1-12). 

2  «  Et  il  descendit  avec  eux  et  vint  à  Nazareth,  et  /'/  leur  était 
soumis.  »  Luc,  11,  5i. 


PRESENCE    DU    PRETRE    ET    DE    LA    VICTIME  I47 

Lui  que  son  humble  origine  ',  sans  savoir  encore 
la  mission  qu'il  allait  accomplir  2.  A  mesure  qu'il 
se  dévoilait,  surtout  à  ses  apôtres,  Il  faisait  bien 
pressentir  ce  qu'il  était  venu  faire,  mais  c'était 
dans  des  termes  assez  vagues,  au  point  que 
même  les  siens  n'en  purent  saisir  le  sens  précis  3. 

Toutefois  Jésus,  en  s'approchant  du  terme  de 
sa  vie,  paraissait  anxieux  de  se  révéler  plus  com- 
plètement, et  les  allusions  à  sa  mort  prochaine 
ne  laissaient  plus  de  doute  4  :  Il  allait  donner  sa 
vie,  comme  il  convenait  à  une  victime  vouée  à 
toutes  les  ignominies,  mais  Lui  seul  la  sacrifie- 
rait par  sa  propre  puissance  d'immolation  5. 

1  «  Et  venant  à  sa  patrie,  il  les  enseignait  dans  leurs  syna- 
gogues, de  sorte  qu'ils  s'étonnaient  et  disaient  :  D'où  vient  à 
celui-ci  cette  sagesse  et  cette  puissance  ?  N'est-ce  pas  le  fils 
du  charpentier  ?  Sa  mère  ne  s'appelle-t-elle  pas  Marie?  »  Mat., 
xiii,  54,  55. 

2  «  Vous  ne  savez  ni  d'où  je  viens,  ni  où  je  vais.  »  Jean, 
vin,  14. 

3  «  Mais  Jésus  prit  à  part  les  douze  et  leur  dit  :  Voilà  que 
nous  montons  à  Jérusalem,  et  que  s'accomplira  tout  ce  qui  a 
été  écrit  par  les  prophètes  touchant  le  Fils  de  l'homme...  Et 
eux  ne  comprirent  rien  à  cela,  et  cette  parole  était  cachée  pour 
eux,  et  ils  ne  comprenaient  pas  ce  qui  leur  était  dit.  »  Luc, 
xxxi,  34. 

4  «  Le  Fils  de  l'Homme  doit  être  livré  entre  les  mains  des 
hommes,  et  ils  le  mettront  à  mort.  »  Mat.,  xvii,  21. 

5  «  Voilà  pourquoi  le  Père  m'aime,  parce  que  je  donne  ma 
vie.  Personne  ne  me  la  ravit,  mais  je  la  donne  de  moi-même  ; 


I48       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Les  paroles  consécratrices  de  la  Cène  et  le 
consummatum  est  de  la  Croix  vinrent  éclairer 
d'une  dernière  lumière  la  vérité  de  l'état  sacer- 
dotal et  immolé  du  grand  Crucifié. 

La  révélation  était  complète.  Jésus  s'était  offert 
dans  le  suprême  Sacrifice  du  Cénacle  et  du  Cal- 
vaire, parce  qu'il  était  Prêtre  et  Victime  à  la 
fois.  Depuis  lors,  la  Croix  sur  laquelle  II  est 
mort  est  restée  un  mémorial,  devant  lequel  on 
tombe  à  genoux  ;  mais  l'Hostie  consacrée  à  l'au- 
tel chaque  matin  nous  livre  dans  sa  réalité  vi- 
vante le  Prêtre  Eternel  immolant  mystiquement 
la  Victime  qui  ne  peut  plus  mourir. 

Celui  que  Marie  a  possédé  dans  son  sein  et  à 
qui  son  Fils-Prêtre  s'est  ensuite  tendrement  ré- 
vélé, je  Le  possède  et  je  Le  connais1.  Celui  qui 
s'est  annoncé  comme  le  pain  de  la  vie  éternelle, 
je  m'en  nourris  2.  Celui  qui,  au  soir  de  sa  vie,  a 

j'ai  le  pouvoir  de  la  donner,  et  j'ai  le  pouvoir  de  la  reprendre.  » 
Jean,  x,  17,  18.  —  C'est  ce  qu'avait  déjà  annoncé  le  prophète 
Isaïe  (lui,  7),  lorsqu'il  disait  :  «  Il  s'est  offert,  parce  qu'il  l'a 
voulu.  »  —  Saint  Thomas  fait  ainsi  ressortir  comment  Jésus 
s'est  livré  volontairement  à  la  mort  :  «  Nous  mourons  comme 
sujets  à  la  mort  par  la  nécessité  ou  de  notre  nature  ou  de  quel- 
que violence  qui  nous  est  faite.  Le  Christ,  au  contraire,  est 
mort  non  par  nécessité,  mais  par  sa  puissance  et  sa  propre 
volonté.  »  (Op.  2,  c.  23o). 

1  «  Je  vous  salue  vrai  corps  né  de  la  Vierge  Marie.  »  Hymne 
de  l'Eglise  (Ave  verum). 

2  «  En  vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis  :  si  vous  ne  mangez  la 


PRÉSENCE    DU    PRÊTRE    ET    DE    LA    VICTIME  149 

institué  le  sacrement  de  son  perpétuel  Sacer- 
doce, je  L'adore  et  Le  contemple  dans  tous  les 
Tabernacles  qui  m'entourent l. 

Partout  où  je  tourne  mes  regards,  j'aperçois 
des  Cénacles  qui  L'abritent  ;  j'entends  les  paroles 
consécratrices  de  la  Cène  se  répercuter  sur  tous 
les  autels  où  II  s'incarne  de  nouveau  ;  je  vois  se 
remplir  des  ciboires  qui  Le  contiennent  ;  j'as- 
siste, dans  le  silence  du  sanctuaire,  à  l'adoration 
des  anges  invisibles  qui  rendent  leurs  hommages 
au  même  Prêtre  Eternel  qu'ils  contemplent  dans 
la  gloire.  Pas  une  Hostie  où  II  ne  demeure  ;  pas 
une  parcelle  qui  ne  Le  contienne  tout  entier  2  ; 

chair  du  Fils  de  l'homme  et  si  vous  ne  buvez  son  sang,  vous 
n'aurez  pas  la  vie  en  vous.  Celui  qui  mange  ma  chair  et  boit 
mon  sang  a  la  vie  éternelle.  »  Jean,  vi,  54,  55. 

1  «  La  foi  catholique  croit  que  les  fidèles  ont  reçu  et  reçoivent 
chaque  jour  le  corps  du  Seigneur,  sans  que  celui-ci  soit  di- 
minué en  quelque  chose  par  la  communion,  sans  même  qu'il 
puisse  être  diminué  alors  que  le  monde  tout  entier  le  recevrait 
au  même  moment.  Et  la  raison  du  prodige  consiste  en  ce  que 
le  corps  du  Christ  n'est  ni  accru  ni  amoindri  par  la  consécra- 
tion d'un  ou  plusieurs  pains  et  leur  transsubstantiation.  Quel 
que  soit  en  effet  le  nombre  des  hosties,  consacrées  et  trans- 
substantiées,  le  corps  du  Christ  n'est  pas  multiplié  ;  il  demeure 
toujours  le  même,  toujours  unique...  Il  reste  toujours  un,  il 
persévère  toujours  dans  son  intégrité  et  sa  perfection.  » 
S.  Thom.,  Op.  58,  c.  9. 

2  «  Le  Christ  est  tout  entier  non  seulement  dans  chacune  des 
hosties,  mais  encore  dans  chacune  des  parties  perceptibles  ou 
sensibles  de  chaque  hostie.  Son  corps  tout  entier,  son  vrai 
corps  immolé  sur  la  croix  se  trouve  très  réellement  et  sub- 
stantiellement dans  l'Hostie.  »  S.  Thom.,  Op.  58,  c.  8. 


l5û      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

pas  un  Sacrifice  qui  ne  renouvelle  celui  du  Cal- 
vaire, et  ne  me  livre,  dans  toute  la  réalité  de  son 
divin  Sacerdoce,  le  Prêtre  qui  s'immole  et  donne 
la  vie  au  monde. 

Je  peux  parcourir  tous  les  pays  de  l'univers  : 
partout  je  rencontrerai  le  Souverain  Prêtre  dres- 
sant sa  tente  au  milieu  des  hommes,  en  compa- 
gnie de  la  divine  Victime  offrant  perpétuellement 
son  Sacrifice. 

Ce  n'est  pas  là  affaire  de  dévotion  :  c'est  une 
réalité  qui  s'impose  ;  c'est  une  vérité,  la  plus  es- 
sentielle de  toutes,  la  plus  consolante  et  la  plus 
sanctifiante.  Si  nous  étions  parfaitement  animés 
de  cet  esprit  de  foi,  l'Eucharistie  nous  apparaî- 
trait un  mystère  vivant  qui  serait  la  plus  grande 
joie  de  notre  exil.  Si  nous  nous  habituions  à  voir 
Jésus,  en  tant  que  Prêtre  au  Très  Saint  Sacre- 
ment, et  à  rendre  à  son  Sacerdoce  les  hommages 
qui  lui  sont  dus,  nous  répondrions  à  son  plus 
ardent  désir  et  nous  donnerions  à  son  amour  la 
vraie  réponse  qu'il  attend  pour  s'être  constitué 
dans  l'Eucharistie  notre  Prêtre  et  notre  Victime. 

Noblesse  oblige.  Vivons  pour  accomplir  le  plus 
beau  et  le  plus  impérieux  de  nos  devoirs. 


A  Jésus,  Prêtre  et  Victime, 

toujours  et  universellement  présent 

dans   l'Eucharistie 


O  Jésus,  mon  divin  Prêtre, 

qui  Vous  êtes  enchaîné  pour  toujours 

dans  votre  prison  d'amour, 

je  m'y  enferme  avec  Vous 

pour  Vous  y  tenir  amoureusement  compagnie. 

O  Jésus,  mon  adorable  Victime, 

qui  par  votre  sacrifice  perpétuel, 

faites  de  tous  les  tabernacles 

autant  de  calvaires 

où  Vous  Vous  immolez, 

je  veux  m'unir  à  votre  amour 

et  partager  vos  immolations. 

La  science  de  votre  Sacerdoce 

et  la  contemplation  de  votre  état  crucifié 

feront  mon  bonheur. 

J'y  puiserai  les  ardeurs  de  mon  amour. 

J'y  apprendrai  à  Vous  aimer 

Vous  seul, 

et  à  m'immoler  à  mon  tour. 

Soyez  mon  Prêtre,  je  serai  votre  hostie. 


CHAPITRE   SIXIÈME 

De  l'action  continuelle  du  Prêtre 

dans  l'Eucharistie, 

maintenant  la  Victime 

dans  son  état  d'immolation 


CHAPITRE    SIXIEME 

De  l'action  continuelle  du  Prêtre 

dans  l'Eucharistie, 

maintenant  la  Victime 

dans  son  état  d'immolation 


«  Comme  il  est  toujours  offert,  il 
est  aussi  le  seul  qui  offre  la  Victime 
par  le  ministère  des  Prêtres.  9 
Conc.  Trent.,  Sess.  22,  c.  2. 

Quoique  Jésus  ait  été  envoyé  comme  Prêtre 
dans  le  monde  uniquement  pour  offrir  son  divin 
Sacrifice  sur  la  Croix,  Il  demeure  néanmoins 
Prêtre  dans  les  siècles  des  siècles.  Il  ne  peut 
rien  perdre  de  son  caractère  sacerdotal,  pas  plus 
que  des  divines  efficacités  de  son  Sacerdoce.  Il 
est  Prêtre  pour  toujours  :  et  parce  que  l'Incar- 
nation Le  constitue  formellement  et  substan- 
tiellement Prêtre  \  et  parce  que,  par  voie  de 
conséquence,  ce  même  Sacerdoce  comporte  une 

1  «  Tu  es  mon  Fils,  je  t'ai  engendré  aujourd'hui...  Tu  es 
Prêtre  pour  toujours  selon  l'ordre  de  Melchisédech.  »  Hébr., 
v,  5,  6. 


l56       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

action  sacerdotale  aussi  nécessaire  que  son  es- 
sence l. 

Un  Prêtre  qui  ne  serait  pas  toujours  Prêtre, 
ne  posséderait  pas  en  Lui-même  la  perfection 
essentielle  du  Sacerdoce.  Un  Prêtre  qui  demeu- 
rerait inactif,  et  ne  serait  pas  ordonné  au  Sacri- 
fice, contredirait  la  notion  même  du  Sacerdoce  2. 

Si  donc  nous  ne  pouvons  dénier  à  Jésus  ni  la 
possession  substantielle  d'un  Sacerdoce  divin, 
ni  les  opérations  non  moins  nécessaires  de  son 
caractère  sacerdotal,  nous  devons  admettre  que 
Jésus  est  Prêtre,  non  d'une  manière  provisoire, 
mais  Prêtre  pour  l'éternité.  De  même,  nous  de- 
vons reconnaître  que  son  Sacerdoce  est  toujours 
en  activité  :  et  parce  que  cela  tient  à  son  essence, 
et  parce  que  la  Victime  qu'il  a  à  sa  garde  et  qu'il 
tient  sans  cesse  dans  un  état  d'oblation  et  de  sa- 
crifice, exige  son  action  directe  et  constante  3. 

1  «  L'essentiel  est  que  nous  avons  un  pontife  qui  s'est  assis  à 
la  droite  du  trône  de  la  majesté  divine  dans  les  cieux...  Mais 
tout  pontife  étant  établi  pour  offrir  des  oblations  et  des  sacri- 
fices, il  est  nécessaire  que  lui  aussi  ait  quelque  chose  à 
offrir.  »  Hébr.,  viii,  l,  3. 

2  «  Tout  pontife  étant  pris  d'entre  les  hommes,  est  établi 
pour  eux,  en  ce  qui  concerne  le  culte  de  Dieu,  afin  qu'il  offre 
des  dons  et  des  sacrifices  pour  les  fléchés.  »  Hébr.,  v,  t. 

3  «  Quoique  la  passion  et  la  mort  du  Christ  ne  doivent  pas 
se  renouveler,  cependant  la  vertu  de  cette  hostie  une  fois 
offerte  subsiste  éternellement.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  5, 
ad  2. 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  l57 

En  considérant  ces  sublimités  du  Sacerdoce 
en  Jésus,  nous  allons  pénétrer  dans  l'essence 
même  de  son  état  eucharistique,  et  nous  allons 
Le  contempler  dans  la  perpétuité  de  son  éternel 
caractère  et  dans  les  efficacités  continues  de  ses 
opérations  sacerdotales.  Nous  devrons  nécessai- 
rement en  acquérir  une  science  plus  complète 
de  Jésus  Prêtre  et  Victime,  et  nous  compren- 
drons, dans  une  nouvelle  lumière,  que  ce  qu'il  y 
a  de  plus  beau,  de  plus  grand,  de  plus  néces- 
saire, de  plus  essentiel  et  de  plus  divinement 
opérant  en  Jésus,  c'est  son  Sacerdoce. 

Dès  lors,  son  Sacerdoce  doit  être  l'objet  prin- 
cipal de  nos  études  et  de  nos  investigations. 
Nous  ne  le  considérerons  pas  d'une  manière 
simplement  abstraite  et  théorique,  mais  nous 
le  ferons  revivre  dans  l'Eucharistie,  nous  ne  le 
séparerons  jamais  de  son  existence  sacramen- 
telle, et  nous  n'aurons  qu'à  croire  à  sa  présence 
au  Très  Saint  Sacrement  pour  immédiatement 
L'adorer  et  L'aimer  comme  Prêtre,  l'unique  Prê- 
tre du  temps  et  l'unique  Prêtre  de  l'éternité. 

I.  —  L'action  directe  et  constante 
du  Prêtre  sur  la  Victime,  dans  l'Eucharistie 

Pour  supposer  une  action  interrompue  et  in- 
termittente du  Souverain  Prêtre  sur  la  Victime, 


l58      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

dans  l'Eucharistie,  il  faudrait  admettre,  ou  que 
l'un  ou  l'autre  cesse  à  un  moment  d'y  exister  et 
brise  ainsi  leurs  relations  essentielles,  ou  que  le 
pouvoir  du  Prêtre,  manquant  de  puissance  et 
d'efficacité,  ait  besoin  de  se  renouveler  pour  en- 
trer de  nouveau  en  exercice. 

Or,  Jésus  a  été  constitué  essentiellement  Prê- 
tre et  Victime  à  l'origine1.  Son  caractère  sacer- 
dotal est  éternel,  son  état  de  Victime  ne  l'est  pas 
moins.  Ils  ne  peuvent  rompre  leurs  relations 
réciproques,  sans  toucher  à  la  nature  de  leur 
propre  existence.  Ce  qui  revient  à  dire  que  Jésus 
est  Prêtre  parce  qu'il  est  Victime,  et  qu'il  est 
Victime  parce  qu'il  est  Prêtre  ;  ou,  en  d'autres 
termes,  que  Jésus  n'est  Prêtre  que  pour  la  Vic- 
time, et  qu'il  n'est  Victime  que  pour  le  Prêtre. 

La  notion  essentielle  du  Sacerdoce  en  Jésus 
ne  se  peut  comprendre  que  par  l'existence  de  la 
mission  qu'il  est  venu  accomplir,  laquelle  est 
l'immolation  de  la  Victime.  En  attendant  le  Sa- 
crifice suprême,  Jésus  exerce  son  Sacerdoce  par 
l'oblation    ininterrompue   de   la   Victime.    Il   ne 

1  «  Le  Christ  dit  en  entrant  dans  le  monde  :  «  Vous  n'avez 
voulu  ni  sacrifice,  ni  oblation,  mais  vous  m'avez  formé  un 
corps.  Alors  j'ai  dit  :  Me  voici,  je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre 
volonté...  C'est  en  vertu  de  cette  volonté  que  nous  sommes 
sanctifiés  par  Yoblation  que  Jésus-Christ  a  faite,  une  fois  pour 
toutes,  de  son  propre  corps.  »  Hébr.,  x,  6,  7,  10. 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  l59 

perd  point  contact  avec  elle,  et  II  la  maintient 
constamment  dans  l'état  dans  lequel  II  l'a  reçue, 
comme  dans  1  état  dans  lequel  II  la  sacrifiera. 

Lorsqu'il  l'aura  immolée,  elle  restera  sa  Vic- 
time et  II  demeurera  son  Prêtre  ;  sinon,  ni  le 
Prêtre  ni  la  Victime  ne  seraient  éternels.  Leur 
essence  étant  de  demeurer  unis,  sans  qu'il  soit 
jamais  rien  changé  à  leur  caractère  réciproque, 
Jésus  sera  encore  et  toujours  Prêtre  et  Victime 
sous  quelque  forme  qu'il  demeure,  rien  en  Lui 
ne  pouvant  subir  une  altération  ou  une  modifi- 
cation quelconque. 

Il  est  donc  absolument  vrai  que,  dans  l'Eucha- 
ristie, Jésus  Prêtre  ne  peut  rester  inactif,  et  que 
son  action  va  droit  à  la  Victime.  Cette  action  est 
directe  et  immédiate,  rien  ne  pouvant  s'inter- 
poser entre  le  Prêtre  et  la  Victime.  C'est  comme 
une  communication  d'essence  à  essence,  sans  la 
moindre  possibilité  d'altération  de  part  et  d'autre. 

II.  —  Le  caractère  de  l'action  sacerdotale 

de  Jésus,  dans  l'Eucharistie,  en  rapport 

avec  l'état  d'immolation   de  la  Victime 

L'action  directe  qu'exerce  Jésus  auprès  de  la 
Victime  dans  l'Eucharistie,  ne  peut  être,  comme 
nous  l'avons  vu,  qu'une  action  sacerdotale,  rien 


l60       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

autre  ne  pouvant  correspondre  à  la  réalité  de  sa 
présence  sacramentelle. 

Cette  action  toutefois,  ne  peut  être  indiffé- 
rente ;  elle  est  imposée  au  Prêtre  par  la  nature 
de  l'état  dans  lequel  se  trouve  la  Victime.  Sans 
revenir  sur  ce  que  nous  avons  déjà  dit,  de  la  na- 
ture des  opérations  sacerdotales  de  Jésus,  qui 
se  tire  de  la  notion  et  de  l'essence  même  du  Sa- 
cerdoce, nous  devons  constater  que  l'état  de  la 
Victime  influe  considérablement  sur  les  déter- 
minations et  les  actions  du  Prêtre. 

Jésus  s'est  fait  Eucharistie  sous  la  forme  du 
Sacrifice.  Le  temps  ne  changera  rien  à  cette  vo- 
lonté formelle  du  divin  Sacrificateur.  Le  Prêtre 
Eternel  n'accomplira  les  mêmes  rites  essentiels, 
par  l'intermédiaire  de  ses  Prêtres,  que  dans  la 
pensée  première  qui  a  présidé  à  l'Institution  du 
Sacrement.  La  Victime  n'y  prendra  naissance 
que  dans  l'état  d'immolation  où  l'a  établie  le  pre- 
mier Sacrifice.  Ceci  appelle  une  action  du  Prêtre 
en  harmonie  avec  l'état  de  la  Victime. 

Si,  par  impossible,  l'action  de  Jésus  comme 
Prêtre  pouvait  s'exercer  sur  la  Victime  simple- 
ment sous  forme  ou  d'adoration,  ou  d'action  de 
grâces,  ou  de  toute  autre  manière,  parce  que 
la  Victime  n'en  réclamerait  point  d'autre,  il  ne 
peut   pas  en  être  ainsi  maintenant,   puisque  la 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  l6l 

Victime  eucharistique  n'existe  que  dans  un  état 
d'immolation  perpétuelle.  Elle  a  donc  recours  à 
son  divin  Sacrificateur  qui  seul  peut  l'immoler 
et  la  maintenir  dans  cet  état. 

L'action  du  Prêtre  sur  elle  est  commandée  par 
son  Sacrifice.  Si  cette  action  disparaissait,  la  na- 
ture de  la  Victime  disparaîtrait  également.  Ce 
serait  l'anéantissement  du  Sacrement.  Nous  ne 
pouvons  donc  concevoir  un  autre  mode  d'action 
du  Souverain  Prêtre  auprès  de  la  divine  Victime 
de  l'Eucharistie,  que  celui  d'une  intervention 
permanente  du  Sacrificateur  offrant  et  immolant 
sa  Victime. 

Cette  considération  est  propre  à  nous  faire 
apprécier  davantage  le  bienfait  de  l'Eucharistie. 
Car,  de  même  qu  il  n'y  a  pas  de  plus  grand 
amour  que  de  donner  sa  vie  pour  ceux  qu'on 
aime,  il  n'y  a  pas  possibilité  d'imaginer  un  mode 
d'existence  eucharistique  qui  parle  plus  d'amour 
et  de  miséricorde  que  celui  qui  nous  donne  en 
permanence  le  Prêtre- Victime  dans  l'exercice  de 
son  Sacrifice  et  de  son  état  d'immolation. 

De  la  Cène,  allons  au  Calvaire  ;  du  Calvaire, 
allons  au  Tabernacle,  approchons-nous  du  Prêtre 
qui  y  réside  et  nous  Le  verrons  offrant  toujours 
la  divine  Victime  de  son  perpétuel  Sacrifice. 

L'amour  que  nous  Lui  aurions  donné  au  ban- 


l62       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS     L'EUCHARISTIE 

quet  du  Cénacle  et  au  pied  de  la  croix,  repor- 
tons-le sur  l'Hostie  de  nos  louanges  et  de  nos 
adorations  *. 

Amour  éternel  à  Jésus  Prêtre  et  Victime  dans 
l'Eucharistie  ! 


III.  —  L'activité  continuelle  du  Sacerdoce 

de  Jésus  dans  l'Eucharistie, 

conséquence  de  l'état  permanent 

du  Prêtre  et  de  la  Victime 


Du  fait  que  l'état  de  Jésus  dans  l'Eucharistie 
est  un  état  de  Sacrifice  qui  ne  sera  jamais  inter- 
rompu jusqu'à  la  fin  du  monde,  cela  suppose 
une  action  sans  cesse  renouvelée  de  son  Sacer- 
doce. 

Lorsque  saint  Pierre  célébra  la  première  Messe, 
—  probablement  au  Cénacle,  —  il  le  fit  par  la 
même  puissance  sacerdotale  que  Jésus  lui  avait 
conférée  et  il  offrit  exactement  le  même  Sacri- 
fice. A  sa  suite,  les  Apôtres  et  tous  les  Prêtres 
du   monde,    agissant    au  nom  de    Jésus   et  par 

1  «  Soyez  donc  des  imitateurs  de  Dieu,  comme  des  en- 
fants bien-aimés...  à  l'exemple  du  Christ  qui  nous  a  aimés 
et  s'est  livré  lui-même  à  Dieu  pour  nous  comme  une  oblation 
d'agréable  odeur.  »  Ephés.,  v,  2. 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  l63 

l'efficacité  de  son  Sacerdoce,  ont  appelé  Jésus 
sur  les  autels  et  L'ont  offert  en  Victime.  La  ré- 
pétition du  rite  sacré,  sous  l'influence  de  leur 
caractère  sacerdotal,  a  opéré  et  opère  tous  les 
jours  les  mêmes  merveilles. 

Jésus  ne  peut  plus  se  soustraire  à  leur  vo- 
lonté ni  enchaîner  leur  puissance  ;  mais  eux  ne 
peuvent  rien  faire  sans  Lui,  et  s'ils  multiplient 
les  victimes  sur  tous  les  autels  du  monde,  c'est 
qu'il  continue  Lui-même,  par  leur  intermédiaire, 
d'exercer  son  propre  Sacerdoce  et  de  maintenir 
l'Hostie  de  son  Sacrifice  dans  la  permanence  de 
sa  présence  eucharistique  *. 

C'est  Lui  qui  parlera  par  ses  Prêtres  ;  c'est 
Lui  qui  leur  communiquera  le  pouvoir  de  Le 
faire  descendre  du  ciel  ;  c'est  Lui  qui  donnera 
à  leur  Sacrifice  son  efficacité  divine  ;  c'est  Lui 
qui  érigera  partout  de  nouveaux  Calvaires  ;  c'est 
Lui  qui  prendra  dans  ses  mains  sacerdotales  la 
Victime  du  salut,  pour  l'offrir  dans  de  perpé- 
tuelles supplications  ;  c'est  Lui  qui  s'enfermera 
dans  sa  prison  d'amour,  pour  y  adorer  en  silence 
son  divin  Père  ;  c'est  Lui  qui  invitera  les  foules 
à  s'approcher  pour  participer  au  banquet  de  la 

1  «  Comme  II  est  toujours  offert,  Il  est  aussi  le  seul  qui  offre 
la  Victime  par  le  ministère  des  Prêtres.  »  Conc.  Trent.,  Sess. 
22,  c.  2. 


164       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l/EUCHARISTIE 

vie  éternelle  ;  c'est  Lui  qui  se  choisira  des  âmes 
privilégiées  pour  Lui  tenir  compagnie  et  la  nuit 
et  le  jour  ;  c'est  Lui  qui  de  son  réduit  solitaire 
éclairera  les  intelligences,  réchauffera  les  cœurs 
et  affermira  les  volontés  ;  c'est  Lui  qui  sans  par- 
ler et  sans  se  mouvoir  dirigera  tous  les  événe- 
ments du  monde  et  gouvernera  l'univers. 

Aidé  de  la  Victime  sainte  qu'il  tient  à  sa  dis- 
position, Il  fera  couler  dans  l'humanité  des  flots 
de  grâces  et  de  pardons.  Il  l'immolera  tous  les 
jours  sur  tous  les  points  du  globe,  et  le  Sacrifice 
du  salut  éternel  ne  sera  jamais  interrompu  dans 
l'exil,  pas  plus  que  le  Sacrifice  de  l'éternelle  glo- 
rification divine  ne  l'est  dans  la  Patrie. 

Ah  !  qu'ils  sont  resplendissants  ces  rites  im- 
mortels qu'accomplit  le  Souverain  Prêtre  !  Qu'ils 
sont  ruisselants  les  autels  du  Sacrifice  où  coule 
sans  cesse  le  sang  de  la  divine  Victime  !  Qu'ils 
sont  mystérieusement  éloquents  ces  Tabernacles 
solitaires  où  se  renferme  le  Prêtre  Eternel,  gar- 
dien de  l'Hostie  de  son  Sacrifice  ! 

Qu'ils  sont  suppliants,  vos  appels,  ô  Jésus, 
notre  Prêtre,  qui  rêvez  de  nous  révéler  les  su- 
blimités de  votre  Sacerdoce  dans  l'Eucharistie  ! 
Qu'elles  sont  attrayantes  les  beautés  que  Vous 
nous  faites  entrevoir,  dans  l'adoration  de  votre 
existence  sacramentelle  !  Qu'ils  sont  divinement 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  l65 

délicieux  ces  colloques  intimes  auxquels  nous 
convie  votre  présence  eucharistique  !  Qu'elles 
sont  consumantes  ces  ardeurs  divines  que  l'a- 
mour de  votre  Sacerdoce  allume  dans  notre 
cœur  !  ' 

La  science  et  l'amour  de  Jésus  Prêtre  et  Vic- 
time dans  l'Eucharistie,  voilà  désormais  la  grande 
passion  de  notre  vie!  Voilà  notre  ciel  sur  terre  ! 

IV.  —  Harmonie  divine 

entre  le  Prêtre  et  la  Victime 

dans  l'Eucharistie 

Pour  avoir  une  juste  intelligence  des  senti- 
ments qui  animent  le  Prêtre  et  la  Victime  dans 
l'Eucharistie,  il  faut  nous  reporter  à  l'origine  de 
leur  entrée  dans  l'humanité  et  considérer  les 
raisons  fondamentales  de  leur  venue. 

Le  Prêtre  n'a  été  envoyé  que  pour  offrir  un 
Sacrifice,  et  II  aime  divinement  la  Victime  qu'il 
est  chargé  d'immoler.  La  Victime  n'a  été  cons- 
tituée qu'en  vue  de   ce   Sacrifice,    et  elle   aime 

1  «  Que  vos  tabernacles,  Seigneur,  sont  aimables.  Mon  âme 
désire  ardemment  être  dans  la  maison  du  Seigneur.  Mon 
cœur  et  ma  chair  brûlent  d'une  ardeur  pleine  de  joie  pour  le 
Dieu  vivant.  Heureux  ceux  qui  demeurent  dans  votre  maison, 
Seigneur  ;  ils  vous  loueront  dans  tous  les  siècles.  »  Ps.  83,  1-5. 


166      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

avec  non  moins  d'ardeur  son  divin  Sacrificateur. 
Leur  amour  se  confond  dans  une  identique  mis- 
sion, et  ils  vivent  l'un  pour  l'autre,  comme  à 
l'heure  du  Sacrifice  ils  s'immoleront  l'un  par 
l'autre,  le  Prêtre  s'emparant  de  la  vie  de  la  Vic- 
time et  la  Victime  entraînant  le  Prêtre  à  mourir 
avec  elle. 

Leur  action  réciproque  de  l'un  sur  l'autre,  est 
l'effet  tout  naturel  de  leur  commune  mission. 
Une  fois  cette  mission  accomplie,  leurs  senti- 
ments d'intime  union  demeurent  ;  et  si  un  nou- 
vel état  survient  où  ils  soient  appelés  à  renou- 
veler leur  commun  Sacrifice,  le  Prêtre  exercera 
avec  le  même  amour  son  autorité  sur  la  Victime 
et  la  Victime  se  prêtera  avec  la  même  tendresse 
à  l'office  du  Sacrificateur.  L'Eucharistie  nous 
assure  donc  le  même  et  perpétuel  échange  de 
charité  divine  entre  le  Prêtre  et  la  Victime.  Tous 
deux  revivront  pour  s'aimer,  et  ils  s'aimeront 
pour  se  sacrifier. 

Ce  qui  ajoute  encore  en  Jésus  à  cet  accord 
substantiel  de  sentiments  et  de  dispositions  en- 
tre le  Prêtre  et  la  Victime,  c'est  le  divin  motif 
pour  lequel  ils  ont  été  constitués  dans  leur  état 
réciproque,  à  savoir  la  glorification  divine  et 
leur  mission  rédemptrice.  Leur  mutuel  amour 
s'est  allumé  au  foyer  de  l'éternelle  charité,  et  il 


ACTION    DU    PRÊTRE    SUR    LA    VICTIME  167 

est  sans  cesse  alimenté  par  la  contemplation  de 
la  gloire  de  Dieu  qu'ils  sont  venus  restaurer 
dans  le  monde.  Cet  amour  ne  connaîtra  pas  plus 
de  limites  que  n'en  a  la  glorification  infinie  de 
Celui  pour  la  gloire  duquel  ils  existent. 

Et  comme  leur  mission  ne  se  peut  réaliser  que 
dans  le  Sacrifice  qui  doit  couronner  leur  amour, 
ils  aspirent  sans  cesse  à  s'immoler.  Ces  désirs 
d'immolation  ravivent  la  charité  qui  les  brûle, 
et  c'est  dans  un  échange  sublime  de  zèle  et 
d'amour  qu'ils  s'offrent  pour  le  salut  du  monde. 

Ces  sentiments  ne  quittent  pas  plus  le  Prêtre 
et  la  Victime  dans  l'état  eucharistique  que  dans 
le  cours  de  leur  vie  terrestre.  S'ils  y  prolongent 
leur  mission,  c'est  encore  pour  la  même  fin  ;  s'ils 
y  renouvellent  leur  Sacrifice,  c'est  toujours  en 
vue  de  la  même  glorification  divine  et  en  faveur 
de  l'humanité.  Aucun  autre  motif  ne  les  y  tient 
enchaînés  ;  mais  ces  chaînes,  qu'ils  se  sont  eux- 
mêmes  forgées,  ils  les  aiment  et  s'en  font  un 
trophée  de  gloire  personnelle  pour  ne  jamais  dé- 
serter la  prison  d'amour  où  ils  se  sont  enfermés. 

Les  siècles  passeront,  mais  le  Prêtre  Eternel, 
qui  s'est  fait  Eucharistie,  parcourra  le  monde  et 
ira  jusqu'aux  extrémités  de  la  terre  pour,  d'ac- 
cord avec  la  divine  Victime,  offrir  le  grand  Sa- 
crifice de  l'amour   et   en  appliquer  les  divines 


l68      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

efficacités  par  sa  présence  perpétuelle  partout  où 
il  y  aura  une  petite  Hostie  pour  L'abriter. 

Harmonie  sublime  d'amour  et  de  sacrifice  prê- 
chant au  monde  la  loi  de  l'éternelle  charité  et 
appelant  les  âmes  à  brûler  des  mêmes  feux  et 
à  se  consumer,  à  leur  tour,  pour  le  Prêtre  fait 
Sacrement  et  pour  la  Victime  qui  y  est  immolée. 

A  Jésus,  Prêtre- Victime  dans  l'Eucharistie, 
gloire,  amour  et  reconnaissance,  sur  la  terre  par 
les  justes  qui  croient  et  qui  souffrent,  au  ciel  par 
les  saints  qui  ont  cru  et  qui  jouissent. 


A  Jésus,  Prêtre  et  Victime, 
vivant  d'amour  mutuel  dans  l'Eucharistie 

O  Jésus, 

divin   Prêtre    Sacrificateur 

de  votre  tendre  Victime, 

et  Victime  amoureusement  livrée 

à  votre  pouvoir  sacerdotal, 

qui  dira  les  sublimes  efjusions 

de  votre  mutuel  amour! 

Vous  vous  aimez, 

parce  que  vous  êtes  nécessaires 

l'un  à  l'autre. 

Vous  êtes  inséparables, 

parce  que  votre  mission  est  unique 

comme  votre  Sacrifice. 

Ah  !  que  ne  puis-je  partager  vos  joies 

et  m'associer  a  vos  peines. 

Votre  Sacerdoce  me  ravit, 

vos  immolations   m'attirent. 

Si  je  ne  puis  me  consumer  d'amour, 

je  serai  au  moins  votre  victime. 

Daignez  m'embraser  des  feux 

qui  vous  brûlent, 

et  m'accorder  la  grâce  de  m'immoler 

pour  vous. 


CHAPITRE    SEPTIÈME 

De  l'amour  dû  à  Jésus 

en  sa   qualité  de   Prêtre 

et  de  Victime  dans  l'Eucharistie 


CHAPITRE     SEPTIEME 


De  l'amour  dû  à  Jésus  en  sa  qualité 

de  Prêtre  et  de  Victime 

dans  l'Eucharistie 


«  Nous  avons  été  sanctifiés  par 
l'oblation  du  corps  de  Jésus-Christ. 
Approchons-nous  de  lui  avec  un 
cœur  sincère.  » 

Hêbr.,  X,  10,  22. 

Jésus  est  venu  pour  révéler  la  charité  divine 
dont  II  est  embrasé  l  et  pour  gagner  notre  cœur  à 
L'aimer  uniquement  et  par-dessus  toute  chose2. 
Personne  ne  peut  avoir  une  intelligence  quel- 
conque du  mystère  de  l'Incarnation  et  de  sa 
mission  rédemptrice  sur  cette  terre,  sans  com- 
prendre qu'il  doit  de  la  reconnaissance  et  de 
l'amour  à  Celui  qui  est  venu  le  sauver3.  Ce  de- 

1  «  Je  suis  venu  jeter  un  feu  sur  la  terre  et  que  veux-je,  si- 
non qu'il  s'allume.  »  Luc,  xn,  49. 

2  «  Voici  le  premier  de  tous  les  commandements  :  Tu  aime- 
ras le  Seigneur  ton  Dieu  de  tout  ton  cœur,  et  de  toute  ton  âme, 
et  de  tout  ton  esprit,  et  de  toute  ta  force.  »  Marc,  xh,  29,  3o. 

3  «  Le  Fils  est  le  Verbe,  non  pas  un  Verbe  quelconque,  mais 
le   Verbe  qui  produit  l'amour.    C'est   la  pensée  de  saint  Au- 


Î74       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

voir  est  le  premier  et  le  plus  essentiel  de  tous  ; 
tous  les  autres  n'auraient  pas  de  valeur  s'ils 
n'étaient  vivifiés  par  celui-là  l. 

Le  catéchisme  nous  apprend  que  c'est  pour 
cela  que  nous  sommes  créés  et  mis  au  monde  2  ; 
la  théologie  nous  enseigne  qu'il  ne  peut  y  avoir 
de  vertu  surnaturelle  sans  qu'elle  soit  informée 
par  l'amour  3.  De  sorte  qu'en  toute  vérité  nous 

gustin  quand  il  dit  (De  Trin.,  1.  9,  c.  10)  :  «  Le  Verbe  que  nous 
nous  efforçons  de  faire  comprendre  est  une  connaissance  unie 
à  l'amour.  »  Le  Fils  n'est  donc  pas  envoyé  dans  le  but  de  per- 
fectionner l'intelligence  de  toutes  les  manières,  mais  dans  le 
dessein  de  la  préparer  à  produire  des  sentiments  d'amour.  » 
S.  Thom.,  I  p.,  q.  43,  a.  5,  ad  2. 

1  «  Quand  je  parlerais  les  langues  des  hommes  et  des  anges, 
si  je  n'ai  pas  la  charité,  je  suis  comme  un  airain  sonnant 
ou  une  cymbale  retentissante.  Et  quand  j'aurais  le  don  de  pro- 
phétie, que  je  pénétrerais  tous  les  mystères  et  que  je  possé- 
derais toutes  les  sciences  ;  quand  j'aurais  même  toute  la  foi 
possible,  jusqu'à  transporter  des  montagnes,  si  je  n'ai  pas  la 
charité,  je  ne  suis  rien.  Et  quand  je  distribuerais  tous  mes 
biens  pour  nourrir  les  pauvres,  quand  je  livrerais  mon  corps 
aux  flammes,  si  je  n'ai  pas  la  charité,  tout  ce'a  ne  me  sert  de 
rien.  »  I  Cor.,  xiii,  i-3. 

2  Saint  Thomas  ne  fait  que  démontrer  cette  vérité  essentielle 
quand  il  dit  :  «  La  fin  de  la  vie  spirituelle,  c'est  cette  union  de 
l'homme  avec  Dieu  qui  est  produite  par  la  charité.  Tout  ce 
qui  regarde  la  vie  spirituelle  tend  à  cela  comme  à  sa  fin.  D'où 
l'Apôtre  dit  (I  Tim.,  i,  5)  :  «  La  fin  des  commandements,  c'est  la 
charité  qui  naît  d'un  cœur  pur,  d'une  bonne  conscience  et  d'une 
foi  sincère.  »  S.  Thom.,  II  II,  q.  44,  a.  1. 

3  «  Comme  il  est  évident  que  c'est  par  la  charité  que  les 
actes  de  toutes  les  autres  vertus  se  rapportent  à  leur  fin  der- 
nière, il  s'ensuit  que  c'est  elle  qui  donne  à  tous  ces  actes  leur 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  175 

ne  pouvons  ni  vivre  d'une  vie  surnaturelle,  ni 
nous  sanctifier,  ni  nous  sauver,  sans  l'amour  l. 

En  outre,  notre  amour  ne  doit  pas  s'adresser 
à  la  Divinité  d'une  manière  confuse  et  indéter- 
minée. Nous  aimons  Dieu,  parce  qu'il  est  l'Etre 
nécessaire,  éternel,  infiniment  parfait,  se  suf- 
fisant pleinement  à  lui-même  2  ;  nous  l'aimons 
parce  qu'il  est  notre  créateur  et  notre  fin  der- 
nière 3  ;  nous  l'aimons  parce  qu'il  s  est  fait  notre 

forme,  et  que  pour  ce  motif  on  l'appelle  la  forme  des  vertus. 
Car  les  vertus  elles-mêmes  ont  la  même  forme  que  leurs  actes.» 
S.  Thom.,  II  II,  q.  23,  a.  8. 

1  «  Si  vous  m'aimez,  observez  mes  commendements...  Celui 
qui  a  mes  commandements  et  les  garde  est  celui  qui  m'aime  ; 
et  celui  qui  m'aime  sera  aimé  par  mon  Père,  et  je  l'aimerai  et 
je  me  manifesterai  à  lui...  Celui  qui  ne  m'aime  pas  ne  gardera 
pas  mes  paroles.  »  Jean,  xiv,  i5,  21,  24. 

A  ces  paroles  du  Maître,  ajoutons  celles  du  disciple,  dans  sa 
première  épître  (iv,  7,  8,  16  ;  v,  3)  :  «  L'amour  pour  Dieu  con- 
siste à  garder  ses  commandements...  La  charité  est  de  Dieu,  et 
quiconque  aime  est  né  de  Dieu,  et  il  connaît  Dieu.  Celui  qui 
n'aime  point  ne  connaît  pas  Dieu  ;  car  Dieu  est  charité...  et 
celui  qui  demeure  dans  la  charité  demeure  en  Dieu,  et  Dieu 
en  lui.  » 

2  «  Dieu  qui  a  fait  le  monde  et  tout  ce  qu'il  renferme,  étant 
le  Seigneur  du  ciel  et  de  la  terre...  n'est  pas  honoré  par  les 
ouvrages  de  la  main  des  hommes,  comme  s'il  avait  besoin  de 
ses  créatures,  lui  qui  donne  à  tous  la  vie,  la  respiration  et 
toutes  choses...  C'est  en  lui  que  nous  avons  la  vie,  le  mouve- 
ment et  l'être.  »  Act.,  xxvii,  24,  25,  28. 

3  «  Il  faut  que  celui  qui  s'approche  de  Dieu  croie  qu'il  existe 
et  qu'il  est  le  rémunérateur  de  ceux  qui  le  cherchent.  »  Hébr., 
xi,  6. 


I76       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

Libérateur  et  qu  il  a  payé  à  notre  place  la  dette 
que  nous  avons  contractée  par  nos  péchés  l. 

Et  ici,  l'objet  de  notre  amour  se  concrète  dans 
la  Personne  de  Jésus,  le  Verbe  incarné  et  le 
Sauveur  du  monde  2.  Il  est  devenu  pour  tous  les 
hommes  la  manifestation  substantielle  de  la  Di- 
vinité 3.  Le  servir  et  L'adorer,  c'est  rendre  à  Dieu 
les  hommages  que  nous  lui  devons.  Il  s'est  dé- 
claré l'envoyé  de  son  Père,  qui,  par  un  excès 
d'amour,  nous  a  livré  son  Fils  4  ;  L'aimer,  c'est 

1  «  Je  vis  dans  la  foi  au  Fils  de  Dieu,  qui  m'a  aimé  et  s'est 
livré  lui-même  pour  moi.  »  Gal.,  ii,  20.  —  «  Nous  savons  que 
nous  sommes  de  Dieu...  que  le  Fils  de  Dieu  est  venu,  et  qu'il 
nous  a  donné  l'intelligence  afin  que  nous  connaissions  le  vrai 
Dieu  et  que  nous  soyons  en  son  vrai  Fils.  C'est  lui  qui  est  le 
vrai  Dieu  et  la  vie  éternelle.  »  I  Jean,  v,  20. 

1  «  Notre  charité  est  grandement  enflammée  par  ce  mystère 
(de  l'Incarnation).  «  Pourquoi  principalement,  dit  saint  Au- 
gustin, Dieu  nous  a-t-il  envoyé  son  Fils,  sinon  pour  nous  mon- 
trer l'amour  qu'il  nous  porte.  Si  nous  ne  l'aimions  pas  aupa- 
ravant, pouvons-nous  ne  pas  lui  rendre  amour  pour  amour  ?  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  1,  a.  2. 

3  «  Dieu,  dans  ces  derniers  temps  nous  a  parlé  par  le  Fils 
qu'il  a  établi  héritier  de  toutes  choses  et  par  lequel  il  a  aussi 
créé  le  monde.  Ce  Fils  qui  est  le  rayonnement  de  sa  gloire, 
V empreinte  de  sa  substance,  et  qui  soutient  toutes  choses  par 
la  puissance  de  sa  parole,  après  avoir  opéré  la  purification  de 
nos  péchés,  s'est  assis  à  la  droite  de  la  majesté  divine  au  plus 
haut  des  cieux.  »  Hébr.,  i,  2,  3. 

*  «  Dieu  a  tellement  aimé  le  monde  qu'il  a  donné  son  Fils 
unique,  afin  que  quiconque  croit  en  lui  ne  périsse  pas,  mais 
qu'il  ait  la  vie  éternelle.  »  Jean,  m,  16. 


AMOUR    DU    A   JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  I77 

aimer  Dieu  en  Lui,  c'est  L'aimer  comme  L'aime 
son  divin  Père  *.  Il  a  hautement  proclamé  que 
l'amour  seul  L'avait  fait  descendre  du  ciel  et 
que  ce  même  amour  Lui  ferait  donner  sa  vie 
pour  nous  2  ;  Lui  rendre  amour  pour  amour,  c'est 
répondre  pleinement  à  ses  divines  avances  et  à 
ses  miséricordes  infinies  3. 

Mais  pour  donner  à  notre  amour  son  véritable 
caractère  et  lui  fournir  un  objet  adéquat  corres- 
pondant à  la  nature  même  de  l'amour  divin,  tel 
que  Jésus  nous  l'a  exprimé,  il  nous  faut  consi- 
dérer les  titres  essentiels  auxquels  Jésus  a  droit 
d'être  aimé  :  ces  titres  ne  sont  autres  que  ceux 
du  Prêtre  et  de  la  Victime.  C'est  en  tant  que 
Prêtre  qu'il  est  venu  et  nous  a  sauvés  ;  c'est  en 
tant  que  Victime  qu'il  a  offert  le  Sacrifice  du 
salut  4. 

1  «  Quiconque  croit  que  Jésus  est  le  Christ  est  né  de  Dieu, 
et  quiconque  aime  celui  qui  a  engendré  aime  aussi  celui  qui 
a  été  engendré.  »  I  Jean,  v,  1. 

2  «  Personne  ne  peut  avoir  un  plus  grand  amour  que  de 
donner  sa  vie  pour  ses  amis.  »  Jean,  xv,  i3.  —  «  Je  suis  le 
bon  pasteur  et  je  donne  ma  vie  pour  mes  brebis.  »  Jean,  x, 
14,  15. 

3  «  Aimons  donc  Dieu,  puisqu'il  nous  a  aimés  le  premier.  » 
I  Jean,  iv,  19. 

4  «  Jésus-Christ,  le  pontife  des  biens  futurs,  étant  venu 
dans  le  monde,  c'est  avec  son  propre  sang  qu'il  est  entré  une 
fois  pour  toutes  dans  le  saint  des  saints,  après  nous  avoir  ac- 
quis une  rédemption  éternelle.  »  Hébr.,  ix,  11,  12. 


I78       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Si  nous  n'aimions  Jésus  sous  ce  double  aspect, 
notre  amour  porterait  presque  à  faux,  du  fait 
que  nous  ne  pouvons  connaître  Jésus  tel  qu'il 
est  et  L'aimer  en  conséquence,  que  dans  la  me- 
sure où  nous  Le  connaissons  et  L'aimons  en  ce 
qui  Le  constitue  essentiellement  :  son  Sacerdoce 
et  son  état  de  Victime  1. 

Tout  autre  amour  peut  être  un  amour  de  sim- 
ple dévotion,  mais  ne  repose  pas  sur  des  bases 
suffisantes  de  vérité.  Tout  au  moins,  il  ne  peut 
être  un  amour  tel  que  Jésus  le  réclame  de 
nous  ;  puisque  c'est  uniquement  par  le  carac- 
tère et  l'exercice  de  son  Sacerdoce  qu  II  a  acquis 
des  droits  spéciaux  et  imprescriptibles  à  notre 
amour. 

En  reportant  dans  l'Eucharistie  tout  l'amour 
de  l'Incarnation,  tout  l'amour  de  la  vie,  de  la 
passion  et  de  la  mort  du  Sauveur,  nous  y  retrou- 
vons tout  l'amour  de  Jésus  Prêtre  et  Victime.  Et 
puisque  c'est  dans  ce  Sacrement  adorable  seul 
que  nous  Le  possédons  en  personne,  c'est  là  que 
nous  devons  L'honorer,  c'est  dans  cette  qualité 
qui  Lui  est  essentielle  que  nous  devons  L'étu- 
dier ;  c'est  à  ce  titre  que  nous  devons  principa- 

1  «  Il  n'y  a  rien  de  plus  puissant  pour  nous  provoquer  à  ai- 
mer Dieu,  que  de  voir  le  Verbe  de  Dieu,  par  qui  tout  a  été  fait, 
assumer  notre  propre  nature  pour  la  réparer,  étant  en  même 
temps  Dieu  et  homme.  »  S.  Thom.,  Op.  3,  c.  5. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  179 

lement  L'aimer  et  venir  puiser  la  charité  qui 
donnera  à  notre  vie  son  véritable  caractère  de 
sainteté. 

Persuadons-nous  que  cet  amour  rendu  à  Jésus 
dans  l'Eucharistie,  en  tant  qu'il  y  est  Prêtre  et 
Victime,  n'est  ni  facultatif  ni  le  caractère  d'une 
perfection  spéciale,  mais  qu'il  est  un  devoir  uni- 
versel et  que  Jésus  l'attend  de  tous. 

I.  —  A  la  présence  permanente 

du  Prêtre  et  de  la  Victime 

dans  l'Eucharistie 

correspond  notre  foi 

Jésus  est  là  !  C'est  de  foi  ;  nous  le  croyons  '. 
Jésus  est  là  comme  Prêtre  ;  nous  en  avons  la 
même  garantie.  Jésus  est  là  comme  Victime  ; 
notre  certitude  est  la  même.  Si  nous  étions  in- 
terrogés sur  ces  vérités,  nous  répondrions  avec 
assurance.  Si  nous  devions  fournir  des  preuves 
de  notre  foi,  nous  en  apporterions  probable- 
ment d'incomplètes  ;  et  cela,  parce  que  nous 
nous  contentons  trop  facilement  de  croire  va- 
guement à  la  présence  sacramentelle  de  Jésus, 

1  «  C'est  un  dogme  donné  aux  chrétiens,  que  le  pain  est 
changé  en  la  chair  du  Christ  et  le  vin  en  son  sang.  »  S.  Thom., 
( La ud 'a  Sion). 


l80       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

sans  réfléchir  à  l'état  pourtant  bien  caractérisé 
dans  lequel  II  s'y  trouve. 

Notre  foi,  pour  être  éclairée,  doit  considérer 
Jésus  tel  qu'il  est  et  approfondir  les  conditions 
essentielles  de  sa  présence.  Nous  ne  possé- 
dons pas  dans  l'Eucharistie  un  Jésus  diminué  et 
amoindri  l.  A  moins  de  L'y  reconnaître  comme 
Prêtre  et  comme  Victime,  nous  nous  forgerions 
une  conception  de  Jésus  qui  ne  correspondrait 
pas  complètement  à  la  réalité.  Mais  cette  foi  ne 
doit  pas  rester  pratiquement  dans  le  vague  et 
l'imprécis  ;  elle  doit  être  agissante,  actuelle,  pro- 
fonde, constante. 

Jésus  y  est  constamment  Prêtre  et  Victime  ; 
Il  y  a  donc  droit  à  être  reconnu  comme  tel.  Nos 
hommages  et  nos  adorations  doivent  porter  ce 
caractère.  Il  nous  faut  penser  à  cette  vérité  in- 
discutable, lorsque  nous  nous  présentons  devant 
Lui  ;  nous  devons  fixer  notre  attention  sur  la 
nature  même  de  ce  mystère  ;  nous  devons  for- 
muler des   actes  précis  de  foi  en  la  présence  sa- 

1  «  Nous  croyons  fermement  et  nous  tenons  pour  vrai  que  le 
vrai  corps  de  Jésus-Christ  existe  sous  ce  Sacrement  d'une  ma- 
nière véritable  et  essentielle,  le  même  numériquement  qu'il 
est  né  de  la  Vierge,  qu'il  a  souffert  sur  la  croix,  qu'il  est  res- 
suscité le  troisième  jour  d'entre  les  morts,  qu'il  est  monté  au 
ciel  et  qu'il  s'est  assis  à  la  droite  du  Père  tout-puissant.  » 
S.  Thom.,  Op.  58,  c.  11. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  l8l 

cerdotale  de  Jésus  l  ;  nous  devons  réfléchir  que 
Jésus  n'y  peut  demeurer  ainsi  que  dans  un  état 
de  véritable  immolation  2. 

A  cette  condition  seule,  les  desseins  de  Jésus, 
en  se  faisant  Sacrement,  produiront  leur  effet 
dans  nos  âmes  et  nous  rendront  des  adorateurs 
tels  qu  II  en  désire.  Cette  foi  intelligente  et  pra- 
tique deviendra  ainsi  le  fondement  et  la  raison 
de  notre  amour. 


II.  —  A  l'amour  immense  de  Jésus 
Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie 
correspond  notre  amour 

Croire  en  Jésus,  c'est  le  principe  ;  aimer  Jésus, 
c'est  la  conséquence.  Il  est  en  effet  difficile  d'ai- 
mer beaucoup  un  être  que  l'on  ne  connaît  qu'im- 
parfaitement3.  C'est  pourquoi  nous  avons  tenu  à 

1  «  La  volonté  ne  peut  se  porter  vers  Dieu  d'un  amour  par- 
fait, si  l'intellect  n'a  pas  en  lui  la  foi  qu'il  doit  avoir.»  S.  Thom., 
II  II,  q.  4,  a.  7,  ad  5. 

2  «  Le  corps  entier  de  Jésus-Christ  est  véritablement  et  sub- 
stantiellement dans  l'Eucharistie  tel  qu'il  fut  immolé  sur  la 
croix,  de  même  qu'il  est  très  vrai  que  l'âme  est  tout  entière 
dans  tout  le  corps  et  dans  chacune  de  ses  parties.  »  S.  Thom., 
Op.  58,  c.  8. 

3  «  On  ne  peut  aimer  ce  qu'on  ne  connaît  pas  ;  Yamour  est  le 
terme  de  la  connaissance.  »  S.  Thom.,  II  II,  q.  27,  a.  4,  ad  1. 


182      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

établir,  dans  le  paragraphe  précédent,  la  réalité 
et  les  raisons  de  notre  foi. 

Toutefois,  de  même  qu'une  connaissance  vague 
de  Jésus  ne  rend  pas  notre  foi  ferme  et  vigou- 
reuse, une  connaissance  froide  et  simplement 
raisonnée  ne  produit  qu'un  amour  imparfait  *. 
Pour  bien  connaître  Jésus  et  L'aimer  comme 
nous  devons  L'aimer,  il  est  donc  indispensable 
d'avoir  de  son  amour  une  science  parfaite. 

Ne   considérer   que  les   actes   de  Jésus,  sans 


1  Quoique  nous  ne  puissions  arriver  au  parfait  amour  de 
Dieu  que  quand  nous  le  verrons  face  à  face  et  le  connaîtrons 
tel  qu'il  est,  comme  s'exprime  saint  Jean  (I  Jean,  m,  2),  le  Doc- 
teur angélique  explique  toutefois  comment  nous  pouvons  ici- 
bas  aimer  Dieu  totalement.  «  Puisque  l'amour,  dit-il,  se  conçoit 
comme  un  milieu  entre  le  sujet  qui  aime  et  l'objet  aimé,  quand 
on  se  demande  si  Dieu  peut  être  aimé  totalement,  cette  ques- 
tion peut  s'entendre  de  trois  manières  :  1°  Le  mot  totalement 
peut  se  rapporter  à  l'objet  aimé.  Dans  ce  sens  on  doit  aimer 
Dieu  totalement,  parce  que  l'homme  doit  aimer  tout  ce  qui 
appartient  à  Dieu.  2°  On  peut  entendre  que  le  mot  totalement 
se  rapporte  au  sujet  qui  aime.  De  la  sorte  on  doit  encore  ai- 
mer Dieu  totalement,  parce  que  l'homme  doit  aimer  Dieu  de 
tout  son  pouvoir,  et  il  doit  rapporter  à  son  amour  tout  ce  qu'il 
possède,  d'après  ces  paroles  de  la  Loi  (Deut.,  vi,  5)  :  «  Vous 
aimerez  le  Seigneur  votre  Dieu  de  tout  votre  cœur.  »  3°  On 
peut  l'entendre  selon  le  rapport  du  sujet  qui  aime  avec  l 'ob- 
jet aimé,  c'est-à-dire  de  façon  que  le  mode  de  celui  qui  aime 
égale  le  mode  de  la  chose  aimée,  ce  qui  ne  peut  avoir  lieu. 
Car,  puisque  chaque  être  est  aimable  en  proportion  de  sa 
bonté,  Dieu,  dont  la  bonté  est  infinie,  est  infiniment  aimable. 
Or,  aucune  créature  ne  peut  aimer  Dieu  infiniment,  parce  que 
dans  la  créature  toute  puissance  naturelle  ou  infuse  est  finie.  » 
S.  Thom.,  II  II,  q.  27,  a.  4. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  1 83 

connaître  l'intention  qui  les  a  inspirés,  serait 
leur  enlever  ce  qui  avant  tout  peut  nous  en  don- 
ner l'intelligence.  Etudier  en  Jésus  ses  divines 
perfections,  sans  les  associer  nécessairement  à 
son  éternelle  charité,  serait  n'en  avoir  qu'une 
science  incomplète.  Adorer  Jésus  dans  ses  mys- 
tères et  laisser  dans  l'ombre  le  motif  détermi- 
nant de  ses  actions  divines,  serait  se  priver  du 
plus  puissant  moyen  de  les  comprendre  et  d'y 
correspondre. 

Or,  l'amour,  en  Jésus,  est  l'esprit  qui  Le  vi- 
vifie et  nous  Le  représente  dans  toute  la  réalité 
et  toute  la  perfection  de  sa  Personne  adorable  *. 
Tant  que  nous  n'avons  pas  pénétré  dans  son 
cœur,  pour  connaître  l'ardeur  de  sa  charité  di- 
vine, nous  nous  condamnons  à  une  ignorance 
forcée  de  ses  perfections  essentielles  et  à  une 
incompréhension  inévitable  de  sa  mission  de 
Prêtre  et  de  Victime  2. 

L'amour  seul,  en  effet,  poussé  à  ses  extrêmes 
limites,  peut  nous  révéler  Jésus  dans  toute  sa 
splendeur  et  sa  beauté.  Ne  pas  le  comprendre, 
serait  un  grand  malheur,   car  ce  serait  ignorer 

1  «  Comme  mon  Père  m'a  aimé,  moi  aussi  je  vous  ai  aimés.  » 
Jean,  xv,  9. 

2  «  Celui  qui  n'aime  point  ne  connaît  pas  Dieu  ;  car  Dieu 
est  charité.  »  I  Jean,  iv,  8. 


I84      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    LEUCHARISTIE 

le  principe  vital  qui  a  fait  de  Jésus  notre  Prêtre 
et  notre  Victime. 

Jésus  est  Prêtre,  et  son  amour  est  un  amour 
essentiellement  sacerdotal.  Jésus  est  Victime, 
et  son  amour  est  un  amour  essentiellement  im- 
molé. La  seule  constatation  de  l'amour  en  Jésus, 
jette  un  jour  lumineux  sur  tout  ce  qu'il  a  dit 
et  tout  ce  qu'il  a  fait.  En  avoir  l'intelligence, 
c'est  comprendre  tout  Jésus,  et  c'est  donner  à 
Jésus,  en  tant  que  Prêtre  et  Victime,  son  véri- 
table et  essentiel  caractère  '. 

Voilà  pourquoi,  en  considérant  l'amour  de 
Jésus  dans  l'Eucharistie,  il  nous  est  plus  facile 
d'avoir  l'intelligence  de  son  Sacerdoce  et  de  son 
Sacrifice.  Nous  sommes  forcés  de  reconnaître 
que  dans  ce  Sacrement  ineffable  II  nous  prouve 
plus  d'amour  encore  que  dans  l'exercice  de  ses 
fonctions  sacerdotales  pendant  sa  vie  et  à  sa 
mort,  par  le  fait  de  cet  état  nouveau  qu'il  a  em- 
brassé et  auquel  II  n'était  pas  tenu,  et  de  la  du- 
rée indéfinie  de  son  existence  sacramentelle. 

Est-il  possible  vraiment  de  considérer  ces  vé- 
rités, de  constater  un  tel  mystérieux  amour  et 
d'en  entrevoir  la  prolongation  jusqu'à  la  fin  du 
monde,  sans  en  être  impressionné  et  sans  éprou- 

1  «  Nous  avons  connu  X amour  de  Dieu  à  notre  égard  en  ce 
qu'il  a  donné  sa  vie  pour  nous.  »  I  Jean,  m,  16. 


AMOUR    DU    A   JÉSUS    PRÊTRE    ET   VICTIME  l85 

ver  un  besoin  intime  de  vouloir  rendre  à  Jésus 
autant  d'amour  qu'il  nous  en  a  donné  !  Nous 
pouvons  ne  pas  nous  croire  appelés  à  faire  de 
grands  sacrifices,  mais  nous  ne  pouvons  pas  ne 
pas  aimer  l.  Nous  pouvons  négliger  bien  des  oeu- 
vres extérieures  de  zèle,  mais  nous  ne  pouvons 
ralentir  les  ardeurs  de  notre  amour  *.  Nous  pou- 
vons ne  pas  exceller  dans  toutes  les  vertus,  mais 
nous  devons  tendre  incessamment  à  un  accrois- 
sement continu  d'amour3.  Nous  pouvons  sacri- 
fier bien  des  dévotions  et  des  formes  diverses 
de  piété,  mais  jamais  nous  n'aurons  le  droit,  et 
sous  aucun  prétexte,  de  diminuer  notre  amour 
au  profit  d'une  spiritualité  quelconque  i. 

Il   n'y    a   qu'un    Jésus,    et   c'est    le  Jésus   de 

1  «  Mais  surtout  ayez  la  charité  qui  est  le  lien  de  la  perfec- 
tion. »  Col.,  m,  14. 

2  «  Veillez,  demeurez  fermes  dans  la  foi,  agissez  courageuse- 
ment, et  fortifiez-vous.  Que  toutes  vos  œuvres  se  fassent  dans 
la  charité.  »  I  Cor.,  xvi,  i3,  14.  —  «  La  charité  du  Christ  nous 
presse.  »  II  Cor.,  vu,  14. 

3  «  Pratiquant  la  vérité  dans  la  charité,  croissons  de  toutes 
manières  en  Jésus-Christ,  notre  chef.  »  Ephés.,  iv,  i5. 

4  «  Marchez  dans  la  charité,  à  l'exemple  du  Christ  qui  nous 
a  aimés  et  s'est  livré  pour  nous.  »  Ephes.,  v,  2.  —  «  Je  de- 
mande à  Dieu  que  votre  charité  croisse  de  plus  en  plus  en 
lumière  et  en  toute  intelligence.  »  Philip.,  i,  9.  —  «  Tout  me 
semble  perte  au  prix  de  Yéminente  science  de  Jésus-Christ 
mon  Sauveur,  pour  l'amour  duquel  je  me  suis  privé  de  toutes 
choses,  les  regardant  comme  du  fumier,  afin  de  gagner  Jésus- 
Christ.  »  Philip.,  iv,  8. 


l86       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

l'amour;  ne  Le  déformons  pas.  Il  n'y  a  qu'un 
Jésus  d'amour,  et  c'est  Jésus  Prêtre  et  Victime  '  ; 
ne  Lui  enlevons  ni  son  caractère  ni  sa  gloire.  Il 
n'y  a  qu'un  Jésus  Prêtre  et  Victime,  et  c'est  le 
Jésus  de  l'Eucharistie2  ;  conservons-Lui  son  au- 
réole et  vivons  dans  les  clartés  lumineuses  de  sa 
présence  d'amour  au  Très  Saint  Sacrement. 

III.  —  A  l'exercice  du  Sacerdoce 

de  Jésus  dans  1  Eucharistie, 

correspond  un  culte  non  moins  essentiel 


La  plus  divine  des  réalités  et  le  plus  sublime 
des  mystères,  après  l'Incarnation  et  la  Rédemp- 
tion, est  sans  contredit,  l'existence  permanente 
de  Jésus  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie. 
Son  Sacerdoce  n'y  est  pas  plus  inactif  que  pen- 
dant sa  vie  passible  et  mortelle  ;  son  Sacrifice  n'y 
est  pas  plus  infructueux  que  dans  son  immola- 

1  «  Je  n'ai  point  prétendu  savoir  autre  chose  parmi  vous  que 
Jésus-Christ,  et  Jésus-Christ  crucifié.  »  I  Cor.,  ii,  2. 

2  «  Le  sacrifice  de  la  loi  nouvelle  institué  par  le  Christ  con- 
tient le  Christ  qui  a  souffert,  non  seulement  comme  sa  signi- 
fication ou  sa  figure,  mais  encore  en  réalité.  Et  c'est  pour  cela 
que  ce  sacrement  qui  contient  réellement  le  Christ  lui-même, 
est  le  complément  de  tous  les  autres  sacrements  dans  lesquels 
on  participe  à  la  vertu  du  Christ.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  75,  a.  1. 


AMOUR    DU    A   JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  18/ 

tion  sur  la  Croix.  Rien  n'a  disparu  en  Lui  de 
ce  qui  Le  constitue  dans  son  état  d'Homme- 
Dieu. 

De  ce  qu'il  ne  peut  plus  souffrir  et  mourir,  il 
ne  s'ensuit  point  que  son  Sacerdoce  n'existe  plus 
et  qu'il  n'a  plus  d'occasion  de  l'exercer.  Sous 
une  forme  nouvelle  mais  réelle,  Il  demeure  le 
Prêtre  Eternel  possédant  un  Sacerdoce  qui  est 
Lui-même  et  qui  est  sa  vie  dans  les  siècles  des 
siècles.  Il  reste  le  gardien  et  le  Sacrificateur  de 
la  même  Victime  qui  partage  sa  gloire  dans  la 
Béatitude. 

L'office  de  son  Sacerdoce  dans  1  Eucharistie 
est  un  office  constant  et  toujours  actuel.  Il  n'y 
fait  rien  autre  que  ce  qui  ressort  de  son  carac- 
tère sacerdotal.  Ce  qu'il  a  fait  en  sauvant  le 
monde,  Il  le  continue  dans  le  silence  du  Ta- 
bernacle l.  La  vie,  dont  II  est  l'essence  -  et  qui 
L'anime  comme  Prêtre,  Il  la  dispense  dans  la 
mort  apparente  du  Sacrement3.  La  grâce  qu'il 
tire  de  l'état  de  sacrifice   de  sa  Victime,  Il   en 

1  «  Parce  qu'il  demeure  éternellement,  il  possède  un  sacer- 
doce éternel.  De  là  vient  qu'il  peut  toujours  sauver  ceux  qui 
s'approchent  de  Dieu  par  son  entremise,  puisqu'il  est  toujours 
vivant  afin  d'intercéder  pour  nous.  »   Hébr.,  vu,  24,  25. 

2  «  En  lui  était  la  vie  et  la  vie  était  la  lumière  des  hommes.» 
Jean,  i,  4.  —  «  Comme  le  Père  a  la  vie  en  lui-même,  ainsi  il  a 
donné  au  Fils  d'avoir  la  vie  en  lui-même.  »  Jean,  v,  26. 

3  «  Le  Fils  donne  la  vie  à  qui  il  veut.  »  Ibid.,  21. 


l88       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eL'CHARISTIE 

rend  participants  tous  ceux  pour  lesquels  II  se 
renferme  dans  l'Hostie1. 

C'est  donc  en  toute  réalité  que  Jésus  Prêtre  et 
Victime  demeure  avec  nous.  C'est  à  son  Sacer- 
doce que  nous  devons  la  Victime  ;  c'est  à  leur 
amour,  à  tous  deux,  que  nous  devons  la  perpé- 
tuité de  leur  présence. 

Comment,  dès  lors,  oublier  une  semblable 
vérité  ?  Comment  ne  voir  en  l'Eucharistie  que 
Jésus  purement  et  simplement,  sans  voir  en  Lui 
le  Prêtre  qui  continue  de  sauver  le  monde? 
Serions-nous  justifiables,  après  la  connaissance 
d'une  réalité  divine  si  frappante,  de  laisser  plus 
longtemps  dans  l'ombre  cet  ineffable  mystère  ? 
Non  seulement  Jésus  veut  que  nous  L'honorions 
et  L'aimions  comme  Prêtre  au  Très  Saint  Sacre- 
ment, mais   II   veut  prendre   dans   notre  vie  la 

1  «  Il  est  évident  que  le  Christ  nous  a  délivrés  de  nos  péchés 
surtout  par  sa  passion,  non  seulement  d'une  manière  efficiente 
et  méritoire,  mais  encore  satisfactoire.  De  même,  c'est  aussi 
par  sa  passion  qu'il  a  commencé  le  culte  de  la  religion  chré- 
tienne, s'offrant  lui-même  à  Dieu  comme  oblation  et  victime, 
selon  l'expression  de  saint  Paul  (Ephés.,  v,  2).  D'où  il  est  évi- 
dent que  les  sacrements  de  l'Eglise  tirent  spécialement  leur 
vertu  de  la  passion  du  Christ,  dont  la  vertu  nous  est  unie 
d'une  certaine  manière  par  la  réception  des  sacrements.  C'est 
en  signe  de  cela  que  du  côté  du  Christ  attaché  sur  la  croix  sont 
sortis  l'eau  et  le  sang  ;  dont  l'un  appartient  au  baptême  et 
l'autre  à  l' Eucharistie,  qui  sont  les  principaux  sacrements.  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  62,  a.  5. 


AMOUR    DU    A    JESUS    PRETRE    ET    VICTIME  109 

place  que  son  Sacerdoce  occupait  dans  la  sienne. 

Jésus  avait  un  culte  pour  tout  ce  qu'il  avait 
reçu  de  son  divin  Père.  Son  Sacerdoce  tenait  la 
première  place,  parce  qu'il  était  la  manifestation 
de  la  volonté  divine  et  le  moyen  essentiel  d'ac- 
complir sa  mission  '.  Il  lui  porte  encore  le  même 
respect  et  II  s'en  sert  constamment  pour  se  mul- 
tiplier et  s'offrir  en  Sacrifice  dans  toutes  les  par- 
ties du  monde. 

N'y  aurait-il  que  nous,  les  principaux  inté- 
ressés, à  ne  pas  le  comprendre  et  à  ne  pas  Lui 
offrir  un  culte  qu'il  réclame  si  impérieusement  ! 
Voilà  notre  devoir  essentiel  ;  devoir  qui  doit  se 
traduire  dans  nos  rapports  avec  Jésus-Eucha- 
ristie, par  une  foi  profonde,  un  amour  généreux, 
une  méditation  assidue  de  son  existence  sacer- 
dotale et  des  hommages  incessants  rendus  di- 
rectement et  explicitement  à  son  caractère  sacré 
de  Prêtre  et  de  Victime  "2. 

1  «  Ce  Sacerdoce  n'a  pas  été  établi  sans  serment,  Dieu  lui 
ayant  dit  :  «  Le  Seigneur  l'a  juré,  et  il  ne  s'en  repentira  pas, 
vous  êtes  Prêtre  pour  l'éternité...  La  parole  de  Dieu,  confirmée 
par  le  serment,  établit  Prêtre  pour  toujours  son  Fils  qui  est 
parfait.  »  Hébr.,  vu,  20,  21,  28. 

2  «  L'Agneau  qui  a  été  immolé  est  digne  de  recevoir  la  puis- 
sance, la  divinité,  la  sagesse,  la  force,  l'honneur,  la  gloire  et  la 
bénédiction...  Et  toutes  les  créatures  qui  sont  dans  le  ciel,  sur 
la  terre...  je  les  entendis  qui  disaient  :  A  Celui  qui  est  assis 
sur  le  trône,  et  à  X Agneau,  louange,  honneur,  gloire  et  puis- 
sance dans  les  siècles  des  siècles.  »  Apoc,  v,  12,  i3. 


190       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Pour  l'honneur  de  notre  Souverain  Prêtre, 
par  reconnaissance  pour  sa  présence  sacramen- 
telle, et  par  pur  amour  de  sa  gloire,  supplions-Le 
de  se  révéler  dans  son  Eglise,  d'attirer  les  âmes 
à  son  Sacerdoce  et  de  donner  à  la  dévotion  uni- 
verselle à  son  Eucharistie  le  caractère  d'un  culte 
solennel  rendu  à  sa  Personne  de  Souverain  Prê- 
tre et  de  Pontife  éternel. 

Ce  culte  tient  tellement  à  l'essence  des  devoirs 
dus  à  Jésus  dans  son  caractère  sacerdotal  en 
l'Eucharistie,  que  nous  ne  craignons  pas  de  dire 
que  l'humanité  est  en  retard  et  qu'il  reste  en 
Jésus  des  droits  souverains  qu'elle  n'a  pas  suffi- 
samment reconnus. 

Unissons-nous  tous  dans  une  commune  et  ar- 
dente prière  pour  hâter  l'avènement  du  règne 
eucharistico-sacerdotal  de  Jésus  ;  et  soyons  les 
premiers  à  répondre  à  ces  desseins  miséricor- 
dieux du  Prêtre  Eternel. 

IV.  —  A  l'offrande  sans  cesse  renouvelée 

de  la  Victime  dans  l'Eucharistie, 

correspond   notre  amour  crucifié 

L'offrande  perpétuelle  que  la  divine  Victime 
fait  d'elle-même,  par  les  mains  du  Souverain 
Prêtre,  dans  l'Eucharistie,  est  un  enseignement 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  ICI 

constant  de  l'amour  qu'elle  nous  porte.  Son 
offrande,  sans  doute,  n'a  pas  un  caractère  san- 
glant ;  mais  ce  n'est  là  qu'une  forme  de  l'amour, 
sans  en  être  une  nécessité  essentielle.  De  sorte 
que  Jésus-Victime  est  tout  aussi  aimant  dans 
l'Eucharistie  qu'il  l'était  sur  la  cfoîx. 

Son  existence  sacramentelle,  toutefois,  sans 
rien  ajouter  à  l'essence  de  son  Sacrifice,  nous 
Le  livre  dans  un  état  perpétuel  d'immolation 
qui,  par  sa  durée  et  son  universalité,  prend  un 
langage  spécial  d  amour  crucifié.  La  Victime 
force  en  quelque  sorte  le  Prêtre  à  demeurer  à 
ses  côtés  et  à  la  maintenir  dans  son  état  immolé. 

Ce  qu'elle  fit  sur  la  Croix,  elle  le  renouvelle 
sans  cesse  ;  et  il  ne  se  célèbre  pas  une  messe 
sur  toute  la  surface  du  globe,  sans  qu'elle  inter- 
vienne aussitôt  pour  obéir  à  son  Prêtre  et  se 
faire  l'Hostie  de  son  Sacrifice. 

Cet  amour  qui  la  pousse  à  1  immolation  n'est 
pas  souffrant,  puisque,  en  tant  que  Victime  glo- 
rifiée, elle  ne  peut  plus  souffrir,  mais  il  en  a  tous 
les  caractères  apparents  ;  et  si  la  foi  ne  nous  en- 
seignait que  Jésus  Prêtre  et  Victime  est  aussi 
glorieux  dans  l'Eucharistie  qu'il  l'est  au  ciel  ', 

1  «  C'est  le  vrai  corps  glorieux  de  Jésus-Christ  qui  est  sous 
l'espèce  sacramentelle.  Bien  que  sensiblement  il  ne  nous  ap- 
paraisse pas  tel,  nous  ne  devons  pourtant  pas  croire  avec  moins 
de  certitude  qu'il  en  est  ainsi.  »  S.  Thom.,  Op.  58,  c.  4. 


192      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

nous  croirions  à  un  état  de  souffrance,  en  voyant 
ces  apparenees  d'humiliation  et  de  mort  dont 
s'enveloppe  notre  divine  Victime. 

Il  suffit  pour  nous  que  ce  soit  la  forme  qu'elle 
daigne  donner  à  son  amour,  pour  y  puiser  les 
leçons  de  sacrifice  qu'elle  nous  y  enseigne.  Evi- 
demment, nous  ne  pouvons  aimer  Jésus-Victime 
autrement  qu'il  nous  a  aimés  Lui-même  et  qu'il 
nous  aimera  dans  l'Eucharistie  jusqu'à  la  fin  des 
temps. 

Nous  sommes  tenus  de  L'aimer,  et  cela  fait 
notre  bonheur  ;  mais  nous  ne  devons  pas  crain- 
dre de  souffrir  pour  Lui  prouver  notre  amour  *. 
Autrement  notre  amour  ne  ressemblant  pas  au 
sien,  nous  ne  serions  point  à  l'unisson,  et  l'union 
d'intimité  qui  doit  s'établir  entre  Lui  et  nous  ne 
pourrait  pas  se  faire. 

C'est  là  malheureusement  ce  qui  se  rencontre 
trop  souvent  dans  la  vie  spirituelle.  On  voudrait 
bien  aimer,  à  condition  de  n'avoir  pas  à  faire  de 
grands  sacrifices.  On  choisirait  volontiers  les 
roses  sans  les  épines  ;  on  se  ferait  gaiement  à 
une  vie  pieuse  toute  de  douceur,  à  condition 
d'en  écarter  les  peines  et  les  trop  grands  efforts. 
De  ces  prétendus  dévots,  Jésus  n'en  a  que  faire, 

1  «  N'aimons  pas  de  parole  et  de  langue,  mais  par  les  œuvres 
et  en  vérité.  »  I  Jean,  ih,  18. 


AMOUR    DU    A   JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  10,3 

parce  qu'il  ne  peut  rien  en  tirer  pour  les  con- 
duire à  la  sainteté  l. 

Avouons  que  c'est  humiliant  pour  Jésus  Vic- 
time de  se  voir  entouré  de  semblables  adora- 
teurs, qui  prétendent  au  fond  ne  cueillir  que  des 
fleurs  sur  la  route  du  Calvaire,  et  qui  ne  savent 
vibrer  sous  l'influence  de  l'amour  qui  souffle  de 
tous  les  Tabernacles  où  II  se  tient  enfermé. 

Nous  au  moins  comprenons  que  l'amour  d'une 
Victime  ne  peut  être  qu'un  amour  tout  pétri  de 
sacrifices,  et  que  le  seul  amour  qui  lui  con- 
vienne, en  retour,  est  un  amour  crucifié  2.  Res- 
semblons à  la  divine  Victime  sans  cesse  immolée 
au  Sacrement  de  l'Eucharistie,  et  ayons  le  cou- 
rage de  nous  offrir  avec  elle  au  glaive  du  Prêtre 
Sacrificateur  pour  qu'il  nous  confonde  dans  un 
même  Sacrifice3. 

1  «  Le  royaume  des  cieux  souffre  violence,  et  les  violents  le 
ravissent.  »  Mat.,  xi,  12. 

2  «  Si  quelqu'un  veut  venir  après  moi,  qu'il  se  renonce  soi- 
même,  qu'il  prenne  sa  croix  et  qu'il  me  suive.  Car  celui  qui 
voudra  sauver  sa  vie  la  perdra,  et  celui  qui  perdra  sa  vie  pour 
l'amour  de  moi  la  retrouvera.  »  Mat.,  xvi,  24,  25. 

3  «  Si  donc  vous  êtes  ressuscites  avec  Jésus-Christ,  recher- 
chez les  choses  du  ciel  ;  n'ayez  de  goût  que  pour  les  choses  du 
ciel,  et  non  pour  celles  de  la  terre,  car  vous  êtes  morts  et  votre 
vie  est  cachée  en  Dieu  avec  Jésus-Christ.  »  Col.,  m,  1-3.  — 
«  J'ai  un  ardent  désir  d'être  dégagé  des  liens  du  corps  et  d'être 
avec  Jésus-Christ.  »  Phil.,  i,  23, 


194      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Nous  voulons  aimer  Jésus  Prêtre  et  Victime 
au  Très  Saint  Sacrement.  Tout  nous  y  invite  et 
tout  nous  le  commande.  Prenons-en  les  vrais 
moyens  :  aimons  en  souffrant  et  souffrons  en 
aimant.  Que  le  Cénacle,  d'où  s'acheminent  les 
âmes  aimantes  vers  le  sacrifice,  nous  devienne 
un  foyer  d'amour  !  Que  la  croix  sur  laquelle 
meurent  les  victimes,  soit  la  consommation  de 
notre  amour  ! 


V.  —  L'amour  de  Dieu  le  Père 

pour  soi?  Fils 

toujours  Prêtre  et  toujours  Victime 

dans  l'Eucharistie 


Jésus  a  trois  phases  d'existence  également  ado- 
rables. L'une,  comme  Verbe  de  Dieu,  dans  le 
sein  de  la  Trinité  sainte  '  ;  la  seconde,  comme 
Verbe  incarné  dans  l'humanité  2  ;  la  troisième, 
comme  Homme-Dieu  dans  la  gloire  et  dans  l'Eu- 
charistie 3. 

1  «  Au  commencement  était  le  Verbe,  et  le  Verbe  était  en 
Dieu,  et  le  Verbe  était  Dieu.  »  Jean,  i,  i. 

2  «  Le  Verbe  s'est  fait  chair,  et  II  a  habité  parmi  nous.  » 
Ibid.,  14. 

3  «  Après  avoir  offert  un  seul  sacrifice  pour  les  péchés,  il  est 
assis  pour  toujours  à  la  droite  de  Dieu.  »  Hébr.,  x,  12. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  195 

De  toute  éternité,  Il  a  été  pour  le  Père,  dont  II 
était  la  splendeur  incréée  *,  1  objet  de  ses  éter- 
nelles complaisances.  Sur  la  terre,  pendant  sa 
vie  mortelle,  Il  n'a  cessé  d'être  le  Bien-Aimé  du 
Père,  et  c'est  dans  sa  condition  de  Prêtre  et  de 
Victime  que  Dieu  a  contemplé  son  Fils  pour  s'y 
complaire  ineffablement  -.  Dans  la  gloire,  où  II 
est  éternellement  glorifié,  comme  dans  l'Eucha- 
ristie où  II  est  perpétuellement  immolé,  Jésus 
demeure  l'objet  de  la  tendresse  infinie  de  son  di- 
vin Père,  qui  voit  en  Lui  le  Prêtre  qui  l'a  glo- 
rifié et  la  Victime  qui  lui  a  rendu  l'humanité 
purifiée  3. 

1  Hébr.,  i,  3. 

2  «  Or  Jésus  ayant  été  baptisé,  sortit  aussitôt  de  l'eau  ;  et 
voilà  que  les  cieux  s'ouvrirent,  et  il  vit  l'Esprit  de  Dieu  des- 
cendant en  forme  de  colombe  et  venant  sur  lui.  Et  une  voix  se 
fit  entendre  du  ciel,  qui  disait  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils  bien- 
aimé,  dans  lequel  j'ai  mis  mes  complaisances.-»  Mat.,  m,  16, 17. 
—  «  Nous  vous  avons  fait  connaître  la  puissance  et  l'avènement 
de  Notre  Seigneur  Jésus-Christ  en  témoins  oculaires  de  sa 
majesté.  En  effet,  il  reçut  de  Dieu  le  Père  honneur  et  gloire, 
lorsque  du  sein  d'une  nuée  lumineuse  une  voix  se  fit  entendre 
qui  disait  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils  bien-aimé  en  qui  j'ai  mis 
toutes  mes  complaisances  ;  écoutez-le.  Et  nous  entendîmes 
nous-mêmes  cette  voix  qui  venait  du  ciel,  lorsque  nous  étions 
avec  lui  sur  la  montagne  sainte.  »  II  Pier.,  i,  16-18. 

3  «  Mon  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre  Fils,  afin  que 
votre  Fils  vous  glorifie.  Je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre  ;  j'ai 
achevé  l'oeuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire.  Et  maintenant, 
ô  vous,  Père,  glorifiez-moi  en  vous-même  de  cette  gloire  que 
j'ai  eue  en  vous  avant  que  le  monde  fût.  »  Jean,  xvii,  1,  4,  5. 


I96       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

Du  ciel,  Dieu  le  Père  descend  dans  l'Eucha- 
ristie, et  de  l'Eucharistie  remonte  au  ciel,  pour 
y  contempler  le  Prêtre  qu'il  nous  a  donné  et  à 
qui  il  doit  la  glorification  suprême  que  lui  a  ob- 
tenue son  Fils  incarné. 

Tout  ce  que  contient  d'amour  éternel  le  cœur 
d'un  Dieu,  s'épanche  sans  cesse  sur  ce  Fils  de 
ses  éternelles  complaisances,  dont  toute  la  vie 
s'est  consumée  pour  l'aimer  et  accomplir  sa  vo- 
lonté l.  En  Le  voyant  encore  humilié  et  dans  un 
état  de  perpétuelle  adoration  devant  lui,  pour 
lui  rendre,  au  nom  de  l'humanité  qu'il  repré- 
sente, les  devoirs  et  les  louanges  qui  lui  sont 
dus,  son  cœur  s'émeut,  et  si  en  Dieu  l'amour 
pouvait  s'accroître,  de  quelle  charité  nouvelle  le 
Jésus  de  l'Eucharistie  ne  serait-Il  pas  l'objet. 

Lorsque  l'on  considère  la  multitude  presque 
infinie  d'Hosties  qui  remplissent  les  ciboires,  et 
dans  lesquelles  Dieu  reconnaît  son  Fils  Prêtre 
et  Victime,  qui  peut  imaginer  les  flots  de  charité 
divine  qui  coulent  sur  la  terre  pour  en  submer- 
ger tous  les  Tabernacles  du  monde. 

Si  les  hommes  oublient  de  rendre  leurs  hom- 

1  «  Je  suis  descendu  du  ciel  pour  faire,  non  ma  volonté,  mais 
la  volonté  de  celui  qui  m'a  envoyé.  »  Jean,  vi,  38.  —  «  Ma 
nourriture  est  de  faire  la  volonté  de  celui  qui  m'a  envoyé  et 
d'accomplir  son  œuvre.  »  Ibid.,  iv,  Z\. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  197 

mages  et  d'offrir  leur  amour  au  Dieu  du  Sacre- 
ment, Jésus  trouve  de  sublimes  et  infinies  com- 
pensations dans  l'amour  ineffable  que  Lui  porte 
son  Père.  Il  s'en  sait  souverainement  aimé,  et 
cela  Le  console  *.  A  son  tour,  Il  rend  à  son  Père 
le  même  amour  qu'il  Lui  porte  de  toute  éternité. 
Et  ces  deux  amours  divins  font  de  l'Eucharistie 
le  ciel  de  la  terre  2. 

Ne  voulons-nous  pas  y  vivre  nous-mêmes, 
puisque  l'exemple  de  Dieu  le  Père  est  pour  nous 
la  mesure  de  l'amour  qui  doit  remplir  notre 
cœur  envers  ce  Fils  Bien-Aimé,  le  Prêtre-Vic- 
time qui  nous  appartient  dans  l'Eucharistie  ? 

«  Je  vous  ai  aimés,  nous  dit  Jésus,  comme 
mon  Père  m'a  aimé...  3  Celui  qui  m'aime,  je  l'ai- 
merai...4 Et  mon  Père  vous  aime,  parce  que 
vous  m'aimez  5.  »  Triple  amour,  dont  Jésus  est 
le  centre  et  le  gage  éternel  ! 6 

1  «  Le  Père  aime  le  Fils  et  lui  a  mis  toutes  choses  entre  les 
mains.  »  Jean,  m,  35.  —  «  Mon  Père,  vous  m'avez  aimé  avant 
la  création  du  monde.  »  Jean,  xvii,  24. 

2  «  Mon  Père  et  moi  nous  sommes  une  seule  chose...  Mon 
Père  est  en  moi  et  moi  dans  mon  Père.  »  Jean,  x,  3o,  38.  — 
«  Afin  que  le  monde  sache  que  j'aime  mon  Père,  allons.  » 
Jean,  xiv,  3i. 

3  Jean,  xv,  9. 

4  Jean,  xiv,  21. 

5  Jean,  xvi,  27. 

6  «  Mon  Père  vous  aime,  parce  que  vous  avez  cru  que  je  suis 
sorti  de  Dieu.  Je  suis  sorti  de  mon  Père,  et  je  suis  venu  dans 


JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 


VI.  —  L'amour  spécial  du  Prêtre 

pour  Jésus  Prêtre  et  Victime 

dans   l'Eucharistie 

S'il  en  est  qui  sont  tenus  plus  que  tous  les 
autres  d'aimer  Jésus  Prêtre  et  Victime  dans 
l'Eucharistie,  ce  sont  à  n'en  pas  douter  ceux 
qu'il  a  faits  participants  de  son  propre  Sacer- 
doce *  et  à  qui  II  a  confié  la  même  sublime  mis- 
sion de  glorification  divine  2  et  de  salut  des 
âmes  3. 

le  inonde  ;  maintenant  je  quitte  le  monde  et  je  retourne  à 
mon  Père.  »  Jean,  xvi,  27,  28.  —  «  Je  suis  en  eux  et  vous  en 
moi,  a6n  qu'ils  soient  consommés  dans  l'unité,  et  que  le 
monde  connaisse  que  vous  m'avez  envoyé  et  que  vous  les  avez 
aimés  comme  vous  m'avez  aimé.  »  Jean,  xvii,  23. 

1  «  Vous  êtes  mes  amis.  Je  ne  vous  appellerai  plus  serviteurs, 
parce  que  le  serviteur  ignore  ce  que  fait  son  maître  ;  mais  je 
vous  ai  appelés  mes  amis,  parce  que  je  vous  ai  fait  connaître 
tout  ce  que  j'ai  appris  de  mon  Père.  Ce  n'est  pas  vous  qui 
m'avez  choisi,  mais  c'est  moi  qui  vous  ai  choisis  et  qui  vous 
ai  établis,  afin  que  vous  alliez  et  que  vous  portiez  du  fruit,  et 
que  votre  fruit  demeure,  et  que  mon  Père  vous  donne  tout  ce 
que  vous  lui  demanderez  en  mon  nom.  »  Jean,  xv,  14-16. 

2  «  C'est  la  gloire  de  mon  Père  que  vous  portiez  beaucoup 
de  fruit  et  que  vous  deveniez  mes  disciples.  »  Jean,  xv,  8. 

3  «  Comme  mon  Père  m'a  envoyé,  ainsi  je  vous  envoie.  » 
Jean,  xx,  21.  —  «  Allez,  enseignez  toutes  les  nations.  »  Mat., 
xxviii,  19. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  I99 

Par  le  seul  fait  de  leur  onction  sacerdotale, 
les  Prêtres  sont  devenus  comme  des  réservoirs 
de  charité  divine  '.  C'est  l'amour  de  Jésus  qui  les 
a  faits  Prêtres  et  qui  s'est  communiqué  à  eux 
dans  une  plénitude  mystérieuse  en  rapport  avec 
la  sublimité  de  leur  Sacerdoce  et  la  grandeur  de 
leur  mission. 

Ils  sont  devenus  les  hérauts  de  l'amour2,  et  à 
l'exemple  de  leur  Maître,  ils  opéreront  des  mer- 
veilles de  salut  et  de  sainteté,  s'ils  ont  soin  de 
demeurer  constamment  en  contact  avec  Celui 
qui  est  la  source,  la  grâce  et  la  fécondité  de  leur 
Sacerdoce  3. 

Ce  n'est  pas  par  intermittence  et  dans  des  cir- 

1  «  Mon  Père,  je  veux  que  là  où  je  suis,  ceux  que  vous  m'avez 
donnés  soient  aussi  avec  moi.  Je  leur  ai  fait  connaître  votre 
nom,  et  je  le  leur  ferai  connaître,  afin  que  l'amour  dont 
vous  m'avez  aimé  soit  en  eux,  et  que  je  sois  moi-même  en 
eux.  »  Jean,  xvii,  24,  26. 

2  «  Demeurez  dans  mon  amour.  Si  vous  gardez  mes  com- 
mandements, vous  demeurerez  dans  mon  amour,  comme  j'ai 
moi-même  gardé  les  commandements  de  mon  Père  et  que  je 
demeure  dans  son  amour.  »  Jean,  xv,  9,  10. 

Ne  pourrait-on  pas  appliquer  aux  Prêtres  du  Seigneur  ce  qui 
est  dit  dans  l'Epître  aux  Hébreux  (1,  7),  en  parlant  des  anges  : 
«  Dieu  a  fait  de  ses  ministres  des  flammes  de  feu.  » 

3  «  Demeurez  en  moi  et  moi  en  vous.  Comme  le  sarment  ne 
peut  de  lui-même  porter  de  fruit,  s'il  ne  demeure  uni  à  la  vigne, 
ainsi  vous  ne  le  pouvez  non  plus,  si  vous  ne  demeurez  en  moi. 
Je  suis  la  vigne  et  vous  êtes  les  branches.  Celui  qui  demeure 
en  moi  et  en  qui  je  demeure,  porte  beaucoup  de  fruit,  car  sans 
moi  vous  ne  pouvez  rien  faire.  »  Jean,  xv,  4,  5. 


200      JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

constances  exceptionnelles  que  le  Prêtre  doit 
recourir  à  Jésus,  mais  c'est  d'une  manière  habi- 
tuelle. Ce  n'est  pas  davantage  par  un  simple 
mouvement  de  raison  qu'il  doit  se  rapprocher 
de  Lui  et  y  puiser  les  grâces  nécessaires  à  son 
ministère,  mais  c'est  par  un  besoin  du  cœur. 

Si  Jésus  l'attire,  parce  que  son  amour  le  porte 
sans  cesse  à  se  communiquer  à  lui,  Il  se  plaît 
également  à  être  attiré  vers  lui  afin  de  satisfaire 
aux  ardeurs  du  cœur  sacerdotal  de  son  Prêtre. 

Rien  n'est  plus  de  nature  à  toucher  le  cœur 
de  Jésus,  que  de  se  sentir  aimé  par  son  Prêtre. 
Dans  un  moment  de  tendresse  divine,  Il  l'a 
choisi  pour  s'en  faire  un  autre  Lui-même.  Il  a 
recours  à  lui  pour  communiquer  de  toute  ma- 
nière aux  âmes  l'amour  qu'il  leur  porte  ;  et  son 
plus  ardent  désir  ne  serait  pas  d'embraser  avant 
tout  le  cœur  de  son  Prêtre  ?  Comment  le  Prêtre 
pourrait-il  résister  à  une  action  si  immédiate  et 
si  constante  de  Jésus  dans  son  âme? 

Jésus-Prêtre  est  son  origine,  son  modèle,  sa 
perfection,  sa  vie.  Il  ne  peut  se  contenter  de 
L'aimer  par  devoir,  il  doit  éprouver  pour  Lui  de 
vrais  transports  d'amour  divin. 

Jésus-Victime  est  l'hostie  de  son  Sacrifice  quo- 
tidien. Comment  n'entrerait-il  pas  dans  les  sen- 
timents d'amour  infini  qui  fait  de  sa  Messe  du 


AMOUR    DU    A    JESUS    PRÊTRE    ET    VICTIME  201 

matin  une  répétition  du  Sacrifice  du  Calvaire. 

Le  Jésus  Prêtre  et  Victime  qui  a  fait  le  Prêtre 
ce  qu'il  est,  s'est  constitué  par  là  même  l'unique 
objet  de  son  amour.  II  l'aime  divinement,  mais 
Il  veut  en  être  aimé  éperdument.  Tout  autre 
amour  ne  correspondrait  pas  à  celui  qu'il  doit  à 
son  Maître.  Il  dépend  de  Jésus,  comme  Jésus 
dépend  de  lui.  Ils  ne  peuvent  vivre  l'un  sans 
l'autre.  Si  Jésus  n'avait  pas  son  Prêtre  pour  Le 
faire  Eucharistie,  Il  n'habiterait  pas  la  terre.  Si 
le  Prêtre  ne  possédait  pas  les  efficacités  du  Sa- 
cerdoce de  Jésus,  il  ne  pourrait  pas  Le  consa- 
crer et,  dès  lors,  il  n'aurait  plus  de  raison  d'être. 

Des  relations  si  nécessaires  et  si  intimes  ne 
peuvent  être  que  des  relations  d'amour.  D'où, 
le  Prêtre  sera  d'autant  plus  Prêtre  qu'il  aimera 
davantage,  et  Jésus  sera  d'autant  plus  glorifié 
par  son  Prêtre  qu'il  en  sera  plus  aimé  l. 

Cette  nécessité  d'amour  mutuel  entre  Jésus  et 
le  Prêtre  tient  à  l'institution  même  du  Sacer- 
doce ;  et  c'est  pourquoi  l'Eucharistie  en  est  le 
centre  et  la  vie. 


1  «  Nous  triomphons  par  Celui  qui  nous  a  aimés.  Car  je  suis 
assuré  que  ni  la  mort,  ni  la  vie,  ni  les  anges,  ni  les  princi- 
pautés, ni  les  puissances,  ni  les  choses  présentes,  ni  les  choses 
futures,  ni  la  violence,  ni  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  élevé,  ni  ce 
qu'il  y  a  de  plus  profond,  ni  aucune  autre  créature,  ne  pourra 
nous  séparer  de  l'amour  de  Dieu,  qui  est  dans  le  Christ  Jésus 
Notre  Seigneur.  »  Rom.,  viii,  37~3g. 


202      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

Que  le  Prêtre  vive  de  sa  Messe,  et  il  aimera. 
Que  le  Prêtre  aille  sans  cesse  puiser  son  amour 
dans  l'Eucharistie,  et  il  rayonnera  dans  sa  vie  le 
Jésus  Prêtre  et  Victime,  pour  qui  seul  il  existe 
et  pour  l'amour  de  qui  il  doit  être  heureux  de 
vivre  et  de  mourir  *. 

1  «  Le  Christ  est  ma  vie,  et  la  mort  m'est  un  gain.  »  Phil., 

I,   21. 


A  Jésus,  Prêtre  et  Victime 

dans  l'Eucharistie, 

divin  objet  de  notre  éternel  amour 


O  Jésus, 

Vous  êtes  Prêtre  et  je  Vous  aime, 

Vous  êtes  Victime  et  je  veux  l'être 

avec  Vous. 

Je  voudrais  Vous  aimer  toujours  plus. 

J'aspire  à  Vous  porter  un  amour 

de  séraphin. 

J'ambitionne  de  devenir  un  émule 

de  l'amour  dont  brûle  pour  Vous 

votre  divine  "Mère. 

Comme  votre  Père,  je  veux  prendre 

en  Vous  seul 

mes  tendres  complaisances. 

En  union  avec  tous  vos  Prêtres 

dispersés  dans  le  monde, 

je  ferai  de  votre  Sacerdoce 

dans  l'Eucharistie 

l'objet  de  mes  incessantes  contemplations 

et  je  mettrai  ma  perfection 

à  Vous  connaître  pour  Vous  aimer, 

et  à  Vous  aimer  pour  m'immoler 

avec  Vous. 


VERITE   ET  AMOUR 


VERITE   ET  AMOUR 


«  Voici  en  quoi  a  paru  la  charité 
de  Dieu  envers  noua  :  c'est  qu'il 
a  envoyé  son  Fils  unique  dans 
le  monde,  afin  que  nous  vivions 
par  lui.  » 

/  Jean,  IV,  9. 


Jésus,  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie 

Prêtre  dès  l'origine,  dans  les  décrets  éternels 
—  pour  perpétuer  sa  mission  rédemptrice  — 
pour  demeurer  sur  la  terre  la  glorification  de 
son  divin  Père  —  pour  rappeler  aux  hommes  le 
Sacrifice  de  leur  Sauveur  —  pour  leur  en  appli- 
quer tous  les  mérites. 

Prêtre  tout  d'amour  —  d'amour  libre  et  vo- 
lontaire —  apportant  un  supplément  à  l'amour 
de  la  rédemption  —  s'immolant  de  nouveau  mys- 
tiquement sur  tous  les  autels  —  se  multipliant 
jusqu'aux  extrémités  du  monde. 

Prêtre  annonçant  à  l'avance  le  grand  Sacre- 
ment de  l'amour  —  la  forme  sous  laquelle  il  sera 


208      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

institué   —   l'obligation   de   s'en    nourrir  —  les 
gages  d'immortalité  dont  il  est  la  source. 

Prêtre  instituant  l'Eucharistie  au  soir  de  la 
Cène  —  aux  premières  heures  de  sa  Passion  — 
dans  l'intimité  du  collège  apostolique  —  sous 
forme  de  Sacrifice  —  en  union  avec  le  Sacrifice 
sanglant  du  Calvaire  —  pour  en  garder  le  sou- 
venir dans  l'humanité. 

G  Jésus,  descendu  du  sein  du  Père, 

pour  nous  parler  d'amour 

et  de  sacrifice, 

je  Vous  adore  dans  votre  sublime  caractère 

de  Prêtre  et  de  Victime 

au  Très  Saint  Sacrement, 

et  je  Vous  supplie  de  me  pénétrer 

des  sentiments  adorables 

qui  Vous  y  animent. 


Jésus,  Prêtre   et  Victime  immelée 
dans  l'Eucharistie 

Etat  d'immolation  en  harmonie  avec  la  nature 
du  Sacrement  —  même  Prêtre  et  même  Victime 
—  même  essentiel  état  glorieux  qu'au  ciel,  mais 
voilé  extérieurement  dans   l'Eucharistie  —  rap- 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  20g 

pelant  les   humiliations  et  les  abaissements  de 
sa  vie,  de  sa  passion  et  de  sa  mort. 

Etat  d'immolation  imposant  à  Jésus  le  sacrifice 
des  manifestations  extérieures  de  sa  Divinité  et 
de  son  Humanité  —  voilant  sa  majesté  —  se 
condamnant  au  silence  et  à  l'immobilité  —  s'en- 
tourant,  selon  les  apparences,  de  tout  un  cor- 
tège d'impuissance  et  de  mort. 

Etat  d'immolation  commençant  au  Cénacle  et 
se  perpétuant  sans  interruption  —  sans  change- 
ment —  sans  altération  —  dans  les  mêmes  sen- 
timents d'amour  du  Prêtre  et  de  la  Victime  — 
en  vue  du  salut  du  monde. 

Etat  d'immolation  comme  celui  de  la  Victime 
du  Calvaire  —  sanglant  sur  la  Croix,  mystique 
dans  l'Eucharistie  —  constituant  un  même  et 
unique  Sacrifice,  d'une  même  Victime  immolée 
par  le  même  Prêtre. 

O  Jésus  qui  m'aimez 

dans  l'Eucharistie 

du  même  amour  dont  Vous  m'avez  aimé 

sur  la  Croix, 

faites  que  je  n'en  perde  jamais 

le  souvenir 

et  que  je  mette  mon  bonheur 

à  Vous  payer  de  retour. 


210      JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 


Jésus  Prêtre,  choisissant  volontairement 

cet  état  d'immolation  de  la  Victime 

dans  l'Eucharistie 

Choix  libre  et  voulu  —  conforme  à  sa  mission 
rédemptrice  —  clairement  exprimé  par  Jésus 
Lui-même  —  réalisé  dans  le  temps  marqué  par 
Lui  —  sous  la  forme  et  dans  les  conditions  de  sa 
volonté  formelle. 

Choix  inspiré  par  l'amour  —  répondant  à  ses 
desseins  de  miséricorde  sur  l'humanité  —  fa- 
cilitant aux  hommes  l'accès  à  sa  divine  Per- 
sonne —  leur  inspirant  de  la  confiance  —  leur 
enseignant  que  l'amour  est  inséparable  du  sa- 
crifice. 

Choix  en  rapport  avec  le  mystère  de  l'Incar- 
nation —  où  Jésus  immole  sa  Divinité,  en  la 
voilant  aux  yeux  des  hommes  —  où  Jésus  reçoit 
un  corps  pour  le  sacrifier  —  où  Jésus  se  cons- 
titue Victime  —  où  II  ne  cesse  de  l'offrir  avant 
de  l'immoler. 

Choix  en  rapport  avec  le  mystère  de  la  Ré- 
demption —  où  le  Prêtre  Sacrificateur  donne  la 


VERITE    ET    AMOUR  211 

mort  à  la  Victime  —  pour  la  ressusciter  ensuite 
et  la  maintenir  perpétuellement  dans  son  état 
d'immolation  eucharistique  —  pour  s'en  faire  le 
trophée  de  sa  miséricorde  et  de  son  amour. 

O  Jésus,  Victime  volontaire 

au  Sacrement  de  vos  immolations  mystiques, 

je  Vous  rends  grâces 

pour  m'avoir  tant  aimé 

et  pour  ne  cesser  de  me  prouver 

votre  amour  immolé, 

qui  m'enseigne  combien,  à  mon  tour, 

je  dois  Vous  aimer. 


Jésus  Prêtre  dans  l'exercice 

de  se»  Sacerdoce, 
à  l'Institution  de  l'Eucharistie 

Exercice  de  son  Sacerdoce,  dans  l'acte  le  plus 
essentiel  à  son  caractère  de  Prêtre  —  dans  l'acte 
de  sa  toute-puissance  sacerdotale  —  dans  l'acte 
de  sa  suprême  autorité  sur  la  Victime  —  dans 
l'acte  qui  exprime  le  plus  la  volonté  de  son  dou- 
ble Sacrifice,  à  la  Cène  et  sur  la  Croix. 

Exercice  de  son  Sacerdoce,  correspondant  à 
la  mission  reçue  de  son  divin  Père  —  auréolé  de 


212      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 

la  sublimité  et  de  la  perpétuité  de  son  état  d'im- 
molation —  l'enchaînant  au  Sacrement  pour  y 
exercer  son  office  de  Prêtre  Eternel. 

Exercice  de  son  Sacerdoce  dans  l'expression 
du  suprême  amour  qui  anime  le  Prêtre  et  la 
Victime  —  pour  Dieu  qu'ils  glorifient  —  pour 
l'humanité  qu'ils  sauvent  —  pour  eux-mêmes 
qui,  en  se  livrant  l'un  à  l'autre,  instituent  le  plus 
grand  Sacrement  de  l'amour. 

Exercice  de  son  Sacerdoce,  dans  l'institution 
d'un  double  Sacrement  —  le  Sacrement  de  la 
présence  perpétuelle  du  Prêtre  et  de  la  Victime 
—  le  Sacrement  de  l'Ordre,  par  lequel  Jésus 
Prêtre  renaîtra  sans  cesse  et  Jésus  Victime  of- 
frira sans  interruption  son  Sacrifice  —  pour  la 
sanctification  des  saints  sur  la  terre  —  pour  la 
glorification  des  élus  au  ciel. 

O  Jésus,  Prêtre  Eternel, 

accomplissant  dans  le  temps 

l'office  de  votre  divin  Sacerdoce, 

je  m'enchaîne  par  amour 

au  Sacrement 

où  Vous  demeurez  mon  Pontife, 

pour  Vous  adorer,  Vous  contempler 

et  Vous  bénir. 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  21 3 

Jésus  Prêtre  demeurant  le  gardien 
de  la  divine  Victime  dans  l'Eucharistie 

Présence  exigée  par  la  nature  de  son  Sacer- 
doce —  présence  inhérente  à  l'essence  de  sa 
mission  sacerdotale  —  présence,  conséquence 
rigoureuse  de  l'acte  sans  cesse  renouvelé  du  Sou- 
verain Prêtre  —  présence  correspondant  aux 
desseins  éternels  dans  l'institution  de  l'Eucha- 
ristie. 

Présence  motivée  par  la  présence  de  la  Vic- 
time —  par  l'amour  que  lui  porte  le  Prêtre  —  par 
l'offrande  constante  qu'il  doit  en  faire  —  par  le 
maintien  de  la  Victime  dans  son  état  d'immo- 
lation. 

Présence  résultant  de  la  nature  même  du  Sa- 
crement de  l'Eucharistie  —  institué  sous  la  forme 
d'un  Sacrifice  —  réclamant  nécessairement  la 
présence  du  Sacrificateur  comme  de  la  Victime 
—  ne  pouvant  se  perpétuer  que  dans  1  état  où  il 
a  été  institué. 

Présence  universelle,  atteignant  jusqu'aux  ex- 
trémités du  monde  —  ne  pouvant  plus  cesser  ni 
être  modifiée  —  restant  la  même  partout  et  tou- 
jours —  conservant  au  monde  toutes  les  grâces 


214      JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DAPJS    L  EUCHARISTIE 

qui  découlent  de  l'immolation  de  la  Croix  renou- 
velée perpétuellement  dans  l'Eucharistie. 

O  Jésus,  mon  Prêtre 

universellement   donné. 

O  Jésus,  ma  Victime 

sans  cesse  immolée, 

je  Vous  contemple  dans  tous  les  Tabernacles 

où  Vous  m'aimez 

et  je  n'aspire  qu'au  bonheur 

de  Vous  payer  de  retour. 


Jésus,  Prêtre  Sacrificateur 

de  la  divine  Victime 

dans  l'Eucharistie 

Sacrificateur,  parce  qu'il  est  ordonné  essen- 
tiellement au  Sacrifice  —  parce  que  Lui  seul 
peut  exercer  cet  office,  Lui  seul  étant  Prêtre  — 
parce  que  son  Sacerdoce  étant  nécessaire,  son 
Sacrifice  l'est  également  —  parce  que  le  Sacri- 
fice est  le  couronnement  de  son  Sacerdoce. 

Sacrificateur  constamment  en  activité  —  par 
le  fait  de  la  présence  de  la  Victime  —  auprès  de 
laquelle  il  exerce  un  office  continuel  de  protec- 
tion et  de  responsabilité  —  qu'il  maintient  dans 
sa  condition  d'hostie  — qu'il  offre  dans  une  obla- 
tion  ininterrompue. 


VÉRITÉ   ET    AMOUR  2l5 

Sacrificateur  aspirant  au  suprême  Sacrifice  — 
à  l'unisson  des  sentiments  et  des  désirs  de  la 
Victime  —  par  le  même  motif  d'amour  —  pour 
la  même  fin  de  glorification  divine  —  par  le  sa- 
lut du  monde. 

Sacrificateur  unique  de  l'unique  Victime  —  sa- 
crificateur sublime  du  plus  grand  des  sacrifices 

—  sacrificateur  sacro-saint  d'un  Sacrifice  divin 

—  sacrificateur  d'essence  divine  et  d'efficacités 
éternelles. 

O  Jésus,  mon  Prêtre  adoré, 

à  qui  je  dois  le  Sacrifice  rédempteur 

de  la  divine  Victime, 

à  Vous  mes  louantes  et  mes  adorations, 

à  Vous  ma  reconnaissance  et  mon  amour, 

à  Vous,  bénédiction  et  gloire  éternelle 

dans  les  siècles  des  siècles. 


Jésus,    Prêtre   et    Victime 

souverainement  aimant 

et    divinement    aimable 

dans  l'Eucharistie 

Jésus    d'amour,    contenant    en    Lui-même   le 
foyer  de  l'éternelle  charité  —  s'en  laissant  con- 


2l6      JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    l'eUCHARISTIE 

sumer  pour  la  gloire  de  son  Père  et  le  salut  des 
hommes  —  vivant  dans  l'Eucharistie  du  même 
amour  qui  l'a  fait  mourir  sur  la  croix  —  récla- 
mant un  même  retour  d'amour  de  la  part  de  tous 
ceux  qu'il  est  venu  sauver. 

Jésus  d'amour  crucifié  —  se  nourrissant  de  sa- 
crifices —  se  choisissant  des  disciples  qu'il  en- 
traîne avec  Lui  sur  la  route  du  Calvaire  —  les 
sanctifiant  par  la  souffrance  d'amour  —  se  les 
unissant  dans  des  immolations  personnelles  que 
Lui-même  inspire  et  féconde. 

Jésus  d'amour  divin  —  demeurant  l'objet  des 
complaisances  de  son  Père  céleste  —  complai- 
sances éternelles  dans  son  sein  —  complaisances 
non  moins  tendres  dans  sa  condition  d'Homme- 
Dieu  —  complaisances  continuées  sous  les  voi- 
les eucharistiques  —  complaisances  d'ineffable 
amour  qui  devront  se  perpétuer  dans  les  siècles 
des  siècles. 

Jésus  d'amour  sacerdotal  —  aimant  avec  son 
cœur  de  Prêtre  —  aimant  par  dessus  tout  ses 
Prêtres  —  les  aimant  pour  qu'ils  demeurent  dans 
la  sainteté  de  leur  Sacerdoce  —  voulant  en  être 
aimé  —  leur  imposant  des  obligations  spéciales 
d'amour,  par  cela  seul  qu'étant  ses  Prêtres  ils 
doivent  vivre  d'amour  et  en  faire  vivre  les  âmes. 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  217 

Jésus  î  Jésus  î 

O  Vous  qui  par  votre  Sacerdoce 

et  votre  état  de  Victime 

au  Très  Saint  Sacrement, 

Vous  êtes  constitué  le  foyer 

de  l'amour  éternel, 

dont  Vous  voulez  me  voir  enflammé, 

je  Vous  aime  et  veux  Vous  aimer. 

Je  veux  Vous  aimer  du  même  amour 

dont  Vous  m'aimez  Vous-même. 

Je  veux  Vous  aimer  comme  Prêtre 

et  comme  Victime 

dans  le  temps  et  dans  l'éternité. 


G^4t^ 


TABLE  DES  MATIERES 


Dédicace      1 

Préface    3 

Préliminaires n 


CHAPITRE    PREMIER 

De  l'origine  de  l'état  eucharistique 

de  Jésus  19 

I.  —  Décret  éternel   de  l'Institution   de  l'Eu- 
charistie              21 

II.  —  L'Eucharistie,  supplément  à  la  Rédemp- 
tion              24 

III.  —  Les  principaux  motifs  de  l'Institution  de 

l'Eucharistie 3o 

IV.  —  L'annonce  de  l'Eucharistie 36 

V.  —  L'Institution  de  l'Eucharistie 41 

VI.  —  Les  diverses  formes  d'amour  dans  l'état 

eucharistique  de  Jésus 46 

A  Jésus,  Prêtre  dans  l'Eucharistie 5l 


220       JÉSUS    PRÊTRE    ET    VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 


CHAPITRE    DEUXIEME 

De  la  nature  de  l'état  d'immolation 

de  Jésus  dans  l'Eucharistie  55 

I.  —  Etat  immolé  mais  glorieux  de  Jésus  dans 

l'Eucharistie 56 

II.  —  Sacrifices  qu'impose  l'état   d'immolation 

de   Jésus  dans  l'Eucharistie 6l 

III.  —  Relations   entre  l'Institution  de  l'Eucha- 

ristie  et  le   Sacrifice   de  Jésus  sur  la 
Croix 65 

IV.  —  Différence   des  deux  immolations   de  la 

Cène  et  du  Calvaire 69 

V.  —  Même  réalité  d'immolation  dans  l'Eucha- 
ristie et  sur  la  Croix 72 

A  Jésus,  Victime  dans  l'Eucharistie 77 


CHAPITRE    TROISIEME 

Du   choix   et   de  la  volonté  formelle 
de  Jésus  en  son  état  d'immolation 

dans  l'Eucharistie  81 

I.  —  L'état  d'immolation  de  Jésus  dans  l'Eu- 
charistie est  un  pur  effet  de  son  choix         83 
II.  —  Volonté  formelle   de  Jésus   en   son  état 

d'immolation  dans  l'Eucharistie     ...         87 
III.  —  Raisons  de  l'état  d'immolation  de  Jésus 

dans  l'Eucharistie 91 


TABLE    DES    MATIERES  221 

IV.  —  Rapprochement  entre  l'état  d'immolation 
de  Jésus  dans  l'Eucharistie  et  l'Incar- 
nation       96 

V.  —  Rapprochement  entre  l'état  d'immolation 
de  Jésus  dans  l'Eucharistie  et  la  Ré- 
demption             99 

A.  Jésus,  toujours  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eu- 
charistie           io3 


CHAPITRE    QUATRIEME 

De  l'acte  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dans  l'Institution  de  l'Eucharistie  107 

I.  —  Tous  les   actes  de  Jésus  sont  des  actes 

sacerdotaux 110 

II.  —  L'Eucharistie  est,  avec  celui  de  la  croix, 
l'acte  le  plus  grand  et  le  plus  essentiel 
du  Sacerdoce  de  Jésus ll3 

III.  —  Les   sentiments   du   Prêtre  et  de  la  Vic- 

time dans  l'Institution  de  l'Eucharistie       116 

IV.  —  Manifestation     suprême    de    l'amour    du 

Prêtre  et  de  la  Victime  dans  l'Institu- 
tion de  l'Eucharistie 119 

V.  —  Le  double  acte  sacerdotal  de  Jésus  dans 
l'Institution  de  l'Eucharistie  et  du  Sa- 
cerdoce               123 

A  Jésus,    Prêtre    dans    l'Eucharistie    et    Prêtre 

dans  ses  Prêtres 127 


222      JESUS    PRETRE    ET    VICTIME    DANS    L  EUCHARISTIE 


CHAPITRE    CINQUIEME 

De  la  présence  du  Prêtre 
à   côté  de  la  Victime 
dans  l'Eucharistie  i3i 

I.  —  L'Eucharistie  est  la  continuation  de  l'exer- 
cice du  Sacerdoce  de  Jésus  dans  l'acte 

de  son  institution i35 

II.  —  La  présence  de  la  Victime  dans  l'Eucha- 
ristie exige  la  présence  du  Prêtre    .    .       138 

III.  —  La  double  réalité  de  la  présence  du  Prê- 

tre et  de  la  Victime  dans  l'Eucharistie, 
tirée  de  la  nature  du  Sacrement   .    .    .       142 

IV.  —  L'universalité  de  la  présence  du  Prêtre  et 

de  la  Victime  dans  tous  les  tabernacles 

du   monde 146 

A  Jésus,  Prêtre  et  Victime,  toujours  et  univer- 
sellement présent  dans  l'Eucharistie   .        1 3 1 


CHAPITRE    SIXIEME 

De  l'action  continuelle  du  Prêtre 

dans  l'Eucharistie, 

maintenant  la  Victime  dans  son  état 

d'immolation  i55 

I.  —  L'action   directe  et  constante  du  Prêtre 

sur  la  Victime,  dans  l'Eucharistie     .    .       i57 
II.  —  Le   caractère   de    l'union  sacerdotale  de 


TABLE    DES    MATIÈRES  223 

Jésus,  dans  l'Eucharistie,  en  rapport 
avec  l'état  d'immolation  de  la  Victime       l59 

III.  —  L'activité    continuelle   du   Sacerdoce    de 

Jésus  dans  l'Eucharistie,  conséquence 
de  l'état  permanent  du  Prêtre  et  de  la 
Victime 162 

IV.  —  Harmonie   divine   entre    le   Prêtre   et   la 

Victime  dans  l'Eucharistie i65 

Jk.  Jésus,  Prêtre  et  Victime,  vivant  d'amour  mu- 
tuel dans  l'Eucharistie 169 


CHAPITRE    SEPTIEME 

De  l'amour  dû  à  Jésus 
en  sa  qualité  de  Prêtre  et  de  Victime 

dans  l'Eucharistie  173 

I.  —  A  la  présence  permanente  du  Prêtre  et 
de  la  Victime  dans  l'Eucharistie,  cor- 
respond notre  foi 179 

II.  —  A  l'amour  immense  de  Jésus  Prêtre  et 
Victime  dans  l'Eucharistie,  correspond 
notre   amour 181 

III.  —  A  l'exercice  du  Sacerdoce  de  Jésus  dans 

l'Eucharistie,  correspond  un  culte  non 
moins  essentiel 186 

IV.  —  A  l'offrande  sans  cesse  renouvelée  de  la 

Victime  dans  l'Eucharistie,  correspond 

notre   amour  crucifié 190 

V.  —  L'amour  de  Dieu  le  Père  pour  son  Fils 


224      JÉSUS    PRÊTRE    ET   VICTIME    DANS    L'EUCHARISTIE 

toujours    Prêtre    et    toujours    Victime 

dans  l'Eucharistie 194 

VI.  —  L'amour    spécial    du   Prêtre   pour  Jésus 

Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie   .        198 

A  Jésus,   Prêtre    et  Victime  dans   l'Eucharistie, 

divin   objet  de  notre  éternel  amour    .        203 


VERITE    ET  AMOUR 

Jésus,  Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie   .    .    .       207 

Jésus,  Prêtre  et  Victime  immolée  dans  l'Eucha- 
ristie            208 

Jésus  Prêtre,  choisissant  volontairement  cet  état 
d'immolation  de  la  Victime  dans  l'Eu- 
charistie            210 

Jésus  Prêtre  dans  l'exercice  de  son  Sacerdoce  à 

l'Institution  de  l'Eucharistie 211 

Jésus  Prêtre  demeurant  le  gardien  de  la  divine 

Victime  dans  l'Eucharistie 21 3 

Jésus,  Prêtre  sacrificateur  de  la   divine   Victime 

dans  l'Eucharistie 214 

Jésus,  Prêtre  et  Victime  souverainement  aimant 
et  divinement  aimable  dans  l'Eucha- 
ristie            2l5 


BT  254  .M37  v.5  SMC 


Marie  Eugène  de  la 

Croix,  Père. 
Jésus  mieux  connu  et 

plus  aime  dans  son 
AWM-6159  (mcsk)